
Des recherches difficiles pour ce couple
Ces ancêtres m’ayant donné du fil à retordre, il m’est difficile de leur laisser la parole pour qu’ils me racontent leur vie. Je vais plutôt présenter comment, pas à pas, j’ai enquêté pour en savoir un peu plus sur Paterne et Louise.
J’ai fait leur connaissance, le 15 décembre 1808, sur l’acte de mariage de mes ancêtres, François Alexis ROUY et Louise Jeanne MOREL. L’épouse est dite, âgée de 19 ans et six mois, fille de Paterne MOREL et de Louise LEMIERE, présents et demeurant au Plessis.

Mais je n’ai pas retrouvé l’acte de naissance de Louise Jeanne qui serait née entre 1787 et 1790, au vu de son âge au mariage et des 25 ans mentionnés, à son décès en 1815. Hélas, les registres du Plessis qui ont été conservés ne démarrent qu’en 1802 pour les naissances et en 1798 pour les mariages. Et à fortiori, impossible de dénicher l’acte de mariage de Paterne et Louise, du moins au Plessis. Car bien sûr ce mariage a pu avoir lieu dans la commune dont est originaire Louise. Mais laquelle ? Tous les registres des communes environnantes ont été relevés par le « Cercle Généalogique de la Manche » et je ne l’ai trouvé nulle part, sur leur site. Mais pas étonnant, car plusieurs de ces communes n’ont plus de registres antérieurs à 1796. Seuls ceux du village voisin, Lastelle, commence un peu plus tôt mais, il y a une lacune entre 1770 et 1793, justement dans les années où auraient pu se trouver le mariage et la naissance. J’ai quand même pu en découvrir un peu plus sur Paterne MOREL, son prénom peu commun et sa signature, m’ayant bien aidée.

Je l’ai rencontré comme témoin, au mariage de son frère, Martin François Julien, le 24 septembre 1793, à Lastelle. Cet acte n’est pas filiatif mais on y apprend qu’un autre frère, François est aussi témoin. Puis le 24 mai 1807, il assiste son frère, Jean Baptiste Thomas Adrien, lors de son mariage au Plessis. Et là je suis ravie de découvrir que l’époux est originaire de Gerville, fils de feu Gilles MOREL et de feue Michelle BOURDON. Et en plus sont mentionnées, les dates de décès des parents. Voilà donc Paterne avec des parents, trois frères et un village d’origine.

Dans la fratrie MOREL pour laquelle, j’ai découvert un cinquième fils, les statuts professionnels sont très différents. Paterne est dit journalier, sur plusieurs actes alors que François, son frère aîné, est soit cultivateur, soit boulanger. Puis vient Benoît, maître meunier au Moulin des Prêtres, situé au Plessis. Jean Baptiste Thomas Adrien est domestique alors que le plus jeune, Martin François Julien est meunier. Tous ont quitté Gerville pour s’installer au Plessis ou à Lastelle où justement se trouvent plusieurs moulins au fil de la rivière. Paterne est-il journalier chez l’un de ses frères, Louise l’est-elle également ?

Ma recherche de leurs actes de naissance, s’est donc portée sur Gerville-la-Forêt qui se trouve de l’autre côté du Mont-Castre. Hélas, de nouveau, pas d’actes de baptêmes avant 1813 ni de mariage avant 1798. Mais heureusement un certain Charles DUHERISSIER a consulté des registres, dans cette commune avant qu’ils ne soient détruits en 1944, et a fait un relevé des baptêmes de 1730 à 1808. Ceux-ci ne sont pas filiatifs mais c’est déjà bien précieux. Et dans ce relevé, j’ai retrouvé les dates de baptêmes des frères MOREL Gerville-la-Forêt est un tout petit village où il y a peu de naissances et les prénoms correspondant, je n’ai guère de doute qu’il s’agit bien de la fratrie bien que les parents ne soient pas nommés. L’aîné est donc François, né en 1748 et Paterne est son cadet qui a vu le jour, le 24 octobre 1753.
Mais par contre, je n’ai trouvé, dans ce relevé, aucune trace du patronyme LEMIERE. Concernant Louise, je dois donc me résoudre à n’en connaître que son acte de décès, le 12 juillet 1825. Âgée d’environ 66 ans, elle serait donc née vers 1759. J’ai juste un petit fil ténu qui la relierait à une potentielle sœur. Au mariage de sa fille, Louise Jeanne, en 1808, il y a comme témoin, François NICOLET, cousin de l’épouse. Bien que je n’ai rien trouvé le concernant, il pourrait bien être le fils de Jean NICOLET et de Marie LEMIERE. Celle-ci est décédée à Lastelle, le 3 mai 1834, âgée de 77 ans, donc née vers 1757. Ce qui me permet de faire cette hypothèse que Marie LEMIERE pourrait être la sœur de Louise, c’est aussi qu’elle a un autre lien avec mes ancêtres. J’ai découvert ce couple parce que ce sont les parents de Jean Pierre NICOLET, qui a épousé, en 1813, à Lastelle, Anne Françoise Victoire MOREL, nièce de Paterne. Mais je n’ai rien trouvé de plus pour Marie LEMIERE, née vers 1757 que pour ma Louise LEMIERE, née vers 1759 qui puisse les réunir.
J’ai bien sûr pensé à un éventuel contrat de mariage pour les deux filles LEMIERE. Mais encore une fois, cette piste est fermée car les registres des deux notariats les plus proches, Périers et Prếtot commencent en 1789 et 1818. Un inventaire après décès me paraît peu probable car Paterne et Louise n’avait plus qu’une fille à leur décès. Peut être faudrait-il que j’aille voir jusqu’à Lessay ou La Haye-du-Puits mais pas facile sans date car ce sont de gros notariats ?

