Jean François HASLEY et Marie Sophie Désirée HALGATTE, sosas 18 et 19

Jean François HASLEY

Il voit le jour, le 30 octobre 1813, au hameau de Longuerac, aux Moitiers-en-Bauptois. fils de Jean François Sylvestre, cultivateur et de Anne Louise LACAUVE, fileuse.

Longuerac (appelé aussi « Longueracque ») est un endroit bucolique et paisible que j’aime beaucoup. Situé au bord de la Douve, il s’étire sur le bordage du marais et doit son nom à la longue retenue d’eaux boueuses (la « raque ») qu’entretenaient plusieurs pêcheries importantes. La tourbe y était parfois extraite et transformée en briquettes pour se chauffer. On se servait des roseaux pour faire des toits de chaume.

Photo d’été, prise du village avec au premier plan « La Fière », reproduction au tiers d’une gabare – Collection personnelle
Photo en hiver, quand « les marais sont blancs » – Collection personnelle

Jadis, Longuerac était un ancien port où s’amarraient des gabares, ces bateaux à fond plat, dont la longueur variait de 10 à 15 mètres et qui servaient à transporter la tangue ou la chaux.

On y pêchait aussi les anguilles, très nombreuses dans la Douve qui n’était pas polluée. Cette pêche faisait même vivre quelques professionnels. Les « bourraques », tressées en osier ou en ronce et bouchées à l’ouverture par de l’herbe servaient à capturer le vorace animal. Mais elles étaient complétées par d’autres méthodes plus ou moins prohibées : fagots attachés par une chaîne, empli d’abats, jeté au fond et retiré prestement, la « fouêne », sorte de fourche dentée, souvent une vieille bêche transformée. Mais il fallait se méfier du garde-champêtre ! Et par temps d’orage, mes amis motelons m’ont souvent raconté qu’ils allaient à la « vermée » : un bout de laine, des vers enfilés et roulés en pelote, le tout attaché à un scion de coudrier et trempé dans l’eau. Mais je n’ai jamais été là, au bon moment, pour y assister…

Les oies de Longuerac ont longtemps fait parler d’elles. Les villageois en avaient des centaines qui parfois traversaient la rivière pour aller manger de l’herbe dans le marais voisin, ce qui causait des nuisances : leurs fientes ont une odeur forte qui rend ensuite l’herbe impropre à la consommation par les bestiaux et leurs pattes pilent l’herbe et l’abîment. Le garde-champêtre de La Bonneville usait de son fusil, celui d’Etienville les parquait jusqu’à ce que les Motelons viennent les rechercher par la route. Le retour n’était pas toujours facile ! La plume a été vendue à la foire de Lessay jusque dans les années 1950.

Marie Sophie Désirée HALGATTE

Elle vient au monde, le 5 mai 1817, à Picauville, fille de Jacques François, tisserand et de Anne LACAUVE, fileuse dont j’ai déjà parlé de la vie et des métiers ici. Sa mère était native de La Bonneville, en face de Longuerac, de l’autre côté de la Douve.

Leur mariage et leurs enfants

C’est à Picauville qu’ils se marient, le 20 novembre 1840, après avoir passé, le même jour un contrat de mariage que je n’ai malheureusement pas encore. Les parents de Jean François sont de la noce de même que le père de Marie mais sa mère, décédée le 16 juin 1839, âgée de 57 ans, n’aura pas eu la joie de marier sa benjamine. Les époux ont pour témoins, Jacques François HALGATTE, frère aîné de Marie et Jacques HASLEY, boulanger dont je ne pense pas qu’il soit parent ou alors très éloigné. Les deux époux signent, de même que les témoins.

Jacques François est dit tisserand. Son père ne l’étant pas je me suis dit qu’il avait sans doute appris le métier avec son futur beau-père. Marie Sophie Désirée n’est pas dite fileuse mais elle avait sûrement appris à filer avec sa mère dont c’était le métier et a dû hériter de ses « rouet à fil, troail et dévidoir » qu’elle a ensuite transmis à sa fille car on les retrouve dans la dot de Marie Anne Elisabeth.

C’est aux Moitiers-en-Bauptois qu’ils donnent naissance à leurs deux enfants et qu’ils passeront toute leur vie. L’aînée est mon arrière-grand-mère, Marie Anne Elisabeth, venue au monde, le 18 novembre 1841, au village de l’Eglise. Sur le recensement de 1846, il y a huit maisons et vingt-deux individus dans ce village. Le couple et leur fille sont mentionnés dans la 3ème maison où il y a également Pierre TESSON dont je ne comprends pas le statut.

