R comme… ROUVEAU

Avec cet article, c’est un nouveau retour à Belleville. Si de 1600 à 1805, il y a, à chaque génération, un notaire dans la famille ROUVEAU, les frères et souvent beaux-frères de ceux-ci sont laboureurs et/ou vignerons. Parmi ceux-ci, je n’en ai qu’un seul qui le soit.

Je ne sais pas quand est né, Luc ROUVEAU, fils de Georges ROUVEAU, Commis tabellion du Pré-Saint-Gervais, greffier et tabellion des justices de Maulny, Pantin, la Villette-Saint-Denis, Ménilmontant, la Haute-Courtille et de Jeanne DAMOUR. C’est son frère Philippe qui a succédé, à leur père, à l’étude XXXVII et c’est Antoine son fils dont je descends qui lui succédera.

Luc se marie une première fois, à une date que j’ignore avec Marie COUTEUX, fille de Denis. Ils ont ensemble deux enfants, Marie Jeanne et Jean Baptiste qui sont encore mineurs au décès de leur mère, avant 1685.

Il se remarie par contrat, passé, le 26 février 1685, avec Simonne FAUCHEUR, fille de François, marchand de vin et de Jeanne BAZARD.

AN – MC/ET/XXXVII/23

De cette union, naîtront au moins six enfants, arrivés à l’âge adulte. À Paris où il y a très peu d’actes de naissance et décès, on passe sûrement à côté de petits dont la vie a été trop courte pour apparaître dans les actes notariés, sauf en cas de tutelles, liées à la mort d’un des parents.

  • Antoine, mon ancêtre, qui sera donc greffier, puis notaire de la quatrième génération de l’étude XXXVII et se marie, le 22 novembre 1727, avec Marie Marguerite HOUDART, fille de Pierre et de Marguerite GOUSSE.
  • Pierre, marié avec Geneviève DEBILLE, par contrat du 6 février 1726
  • Lazare qui épouse Geneviève BOUDIN, selon le contrat du 4 février 1730
  • Simonne, fille majeure, célibataire en 1731
  • Marie Françoise mariée avec Pierre HOUDART, par contrat du 22 novembre 1711
  • Jeanne qui convole avec Jacques BERTRAND, selon contrat du 31 août 1729

Je n’ai hélas, pas encore, l’inventaire après décès du couple, en date du 16 février 1731, qui m’aurait permis de savoir lequel est décédé le premier et à quelle date. Suivant les actes, Luc est dit laboureur ou vigneron. Je ne peux donc, malheureusement pas savoir pour l’instant, ce qu’il y avait chez lui. S’y trouvaient-ils des outils de laboureurs et/ou plutôt de vigneron ? Avait-il un cellier avec des hottes, un pressoir, des tonneaux qui m’auraient confirmé qu’il faisait son vin ? Par contre, grâce au partage, d’une belle écriture lisible, de la succession du couple, le 14 mars 1731, j’ai une liste des terres avec les cultures en cours, à la date de l’acte. Je n’avais pas encore trouvé cela, aussi richement renseigné. Mais commençons par retrouver tous les enfants, réunis pour ce partage. Tous non, car il manque Jean Baptiste, issu du premier mariage de Luc dont je ne sais quand il est décédé. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il n’a pas eu de descendant qui aurait été représenté, comme le sont les enfants de Jeanne, décédée avant ses parents. C’est intéressant de découvrir les métiers des fils et des conjoints et de constater que plusieurs membres de la famille sont installés maintenant à Paris. Je reprends l’ordre des inscriptions sur l’acte reflétant sans doute, celui des naissances que j’ignore.