En plus de Louise Jeanne, née donc entre 1787 et 1789, je leur ai trouvé au moins une autre fille, Thérèse Françoise Victoire, grâce à son mariage, à Saint-Jores, le 28 mai 1828, avec Jean François LEFORESTIER, tisserand. Elle est dite domestique à gage, âgée de 33 ans et serait donc née en 1795. J’aurai aimé qu’il y ait à ce mariage des témoins LEMIERE, ce patronyme étant aussi présent à Saint-Jores mais ce n’est pas le cas. À défaut, j’ai au moins découvert, dans l’acte, les dates et lieu de décès de Paterne et Louise. Lui est décédé, le 15 mai 1823, et elle, le 12 juillet 1825, tous les deux au hameau du Regnault au Plessis.
Que s’est-il passé en France, au cours de leur vie ?
Le peu d’informations que j’ai sur ce couple me laisse de la place pour faire le point sur les évènements historiques, survenus durant la vie de mes ancêtres normands de la 7ème génération, soit mes sosas 64 à 78, dont Paterne et Louise font partie.

Il y aurait tellement à dire sur cette période mouvementée que j’ai choisi de présenter la réorganisation territoriale du pays et la création du département de la Manche.
- Le 4 août 1789, la « Nuit du 4 août » met fin aux privilèges des provinces, principautés, villes et communautés d’habitants désormais confondus dans le droit commun des Français. Cette décision consacre l’unité administrative du royaume.
- Le 14 décembre 1789, la commune devient la cellule administrative de base. La loi unifie le statut des communes mais leur délimitation est largement reprise de celle des 44 000 paroisses constituées, issues du Moyen âge et de l’Ancien régime.
- Le 3 septembre 1791, la Constitution dispose : « Le Royaume est un et indivisible : son territoire est distribué en quatre-vingt-trois départements, chaque département en districts, chaque district en cantons« . Le chef-lieu du district peut-être atteint par tout administré en une journée de cheval, soit 40 km et les cantons ont une superficie d’environ 4 lieues carrées (soit un peu moins de 18 km2). La Normandie qui était, sous l’Ancien régime, partagée en trois généralités, Caen, Rouen et Alençon se trouve ainsi divisée en cinq départements, puis en trente-deux districts – portant les noms des principales villes – eux-mêmes divisés en cantons. Les transactions sont houleuses car les villes ayant été le siège d’une ancienne administration veulent conserver leur influence locale en donnant leur nom au district. Dans la Manche qui s’est dans un premier temps appelé Cotentin, il y a sept districts : Avranches, Carentan, Cherbourg, Coutances, Mortain, Saint-Lô et Valognes.

- En 1795, les districts sont supprimé et sont remplacés par les arrondissements, créés le 17 février 1800. Paterne et Louise habitent donc alors, dans l’arrondissement de Coutances et le canton de Périers, alors que la plupart de mes autres ancêtres normands demeurent dans l’arrondissement de Cherbourg, principalement dans les cantons de Saint-Sauveur-le-Vicomte et de Sainte-Mère-Eglise.

- Le 21 mars 1831, une loi instaure pour les communes l’élection au suffrage censitaire des conseillers municipaux et celle du 22 juin 1833 prévoit l’élection des conseillers généraux.
- Le 18 juillet 1837, une loi reconnaît la personnalité civile de la commune dont le maire est à la fois représentant de l’Etat et exécutif du conseil municipal.
Sources
La construction de l’organisation territoriale de la France : chronologie
« Les administrations de district des cinq départements normands en 1790 : formation, composition et fonctionnement », par Isabelle Antunes
Elles étaient bien difficiles ces recherches, cependant tu as obtenu des informations intéressantes pour situer la famille.
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