
Charles LAGOUCHE
Fils de Jean, journalier et de Thérèse LAMY, il est porté sur les fonds baptismaux des Moitiers-en-Bauptois, le 3 janvier 1744, par Charles et Marie HASLEY. Il est le quatrième d’une fratrie de sept. Mais la terrible année 1751 va décimer la famille. Charles a tout juste sept ans quand, entre janvier et mars, il voit mourir son frère de seize ans, sa maman, âgée de quarante-deux ans, son frère de dix-huit ans et le petit dernier, âgé de vingt-trois mois. Quel choc et que de douleurs pour ceux qui restent !
Cette bien triste série m’a interpellée. Y a-t-il, eu cette année-là, une épidémie, un hiver rigoureux ou autre cataclysme qui aurait pu en être la cause ? Je n’ai rien trouvé de tel. Mais cependant, il y a bien eu plus décès, en 1751 (33) qu’en 1749 (20) – 1750 est très lacunaire – et en 1752 (17). Et ce qui a attiré mon attention c’est qu’en 1751, sur 9 actes, il est précisé : « a eté inhumé apres avoir reçu les sacremens dans le cours de sa maladie ». Rien de tel en 1749 et cette mention ne se trouve que trois fois en 1752. Hélas, le curé ne précise pas quelle est cette maladie… Mais cette mention n’est présente sur aucun des actes de décès concernant ma famille. Pourtant on peut vraiment penser qu’ils ont succombé à une maladie contagieuse. Cette dernière les a-t-elle foudroyés très vite, à la différence d’autres qui ont pu la combattre un peu ? J’ai aussi noté que c’est la seule famille dans laquelle il y a eu plusieurs décès, cette année-là.

Mais il faut faire face et pour l’aider à élever ses quatre enfants, âgés de treize à deux ans, Jean se remarie le 4 mai 1751 avec Jeanne Françoise JEANNE, âgée d’environ vingt et un ans, d’après l’acte de mariage. Mais j’ai retrouvé sa naissance, le 16 août 1735, elle n’a donc que seize ans alors que Jean en a cinquante… Charles aura trois demi-frères et sœur mais son père décède, le 5 février 1757, avant même la naissance du petit dernier qui ne vivra que deux mois. Il a treize ans quand il se retrouve orphelin, sûr qu’il a dû trouver tout de suite du travail, d’autant que sa jeune belle-mère de vingt-deux ans, en a trois autres à élever.
Anne Marie Marguerite MARION
Elle est baptisée à Picauville, le 29 août 1748, fille de Jacques Antoine et de Anne Marguerite ADAM. Ses parrain et marraine sont Jean et Marguerite LEROUX, frère et sœur. Elle est la troisième d’une fratrie de douze enfants mais dont seulement trois ou peut-être quatre ont atteint l’âge de se marier. Une nouvelle fois, une famille très endeuillée !
Leur mariage et leurs enfants
C’est à Picauville, le 10 janvier 1778 qu’ils se marient, lui à trente-quatre ans et elle trente ans. Le père d’Anne Marie Marguerite est décédé depuis trois ans. Sa mère, Anne Marguerite ADAM est présente mais ne signe pas. Sont aussi témoins, ses frères, Jacques et Louis. Charles est assisté par son frère Raphaël et par Louis LEGIGAN, sans doute un parent. La famille MARION a une écriture plus assurée que celle de la famille LAGOUCHE.

Mais ce n’est pas étonnant car il y a eu très tôt une école à Picauville, y compris pour les filles. J’ai trouvé un acte notarié du 28 août 1699, fort intéressant. « Fut présente Jeanne Susanne LEPORTOIS de present maitresse d’escolle en lad(icte) paroisse de Picauville laquelle a donné la somme de deux cent quatre vingts livres, contenue en une obligation du fait de Jeanne MALASSIS et icelle mise aux mains de M(essir)e Pierre LASTOLEY p(re)b(st)re curé dud(ict) Picauville doyen d’Orglandes pour en a… un fonds qu’elle destine pour aider à fonder une escolle de filles en lad(icte) paroisse de Picauville parce que neanmoins lad(icte) LEPORTOIS s’est réservée l’usufruit sa vie durant dud(ict) fonds ainsy qu’à Marie Jeanne LEPORTOIS sa sœur en faisant la ditte fonction de maîtresse d’escolle à laquelle elle sera préféré… ». Je ne sais pas quand l’école pour les filles a réellement été créée mais il est fort possible que Anne Marie Marguerite en ait profité.
Le couple donne naissance à huit enfants, tous nés aux Moitiers où la famille demeure donc. Malheureusement je ne sais pas dans quel hameau de la commune. On apprend, à la première naissance, que Charles, dont le métier n’était pas indiqué sur l’acte de mariage, est laboureur. Cela m’étonne un peu, car son père était journalier, au décès de sa femme. Quant à Anne Marie Marguerite, c’est sur le contrat de mariage de leur plus jeune fille, en 1814, Charles étant alors décédé, que je découvre qu’elle est cultivatrice.
- Marie Anne est née le 6 décembre 1778 et se marie le 8 février 1806 avec Jean Baptiste LESAGE et décède en 1848, au village de l’Eglise.
- La seconde est mon ancêtre Anne Marguerite, née le 11 mars 1780 et se marie avec Jean Pierre FRERET dit Clainville , le 9 juillet 1804. J’ai raconté leur vie ici.
- Le 24 mars 1782, Marie Thérèse voit le jour. Je ne sais ce qu’elle est devenue.
- Le 21 octobre 1784, ce sont des faux jumeaux qui pointent le bout de leur nez. Le premier sorti est Jean Charles qui se marie le 23 novembre 1813 et la seconde est Françoise Gabrielle qui épouse, à Picauville, Charles MAUDUY, le 10 février 1816.
- Jeanne Marguerite naît le 30 mars 1787 mais ne vit que 18 jours.
- Une autre Jeanne Marguerite vient au monde le 25 juin 1788 et épouse, le 22 novembre 1814, Joseph François TRAVERS.
- Le petit dernier, Charles Raphaël, naît le 2 mai 1790. En 1848, on le retrouve à Rouen où il est employé à la douane royale. C’est sans doute là qu’il se marie mais je ne sais ni quand ni avec qui. Le 6 janvier 1856, il décède aux Moitiers et est dit alors veuf et marchand épicier.
Leurs biens
Je n’ai malheureusement pas trouvé, à ce jour, d’actes notariés les concernant. J’ai juste un acte passé le 28 décembre 1818, par lequel leur fille Anne Marguerite, autorisée par son époux, Jean Pierre FRERET dit Clainville, vend « une pièce de terre en labour sur laquelle quelques pommiers, nommée La Bougonnette, du contien d’environ quarante ares (deux vergers ancienne mesure) située en la commune d’Etienville, triage de Neuville« qui lui appartenait de la succession de son père. Charles avait donc, sur cette commune qui jouxte Picauville, une partie de ses terres en labour.

Leur fin de vie
Charles décède le premier, le 4 août 1797, âgé de cinquante-trois ans. Aucun de ses enfants n’aura eu la joie de l’avoir auprès d’eux à leur mariage. Par contre, Anne Marguerite a pu participer à toutes les noces, vivant jusqu’à soixante-dix-huit ans. Et elle a eu le bonheur de connaître douze des treize petits-enfants que je lui ai trouvés, tous nés aux Moitiers, sauf une à Picauville. Elle est inhumée, le 2 octobre 1826, en présence de ses fils, Charles Raphaël, venu de Rouen, et Jean Charles.