E comme… rue des Ecrivains

Au fil du temps

C’est une ancienne voie entre les rues d’Arcis et de la Vieille Monnoye, dans l’actuel 4e arrondissement. Elle a d’abord été nommée rue Commune. Puis en 1256, on la trouve sous le nom de rue Pierre-Olet, et en 1439 rue de la Pierre-au-lait, dite peu à peu rue des Escripvains, à cause des écrivains, dont Nicolas FLAMEL, qui vinrent s’y établirent, dans des échoppes, s’appuyant sur le bas-côté de l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie dont la Tour Saint-Jacques est le seul vestige. En 1702, la rue comporte 22 maisons et 5 lanternes. Elle disparaît en 1856 lors du percement de la rue de Rivoli.

Lutetia. Paris par Jacques Gomboust (1616-1668), topographe ingénieur du Roi.

Mes ancêtres qui y demeurèrent

Dans ma branche des notaires de Belleville, au XVIIIe siècle

Philippe ROUVEAU est le fils d’Antoine ROUVEAU, greffier de la Prévôté de Belleville et notaire royal et de Marie Marguerite HOUDART. Je ne sais pas quand il est né, sans doute à Belleville, ni quel est son rang dans la fratrie, mais c’est son frère Pierre, né en 1736, qui prend la succession de leur père à l’étude notariale XXXVII qui a été dans la famille ROUVEAU de 1600 à 1805. Philippe est d’abord « huissier à verge et de police au Châtelet de Paris et seul juré crieur ordinaire du roi et des cours et juridictions de la ville, prévôté et vicomté de Paris », dont il a été pourvu par lettre de provisions d’office du 27 février 1751, charge détenue auparavant par Jean Baptiste Charles GALLAND. Cette profession est pour moi une aubaine car elle va me permettre de le suivre, grâce aux ordonnances de police qu’il annonce à la population et dont j’ai trouvé quelques traces, sur Gallica, via Geneanet. Leur contenu est très intéressant et souvent étonnant, pour mieux découvrir la vie parisienne, les transformations de la ville et les problèmes qui se posaient à cette époque.

Le premier document où je l’ai croisé, dans ses fonctions de crieur du Roi, est à l’issue d’un jugement du 10 décembre 1763, dans le cadre de « l’affaire du Canada » dont je n’ai pas tout compris l’objet. Toutes les ordonnances de police qu’il va annoncer à la population se terminent, comme ici, par cette formule, toujours identique, dans laquelle il se présente et donne son adresse.

Il demeure alors, rue Saint-Denis, vis à vis l’ancien Grand-Cerf. Cette précision permet de situer sa maison. Un passage du Grand Cerf donnant sur la rue Saint-Denis, au niveau de l’actuel N° 145, est déjà attesté dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, son nom faisant référence à l’ancienne enseigne d’un hôtel.

Philippe ROUVEAU contracte mariage le 5 mai 1765, avec Marie Louise BARRAU, fille de François Dominique et de Marie Geneviève BOUTRON qui habitent rue de l’Arbre-Sec. La noce a dû être belle, il y avait quarante deux témoins à leur mariage ! Je découvre qu’il habite maintenant rue des Ecrivains. Le couple aura deux fils et trois filles dont mon ancêtre Adélaïde Sophie ROUVEAU, qui y naîtront, sauf la plus jeune.

Suivons-le, dans sa mission de crieur du Roi, annonçant à haute et intelligible voix, cette ordonnance du 12 juin 1766 qui fixe à cette date, l’ouverture de la nouvelle halle aux blés, construite en partie sur l’hôtel de Soissons et qui ordonne qu’à partir de ce jour « les marchandises de grains, farines, graines et grenailles seront déposées dans la nouvelle halle « […] et que « les rues Trainée, de Sartine, de Viarmes, Babille et d’Orléans, seront du quartier des Halles ainsi que celles qui se trouvent entre les dites rues et les anciennes halles ». Celle du 29 janvier 1768, réglemente l’usage du gras pendant le Carême. La localisation de la maison où il demeure est précisée, « Place de l’Eglise Saint Jacques de la Boucherie, au Bureau de la Bonneterie ».

Après trois siècles de rivalités, la France et l’Autriche s’allient en 1756. Afin de consolider ce rapprochement diplomatique, Louis XV et l’impératrice Marie-Thérèse décident de marier leurs enfants respectifs. L’idée d’un mariage entre les deux Couronnes, mûrie dès le début des années 1760, ne se concrétise qu’en 1770 : le duc de Berry, dauphin de France, âgé de 15 ans, épouse Marie-Antoinette, archiduchesse d’Autriche, âgée de 14 ans. Le mariage va avoir lieu le 16 mai. Et pour associer les parisiens à ces festivités, un grand feu d’artifice est prévu. Le 14 mai 1770, Philippe annonce à tous les parisiens, les nombreuses précautions qu’ils devront prendre pour éviter les incendies…

estampe – source : Gallica-BnF

Le 3 mai 1775, il se fait porte-voix d’une ordonnance concernant le prix du pain. « Les boulangers auront la faculté de vendre le pain au prix courant : Faisons très expresses inhibitions et défenses à toutes personnes de les forcer de le vendre à moindre prix ».

