Voici mon article pour le défi #rameauxcachés de ce mois. Ces ancêtres sont à nouveau à la cime de mon arbre, à la 14e génération. Nous sommes toujours à Manosque, dans les Alpes de Haute Provence. Je les connais grâce au formidable travail de relevés d’actes notariés, réalisé par les bénévoles du Cercle Généalogique des Alpes de Haute-Provence.
J’ai découvert ce couple, par le contrat de mariage de leur fille, mon ancêtre, Catherine COURTETE, à Manosque, le 31 octobre 1599, avec Charles GRANIER, fils de Loys et de Marguerite BLAYNE. Durand COURTET est déjà décédé mais Françoise BRUNE est présente et Catherine a pour témoin, son frère Jehan.
Leur mariage
Je ne sais ni ou ni quand Durand COURTET est né. Ses parents ne sont pas mentionnés sur son contrat de mariage signé, le 26 août 1566, à Manosque, avec Françoise BRUNE, fille de Pierre BRUN et de Françoise de CRUYS.
Durand a pour témoin Jehan BURLE qui est dit parent et allié de l’époux. Il s’agit très probablement de Jehan BURLE, ayant épousé par contrat du 3 janvier 1552, Honorée COURTETE, fille des défunts Anthoine COURTET et Magdeleine AYMARE. L’épouse a pour témoins Claude COURTET, son oncle et Alayonne AYMARE, sa tante.
Françoise est assistée par ses frères Jehan et Vincens. Ce ne sera que le 5 décembre 1584 que la quittance de dot est signée par Durand, en présence de Vincens BRUN. Son frère Jehan, témoin au mariage, est alors décédé.

Leurs parents et leurs enfants
Le 3 avril 1591, Durand, « mallade de son corps et gisant au lit » a mandé le notaire de Manosque, pour faire son testament (1). Cet acte va m’en apprendre beaucoup plus sur lui, ses parents et leurs enfants.

« discret homme Durand CORTET mesnager filz legitime et naturel de feu Jehan COURTET et d’Allayonne EYMARE de ceste ville de Manaosque ». En Provence, un ménager est un paysan aisé et indépendant, laboureur cultivant en personne son petit domaine. On voit donc que Durand avait quelques moyens. Autour des remparts de Manosque, on trouve majoritairement des cultures maraîchères, des arbres fruitiers, quelques vignes. Plus loin, on cultive, le blé, l’orge et l’avoine. Peut-être cultivait-il un peu tout cela ?
Et dans la suite du testament, il « veult estre enpsevely dans la venerable eglise Sainct Saulveur dud(ict) Manaosque en la thumbe des … de sa femme »
Les dispositions de son testament sont bien difficile à déchiffrer mais j’ai pu en extraire des éléments intéressants.

« par droict et legat laissse a honneste femme Francoise BRUNE sa femme bien aymée et pour bien le montrer a … … … ses meubles et mesnage […] tant dans sa maison d’habita(tion) que… ».

« Aussy a legue par droict et legat … particulliere … a …Jehanne et Catherine CORTETE ses filles legitimes et naturelles et de lad(icte) Francoise BRUNE … … …«

« … … aussy prestendre sur mon heritage la somme de six centz florins […] que vollu leur estre payer … une fois … … … trois cents florins le jour de la … de leur mariage […] ». Le restant leur sera versé par … de cinquante florins, après la première année de leur mariage. Si je comprends bien la suite du testament, il est aussi question de « douze florins laissés en argent pour leur nourriture » tant qu’elles ne seront pas « colloquées en mariage ».

« et par droict de … laisse a Messire Jehan CORTET chirurgien son fils la moityé d’une vigne a … … … le terroir dud(ict) Manaosque » . Il y a ensuite des précisions, situant cette vigne, et il est question d’une somme que Jehan semble devoir verser à plusieurs personnes mais je n’ai pas compris de quoi il s’agit. Et voilà qu’il me faudrait ajouter Durand à la liste de mes vignerons !


« Pareillement a vollu et ordonne led(it) testateur que led(ict) … CORTET et honorable personne Messire Laurent CORTET pretre son aultre fils […] charger de … aprendre a Vincent CORTET … … enfant dud(ict) testateur … … de savoir ung … mestier honneste … quil voudra choisir par moyen duquel puisse gagner sa vie et de payer a qui … … …led(ict) apprentissage … … … ». On voit que Durand a eu les moyens de payer l’éducation de ses fils aînés. J’ai découvert sur un relevé d’acte, en 1595 et un autre en 1599, que son fils Laurent est « prieur du prieuré Saint-Lazare de Manosque ». J’ai vu sur le livre de Manosque (2), que, à peu près à cette époque, un prieur a été nommé à l’hôpital Sainte-Barbe qui accueillait des pauvres et était en lien avec la léproserie Saint-Lazare. Voilà une histoire à creuser…
Voyant sa fin venir, « cognoissant n’y avoir rien de plus certain que la mort, n’y plus incertain que l’heure et lieu d’icelle », Durand, « sain de corps et entendement et de bonne et parfaite mémoire » a pris soin, par son testament, que chacun de ses enfants aient un bel avenir et que les aînés dont la situation était assurée prennent en charge les plus jeunes. Et grâce à ses attentions pour ses enfants, j’ai pu reconstituer sa famille.