  • Pierre, jardinier, demeurant rue de la Muette, Fbg Saint-Antoine, Paroisse Sainte-Marguerite
  • Antoine, greffier de la Prévôté de Belleville y habitant
  • Lazare, bourgeois de Paris, demeurant à la Basse Courtille, Paroisse Saint Laurent
  • Simonne, fille majeure usant et jouissant de ses droits
  • Pierre HOUDART le Jeune, laboureur et Marie Françoise qu’il autorise
  • Jacques BERTRAND, marchand vinaigrier à Paris, y demeurant, rue Neuve, Paroisse St Merry au nom et comme tuteur des trois enfants qu’il a eus de défunte Jeanne, sa femme

Ils sont héritiers chacun pour un septième, de la succession de feu Luc ROUVEAU, leur père et pour un sixième de celle de Simonne FAUCHEUR, leur mère. Et l’autre septième part de la succession de Luc ROUVEAU appartient à :

  • Pierre de LAFORGE, meunier demeurant au moulin des Chapinettes (?) proche la paroisse de Belleville et Marie Jeanne sa femme qu’il autorise.
À gauche, c’est Antoine, mon notaire. Simonne, jouissant de ses droits est la seule femme qui signe alors que les autres le savent – AN – MC/ET/CVIII/1 (Notaire RABOUINE)

Il appartient à ces héritiers « plusieurs pièces situées sur les terroirs de Belleville, Charonne, Pantin, La Villette, Saint-Lazare et environs provenant des propres de leurs parents, desquels ils désirent faire partage pour jouir chacun à part et divisé de son lot attendu la saison pressante de ces cultures à faire valoir ». Le total de ces pièces de terre se montent à « six arpents quarante cinq perches » soit environ 2,20 ha, selon les mesures de Paris où un arpent équivaut 3 419 m2 et une perche 34,17 m2. Ce sont des petites surfaces dispersées un peu partout comme celles figurées, sur ce beau plan de Belleville.

Belleville en 1740 – Plan Delagrive

Avant le partage, il y a tout un savant calcul, en fonction de ce que chacun a reçu ou pas par contrat de mariage et qui est rapporté à la masse pour que la valeur de chaque part soit parfaitement équivalente aux autres. Ce serait trop long de lister toutes les pièces de terre, alors j’ai choisi celles dont héritent, Antoine, mon ancêtre. Chaque pièce est très précisément localisée : lieux-dits que je n’ai pas toujours su déchiffrer, chemins y conduisant, voisinages de tous les côtés…

  • un quartier de terre planté en jeunes vignes, situé au terroir de Paris, paroisse Ste Marguerite
  • un quartier faisant moitié d’un demy arpent de vignes aoutées au terroir lieud. Pigalle
  • dix perches un quart de pieces de terre plantés en vignes echalassées situées aud. terroir Orillon
  • deux quartiers de terre en groseilliers et arbres fruitiers
  • dix huit perches trois quarts faisant moitié de trente sept perches et demy de terre labourable
  • six perches de vignes au terroir de la Villette Saint-Lazare

Et pour mon plaisir gourmand, je lui rajoute « une pièce de terre plantée en asperges » qu’il n’a pas mais que j’ai trouvée dans plusieurs autres lots. Les cultures des pièces de vignes sont décrites précisément d’un mot et je les resitue bien dans les différentes étapes des travaux expliqués par Guillaume MOREAU. Les jeunes vignes sont des boutures qui ont été plantées à l’automne. L’aoûtement désigne l’étape où les rameaux verts de la vigne commencent à changer de couleur. C’est à ce moment qu’apparaît une écorce brune sur les tiges, Ce processus s’étend généralement d’août jusqu’à la chute des feuilles. Il est vital pour assurer une bonne résistance de la vigne au froid hivernal. Comme on est au mois de mars, dans une autre pièce de terre, les échalas ont déjà été mis en place.

Je n’arrivai pas à comprendre ce terme de plante cultivée, sur plusieurs pièces de terre, jusqu’à ce que je le rencontre associé, ici, aux arbres fruitiers et là j’ai eu l’intuition qu’il s’agit de groseilliers. Et bingo, plus de doute, il y a bien une espèce de groseillier de Hollande qui était donc déjà connue en 1731 ! Encore une belle découverte, cachée dans un acte…

Quand on voit le nombre de pièces de terre, plantées en vignes, dans les différents lots, je n’ai plus de doute que Luc ROUVEAU était à la fois, laboureur et vigneron, comme sans doute beaucoup d’autres à Belleville. L’étude ultérieure de son inventaire après décès, me permettra sûrement de savoir s’il faisait son vin.

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