Extrait du Plan cadastral de 1829

Malheureusement je ne sais pas laquelle est leur maison. Dans quel sens le recensement a-t-il été fait ? Si l’on suit dans l’ordre des numéros des parcelles cadastrales où figurent une maison, la première serait la 193, isolée sur la gauche. Mais ce n’est pas possible car la numéro 3 serait alors, la 202, hors cette grande maison est le Manoir de la Cour.

Le 26 juillet 1846, c’est la naissance de leur cadet, Bon Jean Jacques. La famille n’a pas déménagé. Il se marie le 23 novembre 1873, à Vindefontaine, avec Marie Augustine Victorine SEHIER avec laquelle il a eu six enfants. J’ai eu le plaisir de rencontrer leur arrière petit-fils, Charles BUTEL qui est donc mon cousin, issu de germain. Il m’a permis d’identifier des photos et des courriers de leurs petits-enfants qui étaient dans les affaires de mon père et m’en a partagé d’autres dont celle de leur plus jeune fille, Désirée Marie Eliza avec ses enfants.

Au fil de leur vie

Le 13 janvier 1857, Marie Sophie Désirée HALGATTE autorisée par Jean François vend à Henriette POISSON, autorisée par son époux Georges MARIE les immeubles suivants, situés à La Bonneville, lui appartenant, provenant de la succession de sa mère :
1° une pièce de terre en labour, contenant environ vingt ares, nommée Le Gerry
2° une autre pièce de même nature avec la petite maison qui est dessus d’une superficie d’environ 12 ares, nommée Le Marais.

Et le 12 février 1857, pour satisfaire à la condition de remploi que lui impose son contrat de mariage, Marie achète à Jean Pierre POISSON et sa femme Thérèse Geneviève RUAULT :
1° une maison à usage de cuisine, cabinet, grange et cellier avec la cour en dépendant, nommée La Londe
2° une pièce de terre en labour et un jardin légumier, désignée La Londe et le Clos Du Parc.
Les objets présentent une superficie de vingt un ares et quatre vingt sept centiares. Ils sont situés aux Moitiers-en-Bauptois et figurés au Plan cadastral de cette commune, sous les numéros 225, 227, 228, 235, 235 bis et 236 de la Section A. J’ai pu facilement les situer. La Londe est un hameau voisin, au Sud de l’Eglise. Sont-ils venus habiter dans cette petite maison ? Rien ne me permet de le savoir. Tout ce que je sais, c’est que le 22 décembre 1876, Marie en a fait don à son fils, Bon Jean Jacques, pour égaler la dot qu’avait reçue sa sœur.

S’ils y ont vécu, ce n’est pas longtemps car Jean François décède, le 10 juillet 1869, âgé de cinquante-cinq ans et c’est au village de Viverot que s’achève sa vie. En 1846, celui-ci comportait douze maisons et trente-deux individus. Mais je ne sais laquelle était la leur et s’ils en étaient propriétaires. Et c’est aussi dans ce village que demeure Marie Sophie Désirée quand elle quitte ce monde, le 9 juillet 1890, âgée de soixante-treize ans.

Pendant leur vie

Jean François est né à la fin de l’Empire et Marie Sophie Désirée, juste après. En 1816, les mauvaises conditions climatiques, conjuguées au poids de l’occupation, entraînent de mauvaises récoltes… d’où une grave famine et une hausse spectaculaire des prix en 1817. La Manche a-t-elle été très touchée ? Au niveau politique, c’est le retour à l’Ancien Régime avec Louis XVIII. Il partage le pouvoir exécutif avec la Chambre des Pairs et la Chambre des députés. Ces derniers ont élus mais selon un système qui n’accorde le droit de vote qu’à un petit nombre d’hommes. Comment est arrivé jusqu’à eux, l’écho des journées insurrectionnelles de 1830 puis la révolution de février 1848 et l’avènement de la IIe République qui donnera le droit de vote à Jean François. S’est-il inquiété sur l’avenir de son métier en entendant parler des expositions départementales de l’industrie, des arts et de l’horticulture, en 1852, à Saint-Lô et en 1853, à Coutances présentant le tissage mécanique qui commence à se développer ? Ils ont sûrement entendu parler de la venue de Napoléon III à Cherbourg, en 1858. Puis seule Marie Sophie Désirée connaîtra la IIIe République en septembre 1870.

Sources

« Sites et valeurs de nos marais », Gérard TAPIN, Inédits & Introuvables du Patrimoine normand

Laisser un commentaire