Jean Baptiste LACHET et Marie Anne LEGIGAN, sosas 78 et 79

Une quête semée d’embûches pour ce couple

Le point de départ de leur recherche, a été le mariage de Jacques François HALGATTE et Marie Anne LACHET, à La Bonneville, le 18 novembre 1806. Sur leur acte de mariage, l’épouse est dite fille de Jean LACHET et de Marie Anne LEGIGAN, originaire de La Bonneville. Mais sur le contrat de mariage, sa mère est nommée Marie LAUNEY. Alors, laquelle est la bonne ?

AD 50 – Notariat de Picauville 5 E 10807

Heureusement, la date de naissance de Marie Anne LACHET, le 16 mars 1782, est mentionnée sur son acte de mariage. Mais hélas, l’acte de baptême qui m’aurait permis de confirmer le patronyme de sa mère est introuvable, dans le registre de La Bonneville qui saute de 1781 à… 1783. Sur son acte de décès, sa mère est Marie LAUNEY.

J’ai donc cherché le mariage de Jean Baptiste LACHET, à La Bonneville, avec Marie Anne LEGIGAN ou avec Marie LAUNEY. Mais bien que les registres soient disponibles, pour cette commune, de 1771 à 1792, je n’ai rien trouvé. Sans doute que l’épouse est originaire d’une autre commune où a eu lieu le mariage.

Alors, je me suis mise à chercher des LEGIGAN et LAUNEY, à La Bonneville et dans les villages alentours jusqu’à ce que je découvre le 9 juin 1816, à Appeville, le décès de Charles LAUNAY LEGIGAN dit LAUNAY, âgé de 62 ans, père de Charles LEGIGAN dit LAUNAY qui le déclare. Le défunt serait donc né vers 1754. Tiens, tiens voilà une piste très intéressante… LAUNEY ne serait-il pas l’avernom , de Marie LEGIGAN devenu son patronyme, dans certains actes ?

Je n’ai pas trouvé la naissance de ce Charles LEGIGAN et/ou LAUNEY, vers 1754, à Appeville mais j’ai pensé qu’il était peut-être bien, le Charles François LEGIGAN, né à Baupte, village voisin , le 15 août 1753, fils de Charles LEGIGAN et de Anne Françoise BOURDON.

Plan des communes en surimpression sur un extrait de la Carte de l’état-major (1820-1866) – Géoportail

Et ce qui va me confirmer que je suis sur la bonne piste, c’est une autre découverte qui entérine cette hypothèse. Thomas LEGIGAN dit LAUNEY, fils de François LEGIGAN et de Françoise LEVESQUE, se marie à Baupte, le 23 novembre 1756 et il a pour témoins, ses frères Charles et Gisles. Et tout s’éclaire enfin, quand je déniche, à Baupte, la naissance d’une Marie Anne LEGIGAN, le 1er août 1755, fille de Charles LEGIGAN et de Anne Françoise BOURDON, donc sœur de Charles LEGIGAN dit LAUNEY. Elle est nommée par Marie Anne GRIMOULT avec laquelle, je ne vois pas de lien de parenté et par son oncle, Gisles LEGIGAN.

Et pour preuve ultime que Marie Anne LEGIGAN et Marie LAUNEY ne font qu’une, j’ai découvert le remariage de Gisles LEGIGAN avec Marie MARION, à Picauville, le 5 février 1782. Gisles a pour témoin, Marie Anne LEGIGAN, sa nièce et donc filleule qui signe.

En conclusion, nous savons donc que Marie Anne est la fille de Charles LEGIGAN, journalier et de Anne Françoise BOURDON et qu’elle est née le 1er août 1755 à Baupte. Son frère aîné est Charles LEGIGAN dit LAUNEY – comme elle, sur certains actes – et elle a eu un petit frère, né et décédé le même jour. C’est donc sans doute à Baupte que le mariage de Jean Baptiste et Marie Anne a eu lieu mais impossible de le retrouver puisqu’il y a un trou dans les registres entre 1757 et 1796, justement dans la période où il a dû avoir lieu…

Quant à Jean Baptiste LACHET, il est sûrement né à La Bonneville, mais la quête est vaine pour trouver son acte de baptême, car il y a aussi une lacune, dans les registres, entre 1699 et 1771. Heureusement, son acte de décès, le 20 juillet 1829, permet de situer sa naissance vers 1750 et nous apprend qu’il est le fils de Guillaume LACHET et de Jeanne HOGUET. C’est l’aîné d’une fratrie de quatre, deux garçons et deux filles qui ont tous fondé une famille. Et en prime, cet acte nous apprend que Jean Baptiste, est couvreur en paille, métier dont je parlerai dans un prochain article.

Leurs enfants

Ils n’ont eu que deux enfants auxquels ils ont donné chacun leur prénom. Après Marie Anne, née le 16 mars 1782, Jean Baptiste a vu le jour, le 11 février 1785, à La Bonneville. Il a épousé, le 24 septembre 1809, à Saint-Sauveur-le-Vicomte, Marie Renée HUREL avec laquelle il a eu huit enfants. Mais le dernier accouchement a dû être difficile, car sa femme décède, le 12 octobre 1829, cinq jours après la naissance. Il ne se remariera qu’en 1846, avec Marie Joséphine GIGUET.

