N comme… rue Neuve Saint-Honoré

Au fil du temps

La rue Neuve Saint-Honoré est le dernier nom porté à une époque par le tronçon de la rue Saint-Honoré qui se trouve entre la deuxième et la troisième porte Saint-Honoré. Elle s’est appelée successivement grand chemin Saint-Honoré (1283), chaussée Saint-Honoré (1370), grand chemin de la Porte Saint-Honoré (1392), chemin Royal (1393), nouvelle rue Saint-Louis (1407), grand’rue Saint-louis (1421), rue Neuve Saint-Louis (1430), grande rue du Faubourg Saint-Honoré (1609), chaussée Saint-Honoré (1634) et Neuve Saint-Honoré (1638). Peu après le nom de Saint-Honoré était porté par tout l’ensemble.

La porte Saint-Honoré est une porte disparue de Paris. Elle fut la principale porte d’entrée de la ville à l’ouest vers Saint-Germain-en-Laye. Il y eut successivement trois portes Saint-Honoré, au fur et à mesure de l’extension des différentes enceintes de la Ville, s’échelonnant le long de la rue Saint-Honoré. Elles furent l’une après l’autre détruites pour faciliter le ravitaillement et la circulation dans Paris.

Les limites, les murs de Paris – WikiGenweb
Porte Saint-Honoré de l’enceinte de Philippe Auguste sur le Plan de Braun and Hogenberg (publié en 1572, édition de 1593) – BnF

La première porte Saint-Honoré de l’enceinte de Philippe Auguste, construite à partir de la fin du XIIe siècle se trouvait au niveau des nos 148 et 150 de la rue Saint-Honoré, à la hauteur du palais du Louvre, juste après le croisement avec la rue de l’Oratoire . Elle est détruite au XVIe siècle.

Détail du plan de Mérian de 1615 (le nord à gauche) : la deuxième porte (en haut) du XIVe siècle, le faubourg traversé par la rue Saint-Honoré et le bastion du XVIIe siècle (en bas). – BnF

La deuxième porte était située sur l’enceinte de Charles V, construite de 1356 à 1383, et se trouvait entre les nos 161 et 165 de la rue Saint-Honoré (sur l’actuelle place André Malraux, près du Palais-Royal. Cette porte fortifiée était constituée par une bastille formant saillie en avant de la muraille, surmontée de tourelles. Elle a été démolie en 1636.

La troisième porte, bâtie en 1635, était située sur l’enceinte de Louis XIII, dite « des Fossés Jaunes », à cause de la couleur de la terre. Construite entre 1633 et 1636, celle-ci n’étend l’enceinte de Charles V que sur la rive droite, dans les actuels 1er et 2e arrondissement. Largement élargie dans les années 1670-1680 pour laisser passer plus facilement le trafic, cette dernière porte fut détruite en 1732.

Mes ancêtres qui y demeurèrent

Nous avons déjà croisé Simon MOREL et plusieurs de ses enfants au Cloître Saint-Thomas du Louvre. Le revoilà, le 16 janvier 1710, alors qu’il vient de bailler à Jean Baptiste NINONNET, maître vitrier et à Jeanne DOUAILLY, son épouse, une maison lui appartenant « rue Neuve Saint-Honoré, Paroisse Saint-Roch, proche la porte Saint-Honoré en laquelle est pour enseigne la Coupe d’Or. »

Voilà des précisions qui nous permettent de situer très précisément où se trouve cette maison. Puisque la rue Neuve Saint-Honoré est entre les deuxième et troisième porte Saint-Honoré et que la deuxième porte a été détruite en 1636, elle est donc proche de la troisième porte. Ce doit être une des maisons que l’on voit sur cette estampe.

Vue de la porte Saint-Honoré et du Dome des Filles de l’Assomption – Estampe – BnF

A moins que ce soit l’une de celles qui sont sur cette gravure de la Porte, où on la voit en étant dans la rue Neuve Saint-Honoré.

En bas dans la cuvette, imprimée à l’encre noire, à gauche : « Perelle fecit », « l’an 1635 LA NOUVELLE PORTE St. HONORÉ a esté Construite, et la vielle demolie, et le Faubourg mis dans la Ville. / LE DOME DES FILLES DE L’ASSOMPTION qui est a main gauche, est l’ouvrage du Sr. Errard et l’un des plus beaux qui soit a Paris, il a esté achevé l’an 1677. », à droite : « a Paris Chez N. Langlois ruë St. Iacques a la Victoire. Avec privilege du Roy. »
Musée Carnavalet-Histoire de Paris

Adam PERELLE est un dessinateur et graveur français, né à Paris en 1640 et mort en 1695. Il est fils de Gabriel PERELLE et frère cadet de Nicolas PERELLE. Comme son père, auprès de qui il apprend son métier, et son frère, il dessine et grave des vues de paysages et de monuments. Il obtient le titre de graveur du roi et enseigne le dessin et la peinture dans la haute société.

Revenons à l’acte de bail, sa belle écriture régulière et facile à lire précise que la maison consiste « en une boutique, deux caves, une cour, un puyts mitoyen, deux corps de logis l’un sur le devant et l’autre sur le derriere et un bastiment en aisle, de plus amples declarations les dits preneurs disant la bien connaistre pour lavoir vue et visitée […] le present bail faict pour cinq années moyennant le prix de quatre cent livres de loyer pour et par chacune des dit(es) cinq années. »

Dans le partage de la succession de Simon MOREL et de son épouse Antoinette HENNICLE, en 1715, j’ai trouvé l’estimation de cette maison qui avait été faite, par sentence, le 18 novembre 1713, après le décès de Simon. Je n’ai malheureusement pas trouvé mention de l’acte d’achat pour savoir quand ils en sont devenus propriétaires.

