
Louis Germain
Je n’ai pas trouvé sa date de naissance. Je sais juste qu’il serait né vers 1735, d’après l’âge mentionné sur son acte de décès où il est dit natif de La Bonneville mais les registres sont manquants de 1699 à 1771. Ses parents sont Louis LACAUVE, garde forestier et Marie Elisabeth ADRIEN. Il est l’aîné d’une fratrie de six enfants, cinq garçons et une seule fille. Hélas deux de ses petits-frères sont morts dans la petite enfance et sa sœur vers 18 ans.
Marie Anne
J’ignore aussi quand elle est née, sans doute vers 1732, d’après son acte de décès et sans doute aussi à La Bonneville. Elle est la fille de Gilles FERRIERE et de Roberte GIRAULT. Je ne lui ai trouvé qu’une sœur mais je ne sais pas laquelle est l’aînée.
Leur mariage
Je n’ai donc pas non plus trouvé leur acte de mariage qui a sûrement lieu à La Bonneville. Mais par chance, j’ai découvert leur contrat de mariage, passé sous seing privé le 17 juin 1757 et qu’ils ont eu la bonne idée, de déposer, le 1er juillet, chez le notaire de Picauville. C’est grâce cet acte que j’ai pu connaître leurs parents.

« La dite Girault sa mère lui a promis et donné sur les meubles de la succession le nombre et somme de dix livres tournois de rente raquitable au denier dix huit laquelle commencera à courir comme du jour des epousailles […]Sa mere lui a pareillement promis donner et livrer ceux cy apres detaillée scavoir un lit, traversain et oreiller de coutil garnis de plume, un tour de lit de toile de coton couleur d’ardoise, une serge ou couverture de lit de fil et de laine rouge et blanche en carreaux, six tais d’oreiller, huit draps de lit, dix huit chemises, cinq habits complets de differentes etoffes et couleurs, dix huit coiffes et autant de mouchoirs, un rouet à filer, du fil, un breu… et des dévidoirs, deux chaises de bois empaillées, six assiettes et six cuilliers d’etein avec six fourchettes de fer, une armoire de bois de chesne à deux panneaux fermant à clef, deux vaches à lait et six brebis, tous lesquels meubles cy dessus ont été estimés entre les dites parties, parents et amis à la somme de deux cents cinquante livres. »
Marie Anne dont le père est décédé est plutôt bien dotée par sa mère. Sont aussi présents, son « ayeul pere » Guillaume FERRIERE, Louis FERRIERE, son oncle et sous la signature « MC FERRIERE » se cache sans doute sa sœur Madeleine Charlotte qui n’est pas nommée. Le père de Louis Germain n’est également plus de ce monde et sa mère n’a plus que quelques mois à vivre. Ses témoins sont ses cousins, Me Michel ANSOT et Jean Gabriel ADRIEN, Sr de Préfontaine. La signature des époux est plus lisible sur l’acte de dépôt.

Leurs enfants
Ils ont donné naissance à neuf enfants, six filles et trois garçons mais seuls cinq d’entre eux, atteindront l’âge de fonder une famille. Tous sont nés à Varenguebec où la famille s’est installée peu après leur mariage.
- Leur aîné est mon ancêtre Louis Charles Joseph, né le 13 avril 1758 et qui s’est marié en 1785 avec Marie Anne Françoise LEROUX.
- Marie Magdelaine voit le jour, le 18 mars 1760 et épouse Jean RICHARD, en 1785.
- Louise Bonne Catherine est née le 29 mai 1761 et convole en 1793 avec Jean Pierre Denis HOGUET.
- Louis François est baptisé le 18 janvier 1763, par Jean François Gabriel ADRIEN, Sieur de Préfontaine et son épouse, Anne JOURDAN mais décède, le 4 août 1784, âgé de 21 ans.
- Anne Françoise est portée sur les fonts baptismaux, le 16 février 1765, par son oncle Jean Louis LACAUVE. Elle se marie, en 1790, avec Jean François LEROUX, le frère de sa belle-sœur, mon ancêtre.
- Jean Louis Joseph est baptisé le 25 avril 1767 et a pour parrain son oncle Joseph LACAUVE et sa grand-mère maternelle, Roberte GIRAULT. Mais hélas il décède le 15 septembre 1770.
- Jeanne Marie Anne vient au monde le 19 avril 1770 et a tout juste 3 ans quand elle rejoint son frère au ciel, le 26 avril 1773.
- Madeleine Charlotte est baptisée le 8 mai 1772, nommée par sa tante maternelle, Madeleine Charlotte FERRIERE. Elle épouse Jean MESNAGE en 1796.
- La petite dernière, Marie Anne Charlotte est baptisée le 22 août 1774, portée sur les fonts baptismaux par son frère, Louis Charles Joseph et sa sœur Maire Magdelaine. Mais ils auront bien peu le temps de la chérir car elle s’éteint le 7 novembre 1775.
Louis Germain, garde des bois du Duc de Coigny
Sur son contrat de mariage, Louis Germain est dit journalier mais il devait avoir reçu une certaine éducation car il signe de manière affirmée. Les premiers actes de baptême de leurs enfants ne mentionnent pas sa profession mais à partir de 1765, il est dit « garde des bois du Duc de Coigny ». Peut-être a-t-il, dès avant, succédé à son père qui était garde forestier ? La présence de Joseph LEDANOIS, Sieur de la Meslinerie et Bailli du Duché de COIGNY, comme parrain de Louis Charles Joseph, en 1758, le laisse à penser.

Le titre de duc de Coigny a été créé par lettres patentes de février 1747 au profit de François de FRANQUETOT, maréchal de France, comte de Coigny, situé au sud de la Manche, mais aussi baron de Varenguebec. C’est son petit-fils, François Henry qui était le duc de Coigny, quand Louis Germain était à son service. Les bois dont il avait la garde étaient certainement les bois de Limors et du Mont Etenclin qui entourent Varenguebec.

« L’histoire des gardes particuliers – qu’ils soient gardes-chasse, gardes-pêche, ou gardes des bois et forêts – plonge ses racines dans les profondeurs de notre passé national. Si leur mission de protection du domaine, de la faune et des ressources naturelles semble intemporelle, les premières traces tangibles de leur existence nous ramènent aux temps mérovingiens et carolingiens, c’est-à-dire du Ve au Xe siècle.
Avec le délitement progressif de l’autorité royale et l’essor du régime féodal, les grands seigneurs territoriaux – ducs, comtes, abbés ou évêques – prirent une importance croissante. Le morcellement des terres et des droits se traduisit par la multiplication des domaines privés ