Jacques FRERET dit Clainville et Marie Catherine JEAN, sosas 64 et 65

Cet article est un peu particulier puisque c’est aussi mon 100ème article. Je suis ravie parce que le hasard fait qu’il porte, comme mon premier, sur l’ascendance patronymique de mon père dont la quête est à la source de mon envie de faire de la généalogie. Cela fait presque deux ans, le 29 mars 2023, que j’ai envoyé ce premier article, évoquant mes arrières-grands-parents, Louis Joseph FRERET et Marie Anne HASLEY, à Dominique Lenglet, du blog « C’était au temps… », qui m’a encouragée à écrire et m’a aussitôt invitée à rejoindre les groupes « Raconter sa généalogie » et « De la généalogie à l’écriture », stimulants, bienveillants et riches d’idées pour poursuivre l’aventure. Un grand merci à Dominique et à tous·tes, ceux et celles, rencontré·es sur ces groupes qui ont pris le temps de lire mes articles, malgré leur longueur…

Jacques FRERET dit Clainville

Il voit le jour, le 13 août 1733, au hameau de Clainville à Picauville, , fils de Jean dit Clainville et de Louise COUPPEY. Son parrain est Maître Jacques PONTUS, Sieur des Tots, receveur des chapelains de la Sainte Chapelle de Paris à Picauville. Il n’y a pas de marraine mentionnée.

Il est le dernier d’une fratrie de quatre enfants mais il ne connaîtra qu’un seul de ses frères et sœur, les trois autres étant décédés avant sa naissance. Et le 14 novembre 1741, il n’a que huit ans, quand il a le chagrin de perdre son père. Sa mère est nommée, par l’acte du 26 février 1742, tutrice de ses deux enfants mineurs qui ont pour tuteur particulier Julien ADAM et pour parents délégués, Antoine ADAM et Guillaume DESMARES. Les deux premiers sont des cousins issus de germain du côté paternel et le second est un oncle par alliance du côté maternel.

Marie Catherine JEAN

Elle naît le 9 avril 1743, à Picauville, fille de Jacques, manouvrier et de Jeanne MOUCHEL et est portée sur les fonds baptismaux par Marin LEVAVASSEUR et Catherine DOREY. Elle est la benjamine d’une fratrie de sept enfants mais elle n’a pas eu le temps de connaître son frère et sa sœur qui la précèdent et à trois ans, elle a dû ressentir le chagrin de ses parents au décès de son petit frère, décédé à peine né.

Leur mariage et leurs enfants

Ils se marient le 5 mai 1768, Jacques a 35 ans et Marie Catherine en a dix de moins. Parmi les témoins, il n’y a personne de la famille de Jacques, ses parents son décédés et son seul frère, encore en vie, a quitté Picauville et demeure à Alleaume, à 19 km. Marie Catherine est entourée par son père et par Candide, son frère aîné. Ni les époux ni leurs proches ne savent signer.

Mais avant de convoler à l’église, les futurs époux sont passés devant le notaire, le 22 avril, pour signer  » les pactions du mariage d’entre les personnes de Jacques FRERET simple artisent de la paroisse de Picauville y demeurant fils de feu Jean FRERET et de feue Louise LE COUPPEY ses pere et mere d’une part et de Marie Catherine JEAN fille de Jacques JEAN et de feue Jeanne MOUCHEL ses pere et mere de la paroisse de Picauville »

J’apprends donc que Jacques est « simple artisan » mais hélas aucun acte ultérieur ne précise quel est l’artisanat qu’il pratique. Le père de Catherine lui donne et lui promet de payer annuellement, pour part d’héritages tant de père que de mère « le nombre de soixante sols de rente dotalle au denier dix ». J’avoue ne pas bien comprendre le système des rentes, mais en utilisant le convertisseur de monnaies anciennes, j’ai trouvé que soixante sols de 1768, équivaudraient à trente-trois euros. La dot en nature me paraît plus conséquente.

« Plus luy a donné et promise … le jour Saint Clere prochain venant, une vache à lait ou la somme de soixante et douze livres au choix des futurs mariés, laquelle vache sy elle se livre en essence sera celle appartenant actuellement audit Jacques JEAN père, à poil b…, deux brebis ou la somme de huit livres à raison de quatre livres piece. Plus un ecrin de bois de chene fermant a clef, six habits complets à l’usage de laditte fille tant de tierfil meslinge que droguet de coton de differentes couleurs, deux douzaines de coyffes et cornettes, six mouchoirs à col, une douzaine et demie de chemises, item un lit traversain et oreillers de coutil garnis de plumes, un ciel pentes et rideaux de toille teinte en noir, une courte pointe de laine bleue ou la somme de douze livres pour icelle, une paillasse, six draps de lit, six tayes doreillers et quatre serviettes de service, un rouet à fil, un troüard et un devidoir, quatre cheses de bois empaillées, six cuilliers destain, et six fourchettes de fer tous lesquels meubles morts et vifs tant estimés que non estimés ont été presentement estimés ensemblement par les dittes partyes parents et amis soussignez ou marquéz de valleur de deux cents quatre vingt livres »

Le couple met au monde quatre enfants.

  • La naissance de Louise Catherine, le 18 août 1768, nous raconte que Jacques et Marie Catherine « s’étaient hantés de jour comme de nuit », avant leur mariage qui a dû être un peu précipité… Espérons que c’est l’amour qui les avait réunis. Elle se marie le 12 octobre 1790 avec Jacques MESNAGE.
  • Jacques vient au monde le 6 juin 1770 mais sa vie s’achève à 14 ans, le 11 août 1784.
  • Marie Anne voit le jour le 27 mai 1773 et se marie le 2 août 1794, avec Michel JEANNE.
  • Puis le 13 octobre 1775, c’est la venue au monde de Jean Pierre, mon ancêtre dont j’ai raconté la vie ici.