J’ai retrouvé cet acte dans lequel, l’architecte décrit précisément la maison. Hélas, il écrit moins clairement que le notaire du bail. Mais globalement, j’ai compris que le corps de logis de devant comprend, au rez-de-chaussée, une boutique et arrière-boutique et au dessus deux étages carrés et un étage lambrissé avec un grenier au-dessus. À chaque étage il y a une chambre avec vue sur la rue et une près de l’escalier à deux noyaux. Toutes les pièces sauf une ont une cheminée. Le corps de logis de l’arrière est pareillement agencé que celui de devant mais sans la boutique. Le corps en aile a deux étages carrés mais pas d’étage lambrissé. Il comporte deux petites salles au rez-de-chaussée et au dessus une chambre et un cabinet d’aisance et au second une chambre, chaque pièce étant avec cheminée. Une galerie, construite de cloison simple et de charpenterie, au premier étage, entre le corps de logis de devant et celui en aile sert d’allée pour accéder au cabinet d’aisance. Tous les corps de logis sont couverts de tuiles avec « egousts » (gouttières). Le puits est commun avec la maison voisine. Il y a un grand berceau de cave sur toute l’étendue du corps de devant dont l’entrée est couverte d’une trappe vis à vis de l’entrée de la boutique par la rue. La maison est séparée de la maison voisine « par une vieille cloison simple de maçonnerie et charpenterie dont les bois sont en partie pouris ». Elle tient d’une part au Sr DAUDOUIN, d’autre part aux héritiers FROMENT, par derrière à Anthoine LENOSTRE. Compte tenu de l’emplacement de la maison et des réparations qui devraient être faites, sa valeur est estimée à sept mille livres.

Je me suis demandé si Simon MOREL et sa famille avaient vécu dans cette grande maison ou si c’était uniquement un investissement pour en percevoir les loyers. C’était un marchand marinier, voiturier par eau, originaire de l’Oise où sont nés la plupart de ses enfants et qui était souvent sur ses bateaux.

Il est possible néanmoins qu’ils aient été là, en 1672, lors de la naissance de leur fils Florent, le seul natif de Paris et qui a été baptisé, le 13 octobre 1672, en l’église Sainte-Marie-Madeleine de la ville l’Evêque. C’était un hameau de fermes, sur l’emplacement de la rue du Faubourg Saint-Honoré actuelle, donc tout près de la Porte Saint-Honoré, proche de la maison. La rue Neuve-Saint-Honoré est dite sur la paroisse Saint-Roch mais son église est plus éloignée.

Sur cet extrait du Plan de Turgot (1734-1739), on peut voir tout en bas l’église Sainte-Marie-Madeleine de la ville l’Evêque et en haut le Dome de l’Assomption. La 3ème porte St-Honoré n’existe plus elle se situait au niveau du grand carrefour en croix- BnF

Si c’est le cas, pourquoi les retrouve-t-on, alors, en 1689, au Cloître Saint-Thomas-du-Louvre, apparemment dans une maison en location ? Mais il a très bien pu habiter cette maison entre 1689 et 1710 où il la loue car je le perds de vue dans ces années. D’autant plus que dans l’acte de partage, j’ai aussi trouvé « la somme de dix sept cent quatre vingt dix livres due par [sic mais ce doit plutôt être « à » mais ce n’est pas clair non plus car cette somme est mise en recette] le Sr LAVERGUE maistre masson : scavoir celle de douze cent trente livres suivant le compte fait par le dit LAVERGUE avec le dit Sr MOREL le premier novembre 1707 et cinq cent soixante livres faisant autre compte fait entre eux le trente juillet 1708 […] le dit LAVERGUE a travaillé en son métier dans un bâtiment que le dit Sr MOREL a fait faire dans sa maison scize rue et près la porte Saint-Honoré ».

Je ne sais où ils demeuraient au décès de sa femme en 1693. Simon décède le 26 août 1713 mais je ne sais où il habitait car j’ai l’acte de partage de la succession qui mentionne son décès mais pas son inventaire après décès. Mais la fin de sa vie n’ a pas été facile comme je l’ai découvert dans cet acte de partage. « Simon Morel père étant touche davec des infirmitez à cause de son grand âge environ deux années avant son décès, le Sr Florent MOREL aurait par soin de ses affaires et de son commerce, reçu et debourcé plusieurs sommes pour luy. Et les infirmitez du dit Sr Simon MOREL etant augmentées ses enfants trouvèrent à propos de le faire interdire, a l’effet de quoy monsieur le Lieutenant civil se transporte en sa maison pour recevoir son interrogatoire et par sentence du quatorze avril 1711 led(it) Sieur MOREL [coin de page détruit] ». Plus loin il est précisé que les scellés ont été apposées à son domicile attendu de son interdiction.

Guillaume MOREL avait été nommé curateur par la sentence. Mais il a fait opposition, a été débouté puis a fait de nouveau appel. Au final, c’est Jean MINGUET, son gendre, époux de Geneviève MOREL qui a été nommé curateur. Voilà plusieurs sentences qu’il va être intéressant de chercher car j’y découvrirai où Simon vivait alors, mais pas sûr que j’arrive à retrouver ces documents… Quand il a baillé la maison, en janvier 1710, commençait-il déjà à perdre un peu la tête ? En tous cas il signe encore bien.

Sources

Jacques HILLAIRET, « Dictionnaire historique des rues de Paris, tome 2 »

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