Jacques François HASLEY et Marie Anne COTELLE, sosas 72 et 73

Parle-moi de toi, Jacques François…

Je suis né le 3 août 1752, aux Moitiers-en-Bauptois et suis le fils de Jean François HASLEY et de Marie Anne Françoise MAUROUARD. J’ai eu pour parrain, Jean Pierre HASLEY, fils de Jean et pour marraine, sa sœur Marie-Anne. Je ne sais pas si nous avons des liens familiaux car les HASLEY sont très nombreux dans notre village et c’est difficile, parfois de s’y retrouver. Je suis le cinquième d’une fratrie de huit mais dont quatre sont décédés dans l’enfance.

Parle-moi de toi, Marie Anne…

J’ai vu le jour, également aux Moitiers, le 11 avril 1754. Mes parents sont Pierre COTELLE et Marie Françoise HASLEY et c’est Susanne LEPRIEUR, la femme de Thomas LOQUET qui m’a portée sur les fonts baptismaux. Le couple est de Vindefontaine, le village voisin. Je crois me souvenir que la grand-mère de ma marraine est une HASLEY. Peut-être est-ce une lointaine cousine ? Je suis la huitième et dernière de la fratrie mais je n’ai pas connu les deux aînés et une sœur plus jeune qui sont décédés avant ma naissance.

Un mariage consanguin

Quelle chance, pour un généalogiste, de découvrir que leurs ancêtres ont dû demander une dispense de consanguinité pour se marier, car on découvre alors leur ascendance, sur trois générations. Et pour ce couple, c’est encore plus épatant, car c’est une double dispense de consanguinité qui leur a été accordée, le 11 août 1778.

« Jacque François HASLEY, laboureur de cette paroisse, âgé de vingt six ans […] a dit que depuis plus de trois ans, il recherche en mariage la suppliante, qu’il savait sa parente par l’usage de s’appeler cousins sans en connaître la généalogie mais que depuis un certain temps, il scait que de… »

« Ce qui fait qu’il se trouve parent du quatre au quatriesme degré de consanguinité avec la suppliante mais qu’il ignorait entierement d’autre parenté avec elle jusqu’au moment qu’il a presenté sa requête, qu’on luy a fait voir par contrats qu’il luy est encor parent du coté maternele, que… »

« … don il resulte qu’il se trouve encore parent du quatre au quatriesme de consanguinité maternelle avec la suppliante. Il dépose qu’il ne peut espérer qu’environ dix livres de rente à la mort de ses pere et mere et que les freres de la suppliante ne luy ont promis que cinq livres de dote. »

« Marie Anne COTELLE fille de feu Pierre et de Marie HASLEY […] depose qu’elle ne peut aujourdhuy rompre une promesse qu’elle a donnée il y a plus de trois ans au suppliant, sans un grand danger de ne point trouver un party qui luy convienne autre que le suppliant n’ayant pour toute dotte que cinq livres de rente et âgée de plus de vingt quatre ans. »

Ont comparus ensuite :

  • « Jean François HASLEY pere du suppliant, laboureur de cette paroisse y demeurant, agé de soixante trois ans […] a dit etre pere du suppliant […] dépose qu’il ne peut revenir apres sa mort que dix livres de rente tout au plus à Jacque HASLEY son fils. »
  • « François COTELLE, laboureur de cette paroisse y demeurant, agé de quarante cinq ans […] a dit être frere de la suppliante […] depose qu’il a toujours reconnu la parenté paternelle […] qu’il y a plus de deux ans que les suppliants s’entre recherchent pour le mariage, qu’il y a donné son consentement, qu’étant cinq enfans, trois garçons et deux filles, il ne peut doter la suppliante sa soeur que de cinq livres de rente. »

Et ce qui est toujours émouvant, dans les dispenses, c’est de découvrir, par leurs témoignages, comment ils se sont rencontrés et pourquoi ils désirent se marier. Et là, en apprenant « qu’ils s’entre recherchent depuis plus de deux ans », on peut vraiment penser et s’en réjouir, qu’ils ont fait un mariage d’amour.

Raconte-moi le jour de vos noces…

C’est bien sûr dans la jolie petite église de notre village où se sont mariées tous nos ancêtres, au moins depuis ceux qui nous sont communs, que nous avons reçu la bénédiction nuptiale, le 24 septembre 1778. Ce fut une bien belle fête, nous étions si heureux de concrétiser notre promesse de partager notre vie, entourés de nos familles qui se connaissent bien.

Ce tableau, signé MONMOLIEN, a été peint par un parent de Jean MOUCHEL, un cousin éloigné que j’avais interviewé pour faire mon exposition sur les Moitiers.

J’ai eu pour témoin, mon père, mon frère aîné, Jean François Sylvestre et Pierre Anthoine, mon frère cadet. Marie Anne a eu la tristesse de ne pas être accompagnée à l’autel par son papa, décédé quelques mois avant notre mariage, le 25 avril, âgé dit-on de 92 ans. Il était beaucoup plus âgé que son épouse. Elle a été assistée par sa mère, ses trois frères, les deux Jean François et Charles François. Marie Anne et un de ses frères ont signé, moi je n’ai pas su mais mon père et mes frères signent bien.

Parle-moi de vos enfants…

Comme ma mère avant moi, j’ai mis au monde huit enfants. Nous avons eu le chagrin de perdre deux petites filles qui ont eu à peine le temps de voir le jour. Tous les autres ont atteint l’âge adulte et ont pu fonder une famille. Toutes les noces ont eu lieu aux Moitiers-en-Bauptois.