Le 7 novembre 1778, je le retrouve proclamant une réglementation dans les relations entre maîtres et domestiques. Et je découvre qu’il a déménagé « rue Aubry-le-Boucher à l’enseigne du « Vase d’or », vis à vis de Saint-Josse » où il est de même, le 17 février 1779, alors qu’est fait à sa requête, l’inventaire après décès de son beau-frère, Pierre GRAVIER, époux de sa sœur Marie Jeanne, parents de quatre enfants mineurs dont il est le tuteur,

La rue Aubri Boucher en bas à gauche et la rue des Écrivains, en haut, à droite, sur cet extrait du plan de Turgot.

Il est encore à cette adresse lors de l’annonce de l’ordonnance de salubrité publique vraiment très intéressante, du 15 novembre 1780, fixant aux habitants les obligations de tenir propre le devant de sa maison jusqu’au milieu de la rue et précisant aussi comment doivent être gérés les différents déchets, selon aussi les saisons. Mais le 16 janvier 1782, il vend son office à Jacques SIMONNIN et du coup, je le perds de vue…

Je le retrouve le 24 mai 1786, à Belleville, mais hélas, c’est parce qu’il est décédé, comme en fait foi son inventaire après décès, du 13 juin. Il était, à la fin de sa vie, procureur fiscal en la Prévôté de Belleville et lieutenant des parties de Pantin et Bagnolet. Il laisse quatre enfants mineurs à la charge de Marie Louise, qui est nommée tutrice et de Laurent QUESNEL, son gendre, subrogé tuteur. Au mariage de leur fille, Adélaïde Sophie avec Antoine Henry KRABBE, le 25 mai 1789, sa veuve qui ne s’est pas remariée, demeure rue du « Cocq, Paroisse Saint-Jean-en-Grève« . Il s’agit sûrement de la rue du Coq-Saint-Jean qui a disparu lors de l’ouverture de la rue de Rivoli et de la construction du Bazar de l’Hôtel de Ville, en 1864 et 1904. J’ignore quand elle est décédée.

Dans ma branche des métiers du cuir, au début du XVIIe siècle

Nicole LEGENDRE, fille de mes ancêtres, Pierre LEGENDRE, maître cordonnier et Marie VARLOT, demeurant rue Saint-Honoré, s’est mariée en premières noces avec Arthus DECHARS, maître corroyeur baudroyeur avec qui elle a eu une fille, Marie, qui contracte mariage le 12 novembre 1634, avec Louis DUMESNIL, maître corroyeur baudroyeur, demeurant rue de la Tannerie. Arthus décède avant le 7 juin 1630, date de son inventaire après décès.

Nicole se remarie très vite, le 16 juin 1630, avec André MERIGOT, maître corroyeur baudroyeur demeurant rue des Ecrivains, fils de Nicolas MERIGOT, aussi maître dudit métier et de défunte Claude DESGODETS. Le couple va habiter dans cette rue, au moins jusqu’au 8 septembre 1650, date à laquelle, ils constituent une rente.

J’attends de voir ces différents actes notariés et quelques autres dont je n’ai que les relevés, pour faire un article plus approfondi sur ces métiers du cuir qui croisent souvent, par les mariages, celui de maître fourbisseur et garnisseur d’épées, comme le sont les gendres Jean LHUILLIER et Nicolas PIGNOLET, époux d’Isabelle dont je descends. Jean LEGENDRE, Etienne CARRE et Nicolas GRISOLET, eux sont maîtres cordonniers. Seuls deux « intrus » dans la famille, Lucas LEGENDRE, receveur des tailles à Aurillac et Pierre LEGENDRE, prêtre, docteur en théologie.

Sources

Jacques HILLAIRET, « Dictionnaire historique des rues de Paris, tome 1 »

4 réflexions sur “E comme… rue des Ecrivains

    • Un grand merci pour ton commentaire qui me touche beaucoup. Pour la police d’écriture des textes, j’y suis attentive, mon papa et un autre ancêtre ayant été typographe. J’ai choisi la police Garamond, en mémoire du fondeur de caractère de la Renaissance sur lequel j’ai lu un roman que j’ai adoré. Et j’ai cherché ensuite pour les titres, une police qui était en harmonie avec et celle-là m’a tout de suite plu.

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