La guerre de 14-18 décime la famille FRERET

Ordre de mobilisation générale

Quand l’ordre de mobilisation générale est proclamé, le 2 août 1914, Désiré, Louis et Adolphe FRERET rejoignent la Caserne Proteau à Cherbourg. Tous les trois sont affectés au 77ème régiment d’Infanterie qui y est basé. La photo est sûrement destinée aux familles.

Deux des fils ne sont pas sur la photo. Jean, l’aîné est réformé et maintenu en réforme à la mobilisation pour tuberculose. Le second, Jules, très faible, est mobilisé mais placé dans les services auxiliaires.

Au tout début de la guerre, Désiré (à gauche) et Adolphe (à droite) sont ensemble, tous les deux affectés au service des Étapes anglaises. Ensuite, ils seront séparés.

Du côté des familles, on se fait aussi photographier pour soutenir le moral des soldats. Au vu de l’âge de mon père, cette belle photo a certainement été prise en 1914. Marie Anne Elisabeth est sans doute montée à Paris pour l’occasion  pour que mon grand-père puisse emporter cette photo au front.

Tous les trois partent en laissant des enfants en bas âge qui n’auront pas eu beaucoup le temps de les connaître. Désiré, mon grand-père, a tenté de maintenir le lien avec son fils en envoyant aussi souvent qu’il pouvait des cartes postales, pas loin d’une centaine, précieusement conservées par mon père.

Dès le début de la guerre, la mort frappe la famille.

Jean décède de la tuberculose, le 25 mars 1915. Louis, parti au front est réformé le 15 septembre 1914 pour bronchique spécifique et maintenu en réforme, le 15 mai 1915. Il décède chez lui le 25 mai 1916. Est-ce des suites de sa maladie contractée au front ? Rien ne permet de l’affirmer sauf que sa fille est adoptée par la Nation, en décembre 1918 (selon la mention portée sur son acte de naissance) malheureusement à titre posthume car elle est morte en 1917. Adolphe, le plus jeune, a d’abord été blessé à la jambe mais a ensuite réintégré son régiment le douze mars 1916. Il décède en 1917, cité à l’ordre du régiment : « Bon soldat, très brave, mortellement atteint par les gaz ennemis le 11 février 1917 au cours de son service en 1ère ligne ». À son décès, Louis Joseph écrit cette lettre bouleversante à Désiré, mon grand-père.

En effet, la mort a déjà frappé trois fois leurs enfants. En plus de celui, mort à la naissance et de la petite Maria, décédée à sept ans, Marie Augustine, leur dernière, blanchisseuse, est morte à 19 ans le 10 août 1901.

C’est donc cinq sur six de leurs petits-enfants qui se sont retrouvés orphelins de père, pendant les années de guerre. Ce sont sûrement eux sur cette photo émouvante, rangés sans doute par âge (Paul, Edmond, Renée, Jean, Adrien et Madeleine) mais je ne reconnais que mon père, le quatrième. Je lui donne à peu près cinq ans, la photo daterait de 1916.

L’été suivant, la grand-mère n’aurait peut-être pas pu poser sur la photo, Marie Anne Elisabeth décède le 18 août 1917, âgée de 75 ans. En septembre, c’est la petite Renée, au milieu de la photo, qui décède d’une méningite, à 7 ans. Et le 14 avril 1918, c’est Désiré, mon grand-père qui meurt au front.

Mon père qui a eu une enfance difficile, orphelin de père et sa mère ayant peu de moyens, a gardé des souvenirs heureux de ses vacances chez ses grands-parents. À la lecture des cartes postales, on devine combien les grands-parents avaient à cœur d’accueillir et réunir leurs petits-enfants.

Le 29 février 1920, « Le Bureau Municipal considérant que Monsieur Louis Fréret touche une pension militaire de 500 francs prononce la radiation des listes d’assistance aux vieillars, infirmes et incurables ».

Il est encore conseiller municipal  quand est votée la construction du monument aux morts. J’imagine combien cela a dû être dur pour lui de ne pas y voir figurer le nom de ses fils qui n’étaient plus aux Moitiers-en-Bauptois au moment de la mobilisation et dont le village ne garde donc pas la mémoire.

Il quitte cette vie qui ne lui a pas ménagé les chagrins, le 27 avril 1922, âgé de 83 ans. Un seul de ses enfants, vivant en région parisienne, lui survivra. Quelle leçon de courage, il nous donne !

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