  • L’aîné, prénommé Jacques François comme mon époux, est né le 7 août 1780. C’est mon frère Jean François qui a été son parrain et Marie Anne Françoise MAUROUARD, sa grand-mère paternelle, sa marraine. Il s’est marié le 4 janvier 1814, avec Marie Anne LAGOUCHE.
  • Le second, né le 20 juillet 1782, tu le connais bien puisque c’est ton ancêtre, Jean François Sylvestre qui a épousé Anne Louise LACAUVE, le 7 septembre 1809.
  • Le 22 janvier 1784 a entrevu le jour puis s’est très vite éteinte, notre petite Marie Charlotte. Elle a tout juste eu le temps d’être baptisée par mon frère, Jean François et Anne Charlotte HASLEY, une cousine de mon mari.
  • Charles François Eutrope est venu au monde, le 30 avril 1785. C’est Jean Pierre HASLEY, fils Jean et sa sœur Marie Anne qui l’ont porté sur les fonts baptismaux mais c’est un peu difficile de t’expliquer leurs liens de parenté avec nous. Il épouse Adélaïde Caroline JEANNE, le 17 novembre 1813.
  • J’ai accouché de Marie Anne, le 1er juillet 1788, elle a eu pour parrain Jean Baptiste HASLEY, un lointain cousin, par notre ascendance LEGASTELOIS et pour marraine, Jeanne ROUBLOT, la maîtresse d’école. Elle s’est mariée le 19 septembre 1810 avec Auguste Marie François GUERARD, natif de Saint-Pierre-Eglise.
  • Louise Cécile est née le 20 novembre 1790 et baptisée le lendemain. Son parrain est mon beau-frère, Pierre Anthoine HASLEY et sa marraine Marie LEROUX, une cousine lointaine, côté LEGASTELOIS. Elle se marie le 7 septembre 1818 avec Jean François POISSON.
  • Marie Anne est notre second petit ange, née le 6 avril 1793 et trop vite envolée, le jour même, comme le raconte son acte de naissance-décès. C’est depuis le 27 décembre 1792 que l’on ne déclare plus les naissances à l’église mais en mairie. Le lendemain matin, ce sont Jeanne LEGASTELOIS la sage femme, assistée de Jacques François et de Jean MOUCHEL, un voisin, qui sont allés déclarer que j’ai accouché la veille à huit heures du soir dans notre maison « située au hamel du bord de l’eau de Longraque d’une fille dont la vie se trouve en péril imminent ». Joseph Germain LEGASTELOIS, membre du Conseil général de la Commune est aussitôt venu à la maison pour constater la naissance de l’enfant et enregistrer le prénom qu’on lui a donné.
  • Notre petite dernière, Jeanne Charlotte, est venue au monde, le 19 janvier 1795. Ce sont des cousins éloignés, côté LEGASTELOIS, Jean Baptiste HASLEY et sa femme, Jeanne Charlotte LEDANOIS qui ont assisté Jacques Antoine pour la déclaration en mairie.

Ce qu’ils ne m’ont pas raconté…

Concernant le métier de Jacques François, je suis un peu étonnée car, au fil des actes, il est dit tantôt laboureur, en 1780, 1784, 1790 et 1795 et tantôt journalier en 1782 et 1793. Cela paraît un peu contradictoire, d’autant que ce n’est pas d’abord journalier puis laboureur. Sous l’Ancien Régime et jusqu’au XIXe siècle, « laboureur » désignait un statut, celui du paysan qui possédait la terre qu’il cultivait et au moins un attelage, cheval ou paire de bœuf, et charrue. Les « journaliers »sont ceux qui louent, au jour le jour, leurs services, leurs forces et ne disposent que de leurs bras, leurs mains. Peut-être est-ce parce qu’il possédait un attelage mais peu de terre et qu’il louait ses services ?

Je n’ai malheureusement, à ce jour, trouvé aucun acte notarié les concernant qui m’aurait permis de localiser leur maison et/ou leurs terres. Mais heureusement les actes de naissance de 1790 et 1793, beaucoup plus complets, m’ont permis de découvrir qu’ils demeuraient, alors, « au hamel du bord de l’eau de Longraque« . Et il y a de grandes chances que ce soit dans cette maison dont j’ai déjà parlé ici. Leur fils, mon ancêtre, Jean François Sylvestre, en ayant achetée, en 1824, au moins une partie, à Charles CAEN, époux de Aimée BERTOT, sa cousine, fille de Marie HASLEY, sœur de Jacques François. Ce qui confirmerait que cette maison était déjà auparavant dans la famille HASLEY. Est-ce dans cette maison que vivait le couple ou dans une autre de ce petit hameau ? Peut-être dans l’une de ces maisons au bord de l’eau ? Celle qui est maintenant une auberge, était tenue, il y a encore une vingtaine d’années, par une fille HASLEY mais dont je n’avais pas eu le temps de voir si nous étions cousines.

Leur fin de vie

Jacques François a quitté ce monde le premier, le 2 septembre 1803, âgé de 51 ans. Encore un père qui n’aura pas eu le temps d’être présent aux mariages de ses enfants. Marie Anne a été de toutes les noces et a connu huit de ses petits-enfants. Elle s’éteint, le 9 août 1821, âgée de 67 ans. Je n’ai pas trouvé son inventaire après décès mais elle avait des biens qui ont été partagés entre ses enfants. Malheureusement je ne sais en quoi ils consistaient. J’ai juste trouvé mention des transferts dans le registre de mutations des propriétés des Moitiers-en-Bauptois, à la date du 20 janvier 1825. Cela renvoie à de nouvelles cotes mais qui ne sont pas dans ce registre. La seule chose qui est mentionnée, c’est le revenu imposable et si je comprends bien, cela ne concerne que des propriétés non bâties.

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