François Alexis ROUY et Louise MOREL, sosas 34 et 35, Partie 1

François Alexis ROUY

Il voit le jour le 29 mars 1786, à Vindefontaine, fils de Jacques Etienne et de Catherine Françoise MARGUERIE. Son parrain est François MARGUERI(T)E et Anne TRAINEL avec lesquels je ne vois pas de liens familiaux. Il est le benjamin d’une fratrie de sept garçons, tous nés à Vindefontaine. Mais il n’a pas connu les trois et peut-être même les quatre frères qui l’ont précédé, tous décédés en bas âge. Et François Alexis n’a que dix ans quand son père décède à son tour.

Vindefontaine était encore, à cette époque, un des centres potiers renommés de la Manche. Landes et marais diminuant l’étendue du territoire communal propre à être cultivé, expliquent la nécessité de trouver d’autres ressources pour faire vivre les habitants. La présence d’argile partout à l’ouest de la commune et la proximité de bois pour le combustible expliquent la présence de nombreux potiers. À ce jour, je n’en ai malheureusement pas encore identifié parmi mes ancêtres.

Louise MOREL

Je ne sais pas exactement quand Louise est venue au monde, sûrement au Plessis. Son âge à son mariage civil, étant indiqué avec précision, dix-neuf ans et six mois, on peut penser qu’il s’approche de la réalité. Elle serait donc née en 1789 mais d’autres indications d’âge la feraient naître en 1787. Malheureusement, impossible de vérifier car les registres des naissances du Plessis ne commencent qu’en 1802. Elle est fille de Paterne MOREL, journalier et de Louise LEMIERE et n’a qu’une sœur cadette, Thérèse Françoise qui serait née vers 1795.

Le village du Plessis est entré dans l’histoire, car il est dominé par le Mont Castre, aussi nommé camp de César. En 56 av. J.C., les troupes romaines de Titus Sabinus en infériorité numérique (12 000 hommes), attendirent que les troupes gauloises de Viridorix montent à l’assaut. Quand les 25 000 Unelles furent au pied des fossé, essoufflés, fatigués, les trois légions romaines, soutenues par des cavaliers les mirent en déroute. (1)

Le village est aussi bordé par une grande lande et le marais voisin de Gorges. Il garde aussi la mémoire d’une ancienne motte féodale. La forteresse du Plessis fut la possession du baron Grimoult, l’un des principaux seigneurs conjurés, qui en 1046, avec d’autres barons normands attentèrent à la vie du jeune duc de Normandie, Guillaume II, dit le « Bâtard » et futur Conquérant. Au XIIe siècle, les structures en bois et en terre furent probablement remplacées par une tour maîtresse cylindrique en pierre. En 1195, Philippe Auguste, donna la châtellenie du Plessis à Richard de Vernon en échange de son château. Plus tard, Louis XIV la concéda à la famille de Coigny. On ne sait pas à quelle date le site fut abandonné. Du temps de mes ancêtres il ne restait plus que les ruines de la tour. (1)

Wikimedia commons

Leur vie de couple

J’ignore quand François Alexis a quitté Vindefontaine pour venir habiter au Plessis, situé à 9 km, au Sud. C’est là qu’ils épouse Louise, devant Monsieur le Maire, le 15 décembre 1808. La mère de François, Catherine MARGUERIE, son frère Jean et un cousin Jean DUBOS sont venus de Vindefontaine pour assister au mariage. Les parents de Louise sont aussi présents ainsi que Martin MOREL, âgé de quarante-quatre ans, oncle paternel, meunier demeurant à Lastelle, village qui jouxte Le Plessis, à n’en plus faire qu’un, avec lui, depuis 1965. Je trouve touchantes ces signatures où l’on ressent combien ils ont dû se concentrer pour les écrire. La mère de François est la seule de la famille à avoir une signature qui permet de penser qu’elle a fréquenté l’école. L’acte nous apprend que François Alexis est meunier.

Mais c’est seulement le 25 juillet 1811 qu’ils se marient à l’église du Plessis. La publication des bans a été faite aussi à l’église de Lastelle François Alexis est dit demeurant depuis plusieurs années, sans doute aussi avec Louise mais la formulation est un peu ambiguë. Sur cet acte, François Alexis n’est plus dit meunier mais journalier et on apprend que Louise est couturière.

