
Le trousseau de Marie Louise Jeanne
Marie est plutôt bien dotée car en plus de la donation faite par sa belle-mère, elle apporte : « une armoire, un tonneau, un lit complet, huit habits complets, une douzaine de mouchoir de cou, deux douzaines de coiffes, douze tabliers, vingt quatre chemises, douze toiles d’oreillers, douze draps de lit, six mouchoirs de poche, un rouet, un traouil et un dévidoir, six chopes, six cuillers et six fourchettes, tous les meuble ont été estimés à la somme de sept cent onze francs. »

Son armoire est bien remplie. Ses habits complets devaient comprendre : jupons et jupes qui se superposaient, le plus souvent en droguet rayé (tissu tramé de laine sur chaîne de coton ou de lin, réalisé par les tisserands locaux), des corsages qui portent des noms différents, selon qu’il est porté sur la jupe (canezou comme celui-ci) ou sous la jupe (caraco). Ses mouchoirs de cou pouvaient, pour certains, être en indienne.
Ce qui m’étonne, c’est le nombre de ses coiffes. Avait-elle quelques unes de ces grandes coiffes qui sont apparues, dans la Manche, à peu près, à cette époque ? Celles-ci étaient très différentes selon les lieux et malheureusement je n’ai pas trouvé d’illustrations le Bauptois. Ou bien avait-elle uniquement des petits bonnets comme la photo de droite ou comme ceux que mon arrière-grand-mère portait, noués autour du cou ?


