Sur l’acte de naissance de mon arrière-grand-père, Louis Joseph FRERET, son père est dit « affranchisseur ». N’ayant jamais rencontré mention de ce métier, parisienne n’ayant jamais vécu à la campagne, j’imaginais qu’il devait travailler… à la poste du bourg voisin de Picauville pour affranchir les courriers ! Un autre nom pour postier, en somme… Jusqu’au jour où j’ai découvert que « affranchisseur » était le synonyme de « hongreur ». j’ai bien ri de ma bévue 🙂 et me suis alors souvenu que mon père m’avait dit que son père était aussi hongreur, mais sans m’en dire plus sur cette profession. Il me fallait partir en quête sur internet pour découvrir ce qu’est un hongreur car le dictionnaire des métiers est bien succinct sur le sujet.
« Hongreur » vient du mot « hongre ». Et un hongre c’est un cheval dont on a procédé à l’ablation des testicules. Cette pratique , venue à l’origine de Hongrie devait rendre les animaux moins impétueux et plus calmes, car on s’était rendu compte qu’un cheval entier ne pouvait pas demeurer attelé avec une jument, au moins pendant certaines périodes de l’année. Les poulains étaient castrés avant d’être mis au travail.

« L’outillage et le matériel étaient assez rudimentaire : en plus de l’indispensable canif, le hongreur utilisait les « castrots » ; c’étaient deux tasseaux de bois dur passés au vitriol et solidement liés entre eux ; on pinçait la peau au-dessus des bourses, qu’on incisait d’un coup sec pour retirer les testicules puis les plaies étaient désinfectées avec un verre de « gnôle » ! Après une dizaine de jour, les blessures étaient cicatrisées et les tissus tombaient d’eux-mêmes ! » (Jean Pelatant, dans le Courrier de la Mayenne, du 18/09/2002)
On peut retrouver des informations complémentaires ici.
J’ai interrogé l’ancien maire des Moitiers-en-Bauptois qui m’a dit que l’on castrait aussi les verrats pour qu’ils engraissent mieux. Il fallait utiliser du grésyl pour désinfecter plutôt que de la gnôle ou du Calvados, bien trop précieux !
L’activité de hongreur était un savoir familial, transmis de père en fils. Il y en avait un ou deux par village et ils étaient rémunérés à l’acte. On ne pouvait sans doute pas vivre de cette unique activité même si elle était sans doute importante car la France rurale à la fin du XIXe dépendanit toujours de l’énergie animale et de l’élevage.
Un métier plus répandu dans l’Ouest mais qui a disparu
« L’ouest français (Bretagne, Maine, Normandie) est une des plus grandes régions d’élevage de France, restée indemne des dégâts des différentes guerres, avec un habitat dispersé, ou le bocage est omniprésent. Chemins creux, haies, hameaux isolés contribuaient à fermer ce monde rural vivant en quasi autarcie et n’aidaient pas à la diffusion des idées et techniques nouvelles portées par la révolution industrielle. […] Hongreurs pour les uns, empiriques pour les autres, ils sont très rapidement entrés dans la ligne de mire des vétérinaires, représentant pour eux des concurrents au savoir plus ou moins hasardeux mais d’un savoir-faire et d’une technicité que l’homme de l’art pouvait envier. Ainsi, à partir de la seconde moitié du XIXème siècle, les empiriques ont fait l’objet d’attaques, de négociations avec les vétérinaires qui peinaient à trouver une place dans cette société rurale, articulée autour du cheval et de l’élevage. Lentement, les empiriques ont vu leurs droits diminuer jusqu’en 1938 où une loi réglementant la médecine vétérinaire fut promulguée, signant leur arrêt de mort. » (« Hongreurs et maréchaux experts : histoire d’une profession méconnue », thèse pour le doctorat vétérinaire de Arnaud, Michel, Nicolas GASCHET.) Pour en savoir plus, cette thèse est en ligne ici.
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