H comme… HOUDART

La découverte de mes vignerons parisiens se poursuit, à Belleville, avec les HOUDART.

Pierre HOUDART l’Aîné, sosa 1748

Je ne sais pas quand il est né, quand il s’est marié ni qui sont ses parents. Ça commence mal ! Heureusement, comme il signe, on arrive à le suivre. On sait, par exemple, par un acte de 1672 où il est témoin, qu’il est laboureur et demeure à Ménilmontant.

En 1700, sa fille Jeanne, mariée à Denis COUTEUX, vient de décéder et il est subrogé tuteur de ses enfants. Il demeure à Belleville où il est alors marchand de vin.

Par son inventaire après décès, le 15 mars 1713, on va en apprendre beaucoup plus sur Pierre et sa famille. C’est à la requête de sa femme, Jeanne FAUCHEUR, que cet inventaire a lieu, en présence ou par représentation de ses enfants. Ils ont eu un seul garçon, Pierre le Jeune qui est mon ancêtre, suivi de quatre filles. Le couple a eu le bonheur de tous les marier mais le chagrin de voir deux de leurs filles, Jeanne et Simonne, décéder avant eux.

Le contenu de son inventaire et celui du partage qui s’ensuivit nous fait découvrir qu’il est propriétaire de deux maisons dont celle où il est décédé et qu’il a de nombreuses terres en labour ou plantées de vignes, sur les terroirs de Bagnolet, Ménilmontant, Belleville, Charonne et Pantin, qu’il serait bien trop long d’énumérer.

Je me suis plus attachée à ce qui concernait ses métiers, vigneron et marchand de vin, car il est bien les deux. La présence d’un fournil avec des outils que j’ai eu du mal à déchiffrer laisse à penser également que le pain est fait à la maison, d’autant que parmi ses gendres, il y a un boulanger.

En la cave

« S’est trouvé la quantité de seize muid onze demy queux jaulge Orleans trois demy queux jaulge Champagne et un demy muid, le tout vin claret du cru de Belleville et des environs et encore quatre demy queux aussy jaulge Orleans de vin claret blancq du cru de Mosane qui se sont trouvés dans le fournil evalués a la quantité de vingt neuf mil … … … lesquels apres avoir esté parés et gouttés par lesquels, led. Lobon huissier priseur a recognu le tout estre bon vin loyal et marchand a esté prisé et estimé a raison de dix huict livres le muid revenant aud prix le tout ensemble a la somme de cinq cent vingt deux livres. »

Difficile de s’y retrouver dans les équivalences entre les anciennes unités de mesures de liquides et les litres, d’autant que, notamment pour le vin, celles-ci changent selon les régions. La pinte, mesure de base des liquides fait partout 0.93 L. Un quartaut, c’est un quart de tonneau, environ 68 L à Paris, mais 114 L à Orléans, 94 L en Champagne et 106 l. à Macon ! Un muid de Paris égale 288 pintes, soit 271,5 L quand un muid de Bourgogne fait 268 L. Quant à la queue, c’est encore pire : 266 L en Champagne, 456 L à Paris et 402 L en Bourgogne. Bien difficile de savoir quelle quantité de vin, il y avait dans la cave de Pierre… C’est plus simple de comparer les monnaies : cinq cent vingt livres équivalent 7 037 euros.

Dans la foullerie estant a costé (du fournil)

« S’est trouvé deux cuviers montés sur leurs chantiers de bois, cuvant le tout ensemble environ dix huict muid de vin garny chacune de ses … a cannelle de bois, un grand entonnoir de bois garny de sa douelle de … blancq, une main de fer [sans doute un racloir pour nettoyer les tonneaux], trois hottes d’osier battu servant pour les vendange, et une pairre de bachoues prisé le tout ensemble a la somme de trente six livres. »

Entonnoirs de cave, conçus de façon à être stables sur la douelle où se trouve la bonde. (1)

Je ne sais si Jeanne FAUCHEUR, son épouse, lui a survécu plusieurs années, après une vie en commun bien remplie.

Pierre HOUDART le Jeune, sosa 874

Je ne connais pas sa date de naissance mais on peut dire qu’il a de quoi bien débuter dans la vie. En 1713, il hérite du cinquième de l’héritage de son père et le lot N° 2 qui lui est attribué est conséquent.