Elle apporte aussi en dot, comme souvent, son rouet et ses accessoires. Le « traouil » ou « travouil » est un ustensile servant à enrouler le fil en écheveaux avant de le mettre en pelote sur le dévidoir.
Marie est dite sans profession mais elle doit donc filer, au moins pour fabriquer le fil qui, apporté à un tisserand, diminue le coup des vêtements pour la famille.
Les métiers de Louis
Louis est cultivateur mais ce doit être surtout pour l’auto-consommation. Au total, il possède 57,4 perches, ce qui équivaut à 14 ares, soit 0,145 hectare. C’est bien peu mais peut-être loue-t-il d’autres parcelles ? Il cultive du froment mais aussi de l’orge et du sarrasin, base importante de leur alimentation et aussi quelques légumes, pour la soupe, dans son petit jardin de 1,48 perche, soit environ 38 m2. Sans doute a-t-il un cochon et peut-être quelques vaches qu’il peut, à la belle saison, mettre à paître, dans les marais communaux, tout près de chez eux ? Chaque famille avait un droit de pacage, le nombre de vaches mises au marais est fonction de la composition de la famille. Heureusement, il pouvait compléter un peu ses revenus par son activité d’hongreur qu’il apprendra à son fils comme je l’avais raconté.
Leurs enfants
- Jean Louis Edouard vient au monde le 6 octobre 1834. Hélas, ses parents vont avoir le chagrin d’apprendre que le 4 octobre 1855, à la veille de ses vingt et un ans, il décède des suites d’une fièvre typhoïde à l’hôpital militaire de Boulogne, dans le Pas-de-Calais. La transcription de son acte de décès, aux Moitiers, mentionne qu’il était alors « fusilier au 19e Régiment, 2e Bataillon, 3e Compagnie, immatriculé sous le N° 5892 ». Faisait-il son service militaire ou avait-il participé à des batailles ?
En 1798, la loi Jourdan-Delbrel instaure la conscription obligatoire. Née de l’idéal révolutionnaire d’un peuple formé de « citoyens soldats », cette loi constitue le fondement du service militaire en France.
À compter de 1804, un système de tirage au sort est instauré, parmi les célibataires ou veufs sans enfant, de 20 à 25 ans. Sur 100 hommes, seuls 35 sont appelés à servir pour 6 ans. Le remplacement est autorisé et fait l’objet d’un contrat, souvent notarié, où le fils d’une famille aisée achète son remplaçant. Abolie en 1814, la conscription est refondée par la loi Gouvion Saint-Cyr de 1818.
En 1872, c’est le service obligatoire et universel de 5 ans ; le remplacement est supprimé. On peut être dispensé de service pour cause de soutien de famille, métier d’enseignant, … Le 21 mars 1905, le gouvernement de Maurice Rouvier instaure un service militaire obligatoire de deux ans. Il n’est plus question de dispenses ou de tirage au sort. En 1913, il passe à trois ans, revient à douze mois en 1928, puis rallongé à deux ans en 1935.
- Le 23 décembre 1838, mon arrière-grand-père, Louis Charles, voit le jour. Il est baptisé le jour de Noël, porté sur les fonds baptismaux par Louis Joseph et Jeanne TRAVERS pour lesquels, je n’ai pas trouvé de lien de parenté.
- La benjamine, Marie Célestine, pointe le bout de son nez, le 18 décembre 1844. Le 9 septembre 1875, elle épouse Louis Charles Auguste ADAM, couvreur en pailles. Deux de leurs petits-enfants épouseront, en 1912 et 1917, deux des petits-enfants de Louis Charles.
Au fil de leur vie
Face à l’insurrection parisienne, en février 1848, Louis-Philippe est contraint d’abdiquer, mettant fin à la Monarchie de juillet. La seconde République est proclamée. Dès le 4 mars. le gouvernement provisoire institue le suffrage universel masculin. C’est à Saint Sauveur-le-Vicomte, chef-lieu de canton dont dépend Les Moitiers-en-Bauptois, que le 23 avril 1848, pour la première fois de sa vie, Louis Charles a pu aller voter pour élire l’Assemblée constituante de la seconde République.
Manquait-il d’argent pour subvenir aux besoins de la famille ou bien était-ce pour financer l’achat d’autres pièces de terre, plus proches de chez eux ? Toujours est-il que Louis Charles vend deux parcelles dont il avait hérité à Picauville.
- Le 29 mai 1858, il vend à son frère Pierre « le quart indivis du Pré de Clainville, au bord de la Douve dont il est propriétaire en tant qu’héritier pour la quatrième partie de leur père Jean FRERET. » Ce pré est situé au bord de la rivière, cela veut dire qu’à l’automne et/ou en hiver, quand les « marais sont blancs », il est couvert d’eau mais qu’à la belle saison, c’est une belle prairie, enrichie par les dépôts d’alluvion, très nourrissante pour les vaches.

- Le 3 octobre 1873, il vend à Armand LECHEVALLIER et son épouse, « une pièce de terre nommée La Courte Pièce, en labour planté, de la contenance d’environ trente cinq ares, située au village de Montessy, à Picauville et abornée d’un côté par le chemin de Montessy. Il en est propriétaire par la succession de son père Jean FRERET. » Ce village est aussi au bord de la Douve, un peu après Clainville
La fin de leur vie
Marie Louise Jeanne n’a que quarante neuf ans quand elle s’éteint, le 21 avril 1862. Louis Charles lui survit pendant vingt sept ans et décède à la Guenauderie, âgé de soixante-dix-neuf ans, le 12 janvier 1889. Mais sa fin de vie a dû être difficile et son fils ne pouvait pas l’aider financièrement. En effet dans les années 1880 – je n’ai hélas pas exactement la date -, Louis Joseph et sa famille et Louis Charles, sont inscrits sur la liste des indigents qui vont être un peu aidés par la commune, grâce à une subvention attribuée pour secourir les familles pauvres et les ouvriers sans travail.


Bon courage pour ce nouveau projet,
Oh le nombre de coiffes ne m’étonne pas, fin 18ème siècle en Savoie une de mes ancêtres a 3 douzaines de coiffes neuves, plus d’autres. Les vies étaient difficiles pour nos anciens.
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J’adore l’inventaire du trousseau !
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