Hélas la vie de couple s’arrête ici, car Jacques décède le 3 juin 1775, à 41 ans. Il n’a même pas eu la joie de voir naître son plus jeune fils. Son acte de décès me révèle qu’après avoir été simple artisan à son mariage, il était devenu laboureur.

La fin de vie de Marie Catherine

Elle ne se remarie pas et, âgée de 32 ans, elle assume seule l’éducation de ses enfants de sept, cinq et deux ans et le petit nourrisson. Et elle voit son fils aîné perdre la vie au moment où, âgé de quatorze ans, il pouvait apporter sa force de travail à la famille. Comment a-t-elle pu assurer sa subsistance et celle de ses petits ? Elle a le matériel pour filer mais je doute que cela lui permette de nourrir ses quatre jeunes enfants. J’espère au moins que sa vache et ses deux brebis auront fait des petits. Sa mère, décédée en 1760 et son père décédé en 1773, ne sont plus là pour l’aider et l’un de ses frères décède fin 1775 ou début 1776, lui aussi laissant un enfant posthume. Et du côté de la famille de son mari, on a vu qu’il n’y a plus personne à Picauville. Heureusement, Marie Catherine a encore son frère aîné et une sœur mariée qui ont peut-être pu la soutenir.

Mais elle a au moins eu le bonheur d’assister à la noce de ses deux filles et de Jean Pierre, son petit dernier. Puis je la retrouve le 11 février 1811, lors de la signature d’un acte d’incommunité [sic] qu’elle signe avec son fils. Je n’avais jamais rencontré un tel acte et je n’ai pas réussi à en trouver la définition et le rôle. Mais j’ai été très émue d’en lire le contenu et l’affection réciproque du fils, de sa femme, mes ancêtres, et de ses enfants, pour leur mère et grand-mère qui en émane.

« Sont présents Catherine JEAN veuve de feu Jaques FRERET, ladite comparant demeurante en ladite commune de Picauville, grabataire mais saine d’esprit, jugement et entendement d’une part et Jean FRERET son fils cultivateur, demeurant même commune d’autre part. »

« Disant et affirmant les dites parties qu’encore bien qu’elles ayent demeuré ensemble, qu’il y ait encore ches ladite veuve FRERET pour ledit son fils notamment un lit et un traversin de coutil remplis de plumes avec une paillasse de toile, une couverture de laine, une paire de draps et un chaslis dont les enfants de ce dernier se servent pour coucher, il n’y a jamais eu et il n’y aura par la suite de communauté de biens entre ladite mère et ledit son fils, y étant même en tant que besoin par eux formelement renoncé ; que tout cela n’a eu et n’a pour but de la part dudit fils que le plaisir de pouvoir être utile à la dite sa mère et l’assister dans son infirmité ; que les dits ses petits enfans ne couchent dans sa maison et n’y travaillent que pour être plus à portée de la secourir au besoin.

Les petits-enfants dont il est question qui aident leur grand-mère, sont sûrement Jacques Augustin, âgé de quinze ans et Marie Jeanne Catherine, âgée de douze ans, issus du premier mariage de Jean Pierre.

« Que la dite veuve n’a et ne possède que les meubles dont détail suit : cinq chemises à son usage, six draps de lit, autant de coiffes et cornettes, deux corsets, deux jupes, un tablier de fil et une paire de poches avec un mouchoir de cou, une paire de bas de laine et une paire de sabots. Item un vieux lit complet sur lequel elle couche, deux mauvaises chaises, un vieux coffre, un vieux buffet, une lampe de fer et quatre cuillères d’étain, le tout pouvant valoir cinquante francs, une fois payer ; que tous autres meubles étant dans ladite maison appartiennent bien legitimement audit FRERET auquel la dite sa mère permet bien entendu de les enlever toutes fois et quantes [autant de fois que l’occasion s’en présentera].« 

« S’obligeant ladite veuve en cas qu’il lui en survienne par donation ou autrement, de les faire également constater en sorte que ledit son fils n’en puisse être inquiété, reconnoissant qu’elle doit depuis longtemps son existance aux bontés et aux soins dudit son fils et d’Anne LAGOUCHE son épouse qui lui fournissent ce dont elle a besoin, son peu de bien n’étant pas à beaucoup près capable de la faire vivre dans son état d’infirmité. »

Son peu de bien fait référence à sa rente dotale « dont son fils lui a tenu compte ou plutôt des arrérages de sa rente dotale de trois livres tournois jusques et compris le dernier arrérage echu, la dite rente à elle donnée par feu son pere suivant et aux termes de son contrat de mariage ». On a vu que c’était bien peu.

Je crois comprendre que l’objet de cet acte, c’est de protéger ce qui appartient à Jean Pierre et sa gentille famille qui adoucissent sa fin de vie difficile, le jour de sa succession. Y a-t-il des tensions avec ses deux filles qui nécessitent cet acte ? Elle s’éteint, ainsi entourée, le 29 août 1815, âgée de soixante-douze ans et après quarante ans de veuvage. Heureusement elle ne saura pas que son cher fils est décédé en 1819, à quarante-trois ans, quasi au même âge que son père.

4 réflexions sur “Jacques FRERET dit Clainville et Marie Catherine JEAN, sosas 64 et 65

    • Merci Marraine ! C’est sûr que si je n’avais pas découvert ton blog, sur Généalogie Paris, je n’aurai jamais eu l’idée de créer un blog et de me mettre à raconter la vie de mes ancêtres. Tu as été un déclencheur autant qu’un stimulant en m’encourageant à franchir le pas. Et je ne suis pas près de m’arrêter !

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