  • 1/2 arpent de terres labourables, étant à présent ensemencé de blé seigle, en une pièce, situé sur le terroir de Pantin et le Pré Saint-Gervais, lieudit les Mauxins, […], étant en la censive des Messires de Saint-Denis en France
  • 1 quartier de terres labourables, faisant cinquième partie d’une pièce de 5 quartiers, situé audit terroir, lieudit les Mauxins, […], étant ladite pièce ensemencée en orge, étant en la censive des Messires les chanoines de Saint-Paul et Saint-Denis en France
  • 23 perches et demi de terre, faisant moitié de 47 perches, à partager en long, situés au terroir de Bagnolet, lieudit les Cailloux, étant en la censive du seigneur dudit Bagnolet
  • 21 perches ou environ de terre, faisant le tiers d’un demi arpent 1/2 quartier, situés au terroir de Bagnolet, lieudit Grand Champ, étant en la censive comme la précédente
  • 1 quartier de terre, planté en vignes, sur le terroir de Charonne, lieudit le Buat […] étant en la censive des seigneurs de Charonne
  • 1 autre quartier de terres labourables, faisant moitié d’un 1/2 arpent, situé au terroir de Charonne, lieudit Champeau, à partager en long, étant en la censive comme la précédente
  • 8 perches de terres labourables, faisant moitié de 16 perches, situés sur le terroir dudit Belleville, lieudit les Annelets ou Beauchamp?, à partager en long […], étant en la censive dont ce meut
  • 7 perches de terre, plantés en vignes, à prendre dans une plus grande pièce, situés au terroir de Bagnolet, lieudit les Callais? à partager en long […], étant en la censive des seigneurs dudit MénilMontant
    Tous les héritages contenus dans ledit 2nd lot montant ensemble à la quantité d’1 arpent 3 quartiers 9 perches et demi, 875 livres. Il est précisé : 1 arpent 3 quartiers et 9 perches 1/2, soit 184,5 perches.
184,5 perches de Paris correspondent à environ 9,42 hectares, en utilisant la conversion de 1 perche de Paris = 51,07 m² et 1 hectare = 10 000 m².

J’ignore à quelle date, il se marie avec Marguerite GOUSSE, fille de Denis GOUSSE et de Catherine CHAUDRON. Ils donnent naissance à trois filles dont Marie Marguerite dont je descends et deux garçons.

Selon les actes qu’il signe, de 1701 à 1718, il est dit tour à tour, laboureur, vigneron ou jardinier. Ensuite, jusqu’en 1728, il est marchand de vin pour finir de 1729 à son décès comme procureur fiscal.

Le procureur fiscal était le représentant de l’action publique dans les juridictions de l’Ancien Régime, assistant le châtelain et le juge seigneurial dans leurs fonctions judiciaires. Il représentait à la fois le seigneur et les particuliers.
Il lui appartenait également de requérir des informations et de porter plainte sur les faits dont il était informé.
Il agissait par voix de réquisition auprès du bailli (détenteur de pouvoirs judiciaires et exécutifs), et ses conclusions étaient déterminantes pour les prononcés des jugements. Ses actes, comme tous ceux de la seigneurie, étaient (assez lourdement) taxés aux justiciables

On voit que sa position sociale s’élève. En témoigne aussi le mariage de sa fille, Marie Marguerite, avec Antoine ROUVEAU, l’un des notaires royaux de la famille ROUVEAU qui constitue l’étude XXXVII, aux Archives nationales.

Marguerite GOUSSE, sa femme décède le 20 octobre 1740 et dans l’inventaire du 24 novembre, on découvre que, hormis Jean RENON, vigneron, et Marguerite HOUDART qui restent à Belleville, ses autres enfants sont montés à Paris, demeurant au Faubourg du Temple. Et surtout leur situation professionnelle et sociale a évolué, Pierre HOUDART, fils, est dit « bourgeois de Paris », Denis HOUDART qui était boulanger est maintenant « l’un des gardes archers de la ville de Paris » et Philippe FAUCHEUR, époux de Jeanne HOUDART est « ajusteur de la monnaye de Paris ». Dans le contenu de l’inventaire, j’ai noté qu’il y a toujours un fournil et une « foullerie », sa cave est moins fournie que celle de son père – sans doute n’est-il plus marchand de vin- et une écurie abrite une jument…

Le partage qui s’ensuivit a eu lieu, le 12 décembre 1740, il n’y a donc sans doute pas eu d’inventaire après le décès de Pierre qui m’aurait permis de savoir quand il a quitté ce monde.

Conclusion sur mes vignerons parisiens

L’ascendance de Marie Marguerite HOUDART permet de resituer mes différents vignerons, présentés dans le Challenge, les uns par rapport aux autres.

Après les HOUDART, non seulement je n’ai plus d’ancêtres à Belleville mais tous les enfants d’Antoine ROUVEAU et Marie Marguerite HOUDART sont arrivés sur Paris, hormis Catherine Geneviève, la seule de mon arbre qui est dite vigneronne, épouse d’un autre Pierre HOUDART, vigneron.

Sources

Inventaire après décès de Pierre HOUDART, les 15,16 et 17 mai 1713, MC/ET/XXXVII/51

(1) « Sacré vigne, les outils du vigneron et leur histoire », Philippe BERARD et Michel BOUVIER, Editions Gaussen

Poids et mesures sous l’Ancien Régime

4 réflexions sur “H comme… HOUDART

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