Les biens du couple

Si je n’ai pas trouvé leur contrat de mariage, j’ai eu le plaisir de découvrir un acte du 12 juillet 1871, par lequel, les enfants de leur fils Jean Baptiste, vendent, après adjudication, les biens suivants, situés en la commune de La Bonneville :

  • 1er lot – « Une maison d’habitation avec cabinet à coté, étables, grange et boulangerie, de fond en comble, une cour entre ces partements ; un jardin potager et une pièce de terre labourable […] plantée de pommiers ; le tout letenant d’une superficie de vingt huit ares soixante centiares, N° 212, 213 et 211 de la section […] au lieu dit le hameau aux Rosiers.« 
  • « 2ème lot – une pièce de terre en herbe et plantée de […] pommiers, connue sous le nom de Pièce du Mirrail, contenant onze ares soixante dix centiares, N° 68, 69 et 70 de la section […] du cadastre ayant pour abornement le Marais communal, Pierre LEHARANG et autres personnes. »

Les numéros de parcelles ne semblent pas correspondre à la numérotation du Plan cadastral napoléonien de 1829. Pour le lot N°1, cela pourrait correspondre aux parcelles N° 211, 212 et 213 que l’on retrouve actuellement sur le plan des parcelles cadastrales, en ligne sur Géoportail, bien qu’elles ne se trouvent pas exactement à l’emplacement du Hameau des Rosiers, mais au-dessus, à La Brelinerie. Mais j’ai un doute car par ailleurs, sur ce même plan des parcelles cadastrales, les N° 68, 69 et 70 ne jouxtent pas le marais. Ce n’est donc qu’une hypothèse à tenter de vérifier…

Plan des parcelles cadastrales en surimpression sur un extrait de la Carte de l’état-major (1820-1866) – Géoportail

« Les immeubles mis en vente dépendent tous de la succession de Jean Baptiste LACHET, père des vendeurs en son vivant, couvreur en paille, demeurant à La Bonneville […] Feu Mr LACHET était lui même propriétaire des dits immeubles depuis fort longtemps, au moment de son décès, les ayant recueillis dans les successions de Jean Baptiste LACHET, son père et Marie LEGIGAN, sa mère.« 

C’est donc sûrement, dans cette maison et ses dépendances, du hameau des Rosiers que vivaient Jean Baptiste, Marie Anne et leurs deux enfants. Mais il devait y avoir d’autres biens, en effet, dans un acte du 10 décembre 1875, l’acheteur et les vendeurs repassent devant le notaire, car les derniers n’ont toujours pas remis l’acte de partage qui a eu lieu entre Jean Baptiste LACHET, père des vendeurs et sa sœur, Marie Anne, mon ancêtre. Cet acte a-t-il ou non eu lieu ou a-t-il été égaré, c’est la question ? Dommage car il m’aurait permis de savoir quelle avait été la part de Marie Anne dans la succession, part qui n’est donc pas évoquée dans l’acte de vente. Les vendeurs ont dû verser deux cents francs de dédommagement à l’acheteur.

Leur fin de vie

Ils ont partagé au moins quarante sept ans de vie commune ! C’est Jean Baptiste qui s’éteint le premier, le 20 juillet 1829, âgé de 79 ans. Mais auparavant, le 27 juin 1823, peut-être malade, il fait son testament, soucieux que leurs deux enfants reçoivent la même part d’héritage.

AD 50 – Notariat de Picauville 5 E 10824

« Je donne et lègue par le présent mon testament et acte de dernière volonté à Marie Anne LACHET ma fille epouse de Jacques François HALLEGATTE [autre orthographe du nom] avec lequel elle demeure à Picauville la propriété possession et jouissance à partir de ma mort d’une somme de trois cent treize francs ; cette somme sera payée à ma fille deux cent francs par le moyen de la compensation de même somme dont elle doit le rapport à ma succession suivant son traité de mariage avec ledit HALLEGATTE, passé devant le notaire de Picauville le dix sept novembre mil huit cent six, les cent treize francs restant seront pris immediatement après ma mort sur la plus claire partie des biens que je delaisserai. Ma fille qui demeure alors dispensée de tout rapport des dits deux cent francs recevra l’excedent pour l’en faire un avantage à peu près egal à celui que j’ai fait à mon fils. »

Marie Anne lui survivra dix ans, elle s’éteint le 1er avril 1839, à l’âge de 84 ans. C’est une grand-mère qui a eu le bonheur de connaître tous ses petits-enfants, les trois de Marie Anne, dont la benjamine, mon ancêtre, Marie Sophie Désirée HALGATTE, est âgée de 22 ans à son décès et les huit enfants de son fils Jean Baptiste dont aucun n’est décédé dans l’enfance. Elle a sûrement aidé celui-ci, à élever les plus jeunes, quatre ayant moins de huit ans, au décès de sa femme, d’autant qu’ils habitaient dans la même commune. Et elle n’a pas eu le chagrin d’apprendre le décès de sa fille, peu de temps après le sien, le 16 juin 1839.

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