Ténestine BRIERE, mon arrière-grand-mère, au prénom peu commun, Sosa 11

Je savais très peu de choses sur Ténestine Louise BRIERE, mon arrière-grand-mère paternelle, native de la Mayenne. Je n’ai malheureusement pas connu ma grand-mère, décédée avant ma naissance, qui aurait pu me parler d’elle et de sa famille dont je n’ai jamais rencontré personne. Mon père, orphelin de père, a eu une enfance difficile, sa mère ayant très peu de moyens. Il ne parlait pas beaucoup de sa jeunesse et s’il évoquait plus volontiers ses vacances en Normandie, chez ses grands-parents paternels, il ne semblait pas avoir de souvenirs de séjours en Mayenne. J’avais juste entendu mon père dire que sa grand-mère « avait bu » l’exploitation agricole de son mari. Tenter de reconstituer le fil de sa vie m’a permis de comprendre un peu mieux ce qu’elle a traversé à commencer par sa venue au monde sans doute pas souhaitée. Elle a passé toute sa vie entre les villages de Hercé et Colombiers (Colombiers-du-Plessis depuis 1919).

« L’an mil huit cent quarante huit, le quatrième jour du mois d’août à six heures du soir par devant nous Romain BRIAND, maire, officier de l’état civil de la commune de Hercé, canton de Gorron, département de la Mayenne, est comparu Urbain BRIERE, propriétaire, cultivateur, âgé d’environ cinquante trois ans, demeurant au lieu de la Cossevinière en cette commune lequel nous a déclaré que ce jourd’hui à deux heures du matin , Joséphine BRIERE, fileuse, sa fille mineure, âgé de 19 ans est accouchée dans sa maison du dit lieu de la Cossevinière d’un enfant de sexe féminin qu’il nous présente et auquel il donne les nom et prénoms de BRIERE Ténestine Louise. »

La maman de Joséphine n’était pas là pour accompagner sa fille lors de son accouchement. Joséphine n’avait que 3 ans quand elle a perdu sa mère, quelques mois après le décès de sa petite soeur.  Urbain a semble-t-il élevé seul sa fille unique, n’ayant pas trouvé trace d’un remariage.

Je me demandais où Joséphine avait pu trouver ce prénom de Ténestine qui m’avait intriguée. En connaissait-elle l’origine  que j’ai découvert aujourd’hui sur le site  Nominis ? Sans doute pas, mais je trouve émouvant que cette enfant naturelle dont le père nous est inconnu, née d’une relation probablement non consentante avec sa mère porte le prénom d’une sainte vierge.

Le 11 octobre 1851, Joséphine se marie, à Hercé, avec Constant Pierre PELE, propriétaire cultivateur, âgé de 32 ans, militaire en congé. À son mariage, elle est dite propriétaire cultivatrice. Ce n’est que le 24 août 1854, par acte passé devant Me PARIS, notaire à Gorron, que Joséphine reconnaît Ténestine avec le consentement de son époux. Sur l’acte de reconnaissance elle est prénommée « Thénestine Agathe Louise« . Entre 1852 et 1870, le couple aura neuf enfants. Comment a-t-elle trouvé sa place parmi eux ?

Du recensement de 1851 à celui de 1866, Ténestine est toujours à Hercé avec le couple d’abord à La Cosvinière puis à partir de 1861 à la Métaierie de Peaudeloup. Elle n’y ait plus en 1872.

On la retrouve lors de son mariage, à Colombiers, le 13 septembre 1873, avec « Constant François QUINTON, cultivateur, majeur, né commune de Brecé, le cinq du mois de mai mil huit cent quarante, domicilié au village du Verger en cette commune, fils de feu QUINTON Julien, […] et de défunte Marie Françoise FORTIN » . Ténestine est propiétaire cultivatrice et demeure également au Verger. Elle signe alors que Constant dit ne savoir.

La robe de mariée devait être bien ample car le 17 de ce mois de septembre, la toute jeune mariée accouche, à leur domicile du Verger, d’une petite Ténestine Marie ! À peine un an plus tard, le 9 août 1874, naît Marie Louise.

Au recensement de 1876, ils habitent tous les quatre au village de la Ruaudière. Constant  est cultivateur et deux domestiques vivent avec eux.