En rapprochant ces informations de celles, mentionnées dans le contrat de mariage de Jehan BURLE, parent et allié de Durand, avec Honorée COURTETE, on sait maintenant que Magdeleine EYMARE, la mère de cette dernière est la sœur d’Alayonne, mère de Durand et tante d’Honorée. Et probablement, mais je n’ai pas réussi à en trouver confirmation, que Jehan COURTET, père de Durand est le frère d’Anthoine, père d’Honorée et de Claude, son oncle. Les deux frères auraient épousé les deux sœurs. S’ils n’étaient pas frères, ils devaient pour le moins, être cousins.
Pendant ce temps
Durand COURTET et Françoise BRUNE, mariés en 1566, ont dû naître entre 1538 et 1545, sous le règne de François Ier (1515-1547) alors que leurs parents ont dû voir le jour à la fin du règne de louis XII (1498-1515). Ils ont vu apparaître les idées de la Renaissance ainsi que celles de la Réforme et ont dû être confrontés aux guerres de religions, très violentes dans la région.
La ville de Manosque était entourée de ses remparts, comme on la voit encore sur ce plan de 1786. Elle était divisée en quatre quartier. Durand voulant être enterré dans l’église Saint-Sauveur, on peut penser qu’il habitait le quartier des Ebrards (Hebrears sur cette carte) qui se situe en bas et à droite.

Le nombre d’habitants de Manosque avait beaucoup augmenté au début du XVe siècle. À cette époque, les soldats de la compagnie du Sieur de Baratte occupaient la cité à cause des guerres de religion. Il y avait environ 10 000 habitants. C’est en avril 1591 que Durand fait son testament. C’est la triste année où la ville de Manosque a été décimée par une terrible épidémie de peste. Sur 10 000 habitants, il y a eu près de 4 000 décès. Est-ce de cette horrible maladie que Durand était atteint ? Peut-être qu’en avril, la peste n’était pas encore déclarée, je l’espère, car il y a plusieurs témoins auprès de lui… J’ai un autre testament de cette année où celui-ci se fait par la fenêtre pour éviter la contagion. S’il est mort de la peste, il n’aura pas été inhumé comme il le souhaitait dans l’église Saint-Sauveur, mais hors la ville, en « terres profanes » sur lesquelles, une chapelle sera érigée par la suite pour sanctifier le lieu. Il n’y a pas de registres de sépultures pour cette période qui m’aurait permis peut-être d’en savoir plus. Son fils, Vincens dont je n’ai pas trouvé traces après le testament a-t-il aussi succombé, cette année-la, et Alayonne EYMARE, sa mère a-t-elle survécu à l’épidémie ?
Leurs patronymes
Sur mon ascendance, ces trois patronymes ne se trouvent que sur cette branchette.
COURTET / CORTET est un nom très répandu un peu partout en France. Geneanet nous dit : « Surtout porté dans le Morbihan et dans l’Yonne, c’est le plus souvent un sobriquet appliqué à celui qui est petit, court sur pattes. En Bretagne, on peut cependant penser aussi à une variante de « courtois ». Je l’ai trouvé dans le « Tresor dou Felibrige », le dictionnaite provençal-français.

BRUN / BRUNE est « très répandu en France, le nom est surtout porté en Provence et dans la région Rhône-Alpes ». Son étymologie parait évidente.
de CRUYS / de CRUIS : Sur les arbres Geneanet, le patronyme est écrit de CRUIS, à Manosque et de CRUYS, à Forcalquier. Ma Françoise vient-elle de là ? Sur l’origine du nom, Geneanet le mentionne peu répandu, et situe de CRUYS, uniquement en Belgique et aux Pays-bas et de CRUIS, dans le sud de la France, avec le plus gros foyer à Briançon et quelques uns aux Pays-Bas, . Aucune étymologie n’est donnée.

Par contre pour le dernier patronyme, j’ai une autre branche sur cinq générations, mais l’époux marié à Manosque, en 1599 est dit de Pierrevert et son ascendance m’emmène à Sainte-Tulle.
EYMAR ou AYMAR selon les actes, est un patronyme peu fréquent et très localisée dans le sud de la France, plutôt dans la première version. Geneanet ne donne pas son étymologie et je ne l’ai pas trouvée dans le « Tresor dou Felibrige ».

D’eux à moi

Sources
(1) AD 04 – Manosque 2E 4197 F°157 – Photo CGAHP
(2) « Manosque de sa fondation à la Révolution française de 1789 », Association Manosquine de Recherches Historiques et Naturelles
De belles recherches pour ce premier billet de 2026
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Les patronymes Brun(e) _ Aymar _ Burle sont bien représentés dans ma généalogie provençale
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Dans le 04 ou dans le 83 ?
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dans le Var
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