Le 24 juin 1812, venue au Plessis, chez ses parents, Louise, « surprise des douleurs de l’enfantement, a accouché chez son père demeurant en cette paroisse » de Marie Louise Jeanne. Sur cet acte, François Alexis est à nouveau meunier. Elle sera leur unique enfant car Louise décède, le 2 juillet 1815, âgée de vingt-cinq ans. Elle laisse, avec ce grand chagrin, une petite fille de trois ans et son papa. Heureusement ses parents sont toujours en vie et habitent le même hameau, peut-être la même maison.

En effet, on voit que la famille habite au Plessis, triage du haut de Renault, qui se trouve juste entre Lastelle et Le Plessis.

Extrait de la Carte de Cassini

François Alexis, meunier

Je me suis demandé s’il était déjà meunier quand il est arrivé au Plessis ou s’il a appris le métier sur place. Les deux hypothèses sont plausibles. Il n’y a pas de moulin à Vindefontaine mais il y en a un, au village voisin des Moitiers-en-Bauptois qui était déjà représenté sur ce plan terrier de 1581.


Le Moulin d’Angoulant, Plan du Terroir de la Seigneurie de Picauville dépendant du domaine de la Sainte-Chapelle (détail), 1581 – Centre historique des Archives nationales (N II Manche 1) – © Centre historique des Archives nationales. (2)

C’était un moulin à vent, ce qui n’était pas le plus fréquent. On peut « estimer à assurément plus de 800 le nombre de moulins ayant œuvré en Cotentin, ce total masque le déséquilibre des forces utilisées : à la faveur d’un réseau hydrographique parmi les plus denses de l’Ouest, alimenté par des précipitations régulières et abondantes, plus des trois quarts étaient mus par la force hydraulique, la part restante – environ 180 – profitant d’un potentiel éolien. » (2)

Le moulin des Moitiers n’existe plus, on ne peut qu’envisager ce que pouvait être sa structure. « Les moulins-tours constituent la majorité des bâtiments subsistants. Jadis couverts de chaume ou d’essentes [bardeaux fendus de châtaignier] et construits sur deux ou trois niveaux en pierre apparente (6 à 8 mètres) ». Mais il y avait des particularismes propres à la région, « concentrés sur le dispositif d’orientation d’une charpente tronconique roulant sur un chemin fixe […] ; la queue ou guivre ne prolongeait ou ne doublait pas de chevrons mais s’ancrait au moyen de trois branches, telle un trident, à l’arrière de la civière supportant l’arbre de couche et portait à l’opposé, sur une roue dispensant de cabestan. » (2)

« Le second type de moulins à vent attesté en Cotentin appartient au genre plus original et circonscrit à l’Ouest du moulin à pivot tournant […] dit aussi « moulin turquois » en raison, probablement, de l’analogie avec les carquois ou turquois en ancien français, il se distingue du moulin-tour par sa partie orientable, à savoir toute la chambre de mouture. » (2) On retrouve une semblable structure de moulin sur les vestiges de celui de Chef-du-Pont, à 9 km des Moitiers.

Alors, François Alexis a-t-il appris le métier de meunier au moulin des Moitiers et est-il ensuite allé l’exercer au Plessis qui ne manque pas de moulins ? Mais là ce sont surtout des moulins à eau. Sept furent établis au long du Mouloir qui traverse les communes de Lastelle et du Plessis : moulins de la Corvée, du Parc, du Prêtre, Sauvey, Breuilly (ou Fouland pour fouler les draps), Renault et du Plessis. On remarque bien les six premiers, figurés sur la carte de Cassini ci-dessus. Il y avait aussi trois moulins à vent qui ne sont pas indiqués sur la carte.

Ou bien s’est-il formé une fois sur place ? On a vu qu’au mariage civil, il y avait pour témoin, Martin MOREL, oncle paternel de Louise, meunier demeurant à Lastelle. C’est peut-être en travaillant avec lui qu’il a connu son épouse. Et je sais par ailleurs qu’un autre oncle, Benoît MOREL, est maître meunier, à Lastelle et à son décès, en 1812, il demeure au Moulin des Prêtres.

Nous quittons hélas Louise dont la vie fut bien trop brève et celle de François Alexis continue dans une deuxième partie. À suivre…

Sources

(1) « Sites et valeurs de nos marais », Gérard TAPIN, Inédits & Introuvables du Patrimoine normand

(2) « Les moulins du Clos du Cotentin : contribution à l’étude d’un facteur et indicateur de l’évolution du territoire et de ses contingences naturelles et anthropiques », Benoît CANU, In Situ, revue des parimoines

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