Le 8 mai 1877, Constance Victorine, ma grand-mère, voit le jour et le 21 décembre 1878, Ténestine donne naissance à une petite Virginie Marie qui hélas, ne vivra que 23 jours.

En 1881, ils ont déménagé au hameau de la Richardière. Constant n’est plus cultivateur mais journalier locataire et ils n’ont plus de domestique. C’est sûrement à cette époque que s’est produite dans leur vie, la bascule évoquée par mes parents. D’après leur dire, Constant aurait été volailler et c’est l’addiction de sa femme à l’alcool qui lui aurait fait perdre son exploitation. Etait-ce la seule cause de cette faillite ? 

Le 28 septembre 1884, c’est la naissance d’un garçon, prénommé comme son père Constant François.

Au recensement de 1886, ils sont encore à la Richardière et Constant est toujours journalier. Ténestine Marie, la fille aînée, âgée de 13 ans, ne vit plus avec eux. Est-elle décédée entre temps mais je n’ai pas trouvé son décès dans la commune ? Ou bien a-t-elle été placée comme domestique ? C’est fort probable. Et lors du recensement de 1891, c’est Marie Louise, âgée de 17 ans, qui est à son tour manquante mais n’est pas décédée.

Auparavant, le 16 janvier 1890,  Marcelline Marie voit le jour mais sa vie sera brève, elle décède le 10 décembre 1891. En 1893, Constance Victorine, ma grand-mère n’est plus dans la famille. Mon père m’a raconté que vers douze ou treize ans elle est partie à Paris dans la famille du procureur qui avait prononcé la liquidation de l’exploitation de Constant.  Mais j’ai le certificat de travail qu’ils lui ont remis daté à partir de septembre 1893, alors qu’elle avait 16 ans. Quand est-elle réellement montée à Paris ? Elle est restée au moins six ans chez eux où elle a été bien traitée.

Lors du recensement de 1896, il n’y a donc plus que Constant François, âgé de 11 ans avec eux. En 1901, ce dernier n’est plus là, sans doute déjà ouvrier agricole, ainsi qu’il est noté sur son matricule militaire, en 1904. Les parents sont seuls et ont déménagé à la Maldrerie où ils sont encore en 1906. Ténestine est pour la première fois dite fileuse, comme était sa mère. Sans doute une activité qu’elle n’a cessé de pratiquer en plus de son travail de cultivatrice et qu’elle a peut-être repris de façon plus intense pour augmenter les revenus du ménage.

En 1911, on les retrouve à la Richardière où ils resteront tous les deux jusqu’au décès de Constant François, âgé de 75 ans, le 18 juin 1915.

Sur cette photo, je pense que c’est mon arrière-grand-mère, au printemps 1911, à Paris, sans doute venue pour le baptême de mon père, Jean FRERET né le 30 mars. Il est dans les bras de Constance Victorine, sa mère qui a épousé Désiré Armand Bernard FRERET, en 1902. C’est leur premier et unique enfant. À ma connaissance, c’est la deuxième fois seulement que Ténestine est grand-mère. Elle l’a été une première fois, en 1902, à la naissance de Germaine RABIER, enfant de sa fille Marie Louise, mariée en 1898 avec Armand Honoré RABIER. Etait-elle allée à la noce qui a eu lieu à Laval ? Ni elle, ni son mari ne sont venus au mariage de Constance et Désiré, à Paris.

Du recensement de 1921 à celui de 1926, elle habite au Bourg et vit avec Suzanne LARTAUD, née en 1915 à Paris, donc âgée de six ans et dite petite-fille. Est-ce sa petite-fille qui pourrait être la fille de Ténestine Marie, sa fille aînée, dont j’ai perdu la trace et ne sais si elle s’est mariée ? Ou bien est-ce une petite fille qu’elle garde en nourrice pour avoir quelques revenus ? J’ai parcouru les naissances en 1915 dans tous les arrondissements de Paris sans retrouver la naissance d’une Suzanne LARTAUD…

Je ne sais quand elle déménagé à Gorron où j’ai retrouvé son décès, Butte Saint-Laurent, le 6 mars 1928, sans doute dans une maison de retraite car il y a maintenant un EPHAD à cet endroit.

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