Jean FRERET dit Clainville et Louise Marguerite COUPPEY, sosas 128 et 129

Avec cet article, j’aborde mes ancêtres normands à la 8ème génération.

Parle-moi de toi, Jean…

Je suis venu au monde à Picauville, fils de Quentin FRERET et d’Adrienne DAMIEN. J’ai été baptisé le 2 septembre 1687, nommé par Jean ADAM et Marie AVOINE, épouse de Jean YON, Sieur du Quesnay, cousin maternel de mon père. Mon parrain est le beau-frère de leur fille. Je suis le cinquième enfant d’une fratrie de huit mais c’est bien triste, d’être sans doute le seul, à avoir atteint l’âge adulte.

Parle-moi de toi, Louise Marguerite…

C’est à Flottemanville-Bocage, à 13 km de Picauville, que j’ai vu le jour, le 21 août 1695, fille de François COUPPEY et d’Ysabeau HEREQUIN. J’ai été portée sur les fonds baptismaux par Louis CADOT de Sebeville, Seigneur d’Audouville et Noble Dame Félicie Marguerite CADOT de Sebeville, frère et sœur. Je suis l’aînée de trois filles. Je n’avais pas encore deux ans quand j’ai eu le chagrin de perdre ma maman, un mois après la naissance de ma petite sœur.

Raconte-moi votre mariage…

Nous avons d’abord passé un contrat de mariage, le 25 janvier 1722, mais comme c’était sous seing privé, tu ne vas malheureusement pas pouvoir le retrouver pour en savoir plus sur nos familles et sur la dot de Louise. À notre mariage, j’ai 35 ans et Louise en a 27. C’est en l’église de Picauville, le 28 juillet 1722, qu’a eu lieu la bénédiction nuptiale. Mes parents n’étaient hélas pas présents, ma mère est décédée, en 1702 quand j’avais 15 ans et mon père en 1708. Je me demande pourquoi Monsieur le Curé ne les a même pas mentionnés sur notre acte de mariage. Heureusement que tu as réussi à retrouver quand même ma filiation. J’ai eu pour témoin, Jacques DAMIEN, venu de Saint-Sauveur-le-Vicomte qui est sûrement un parent de ma mère mais je ne sais te dire quel est leur lien. Du côté de Louise, il y avait son père, Hervieu LECHEVALIER, époux de sa tante, Marie COUPPEY et Guillaume DES MARES, son cousin par alliance, tous venus de Flottemanville-Bocage.

Parle-moi de tes enfants

J’ai donné naissance à cinq enfants mais nous avons eu la douleur que la faucheuse en reprennent trois, cette funeste année 1732. Je ne sais pas quelle est cette terrible maladie qui a emporté nos petits, en si peu de jours. Un miracle que l’un d’eux ait survécu et devienne adulte.

  • Jean Louis est né le 21 août 1723, nommé par Jean DAMIEN, le fils de Jacques qui était témoin à notre mariage. Il s’éteint le 6 juillet 1732, âgé de 8 ans.
  • Pierre voit le jour le 3 mars 1725 et épargné par l’épidémie, il s’est marié, le 7 novembre 1754, à Flottemanville-Bocage, avec Louise Françoise HUET.
  • Louise Elisabeth est venue au monde, le 21 octobre 1726 et nous a été ravie le 5 juillet 1732.
  • Toussaint est né le 20 juillet 1728 et a rejoint son frère et sa sœur dans l’au-delà, le 10 juillet 1732.
  • Notre petit dernier, tu le connais bien, puisque c’est ton ancêtre Jacques dit Clainville, comme son père, qui a vu le jour, le 13 août 1733 et qui a épousé Marie Catherine JEAN, le 5 mai 1768.

En connaître un peu plus sur eux…

Aucun des actes ne m’a permis de savoir quel était le métier de Jean. C’est seulement, à son décès, que je vais en savoir plus sur leur vie. Il décède le 14 novembre 1751, âgé de 54 ans. Et comme il a laissé deux enfants mineurs, j’ai pu retrouver une tutelle et un inventaire après décès.

Le 26 février 1742, afin d’élire un ou plusieurs tuteurs pour Pierre, âgé de 17 ans et Jacques, âgé de 8 ans, ont comparu Julien ADAM, Antoine ADAM, Martin ADAM, Jacques ANQUETIL, époux de Marie ADAM, Nicolas DUCHEMIN, son fils d’un premier lit, enfants de Gilles ADAM et de Marguerite FRERET, cousine de Jean et qui est également mon ancêtre et Jean Baptiste BEUREY, aussi parent paternel des mineurs mais dont j’ignore le lien. Et du côté maternel, sont venus de Flottemanville-Bocage, François COUPPEY, Guillaume DES MARES et Hervieu LECHEVALIER que l’on a déjà croisés et Jacques LESAULNIER, beau-frère de Louise.

« D’une voix unanime, ils ont prié et requis la ditte veuve de vouloir bien se rendre tutrice principalle de sesdits enfants […] ce que laditte veuve a vollontairement accepté pour la bonne amitié qu’elle leur porte […] et nomment pour tuteur particulier Jullien ADAM et pour parents déléguez Antoine ADAM et Me Guillaume DES MARES. »

Et le 28 février 1742, à la requête de Louise, en présence du tuteur particulier et des parents délégués, Jacques LECACHEUX, huissier priseur a procédé à l’inventaire et fait la prisée des biens de la maison où est décédé Jean, au hameau de Clainville. Sa maison n’est pas grande et comporte une salle et un appentis derrière. Et l’on perçoit que la famille est loin de rouler sur l’or.

Les meubles se résument à peu de choses : « Une vieille couche de vieux bois ou il s’est trouvé un vieux lit, un vieux traversain de coutil et un oreiller garnis de plumes, deux draps de lit et une couverture de lit rouge et jaune toutte en lambeaux. Un autre vieux chasly de divers bois dans lequel il y a une vieille coute de coutil sans plume un … de lit et une vieille couverture de fil, un vieux paistry (pétrin) à faire paste de divers bois dans lequel nous n’avons rien trouvé. »

Le linge et les hardes sont aussi bien pauvres : « Item un coffre de bois de chesne sans serrure dans lequel avons trouvé un petit miroir, quatre pelottons de …., une paire de brassieres de cotton, une aulne de grosse toile grize, deux vieilles chemises de nulle valleur, deux autres a l’usage de la veuve et un vieux chiffon de linge de nulle valeur, deux draps de lit, une aulne de meslinge, un vieux tablier d’estamine, …. juppes de drap et tiers fil de peu de valleur, sept grosses coeffes et deux gros mouchoirs de peu de valleur. »

Tout était un peu mélangé et au milieu se trouvaient des outils que j’ai regroupés.: « Avons trouvé un petit ecrin de peu de valleur tres vieux a couv… vollante ou il s’est trouvé une paire de ballence de …, deux vieux fusils de viron quattre pieds de canon, un rouet à filler, un soufflet tres vieux à forge, une petitte enclume, un moyen etocq, deux petits etocs, huit limes, un villebrequin, une suette (?) à greffer et … a dix petits outils d’armeurier dont le nom nous est inconnu, un bassin d’airin sans queue. Item trouvé un autre vieux paistry dans lequel … un boisseau de graines de chanvre, un vieux marteau, une vieille paire de tenailles une vieille marmite de pottier de peu de valleur, une vieille serpe et une hache. »

Ne comprenant pas le sens de certains mots et ne déchiffrant pas le nom de son métier, j’ai demandé de l’aide sur le forum « Généa50 » et je découvre un métier que j’étais loin d’imaginer ici, il serait armurier. Concernant « etocq », un correspondant a dit que c’est une épée, ce qui serait cohérent avec le métier d’armurier, mais un autre a écrit : « Nous trouvons souvent des estocs dans les inventaires après décès des forgerons en Normandie. Je n’ai jamais pu identifier cet outil à coup sûr hésitant entre le nom d’une enclume de taille plus réduite pour des finitions d’ouvrages, le nom d’un autre accessoire de forgeron voire le nom de masses ou de marteaux d’une certaine forme ou taille. Personnellement la définition du dictionnaire « épée » ne me convient pas dans ce contexte de forge et il ne serait pas étonnant que les forgerons aient donné ce nom à l’un de leurs outils. » Dans l’inventaire, ce mot « etocq », cité au milieu d’outils permet de penser que s’en est un. Quant à Jean n’est-il pas tout autant forgeron ce qui paraît plus plausible à Picauville, qu’armurier, forgeant des outils et à l’occasion entretenant ou réparant des armes ?

Derrière la salle, il y a un petit appentis où  » nous avons trouvé deux vieux fusts de tonneau, une vieille botte (gros tonneau) vuide et plantez debout, une vache à lait et six gerbeaux de paille sur le plancher.« 

Ils ne devaient donc pas être si démunis que meubles et vêtements le laissaient à penser. Et je comprends mieux, la présence de nombreux parents pour la tutelle et d’un huissier priseur venu faire l’inventaire bien qu’il ne semble pas trop s’y connaître, dans l’outillage d’un armurier. J’ai été étonnée qu’il énumère mais ne chiffre rien. Il est aussi fait mention de « 220 livres à laquelle somme ladite veuve demeure dispensée de rendre compte à ses dits mineurs à leurs ans de majorité sinon en cas qu’elle convole en secondes noces ». Aucun des deux garçons n’a repris le métier de forgeron/armurier que Jean n’a pas eu le temps de leur transmettre.

Les papiers étaient peu nombreux, outre leur contrat de mariage, il y avait plusieurs quittances qui lui ont été « expediez par le Sieur d’Hildermisse, agent des affaires de la Marquise de Bellefond ». Celle-ci est sûrement l’une des filles de Bernardin de GIGAULT, marquis de Bellefonds, seigneur de l’Îsle-Marie à Picauville, né en 1630, mort le 4 décembre 1694 à Vincennes, maréchal de France en 1668. Jean a donc eu des dettes envers la Marquise dont les quittances font foi qu’il les a remboursées.

À l’emplacement du château, il y a d’abord eu le Houlme, une forteresse attestée dès 1027. Au début de la guerre de Cent Ans, il fut occupé par les Anglais. En 1379, il appartenait à Guillaume Aux Epaules qui combattait sous les ordres de Jean de Vienne. Par mariage, il passa dans la famille des Gigault de Bellefonds. C’est Bernardin qui transforma le château, à la fin du XVIIe siècle.

Mais en plus d’être armurier, Jean devait aussi être cultivateur. On a vu, dans l’inventaire, des graines de chanvre et je découvre, les jours suivants, deux baux, actés par Louise, tutrice de ses enfants mineurs, de deux pièces de terre qui doivent donc dépendre de la succession. C’est touchant de lire les clauses qu’elle fait noter, pour que les preneurs entretiennent bien ces terres qui reviendront ensuite à ses fils, trop jeunes encore pour les exploiter.

Le 27 mars 1742, elle « a baillé à titre de loyer à prix d’argent pour trois années et trois dépouilles commencez de ce jour et finissant au jour de Noël de la dernière année au profit et bénéfice de Jean Halgatte, scavoir une piece de terre en labeur et plantée en pommiers de contenance de six vergez ou viron et de tant qu’elle se contient nommée la Courte pièce sise en ladite paroisse de Picauville à charge par luy preneur de la bien et … graisser et compotter (composter ) une fois pendant le present, ainsy que de conserver les plans en bon père de famille et de ne coupper aucun bois franc mais seulement ronces et epines pour etoupper (boucher les trous faits par les animaux dans les haies) lequel bail fait par le prix et somme de quarante livres par chacun an. ». Cette pièce de terre restera dans la famille jusqu’au 3 octobre 1873 où elle est vendue par mon arrière-arrière-grand-père, Louis Charles FRERET. Il est a lors précisé qu’elle est située au hameau de Montessy qui jouxte celui de Clainville,

Le 3 juillet 1742, elle a baillé à Antoine ADAM, marchand boucher, pour trois années, « une pièce de terre de nature d’herbage sise en lad(ite) paroisse de Picauville entrant du Pont l’Abbé nommée le Clos de Lamirand de contenance de viron six vergez et demie à charge de ne couper aucun bois franc mais seulement ronces et epines pour etoupper et … à herbages et a eté le présent bail fait par le prix et somme de trente six livres par chacun an ». Cette pièce était présentement déjà louée, donc n’était pas utilisée par Jean.

Fin de vie de Louise Marguerite

Louise a 46 ans au décès de Jean. Elle ne se remarie pas et reste veuve pendant douze ans, quittant ce monde, le 9 juin 1754. Elle aura peut-être deviné que son fils aîné allait se marier, cinq mois plus tard, mais elle n’en saura rien pour Jacques qui avait tout juste 21 ans.

Sources

Armuriers, blog « Les anciens métiers »

Une réflexion sur “Jean FRERET dit Clainville et Louise Marguerite COUPPEY, sosas 128 et 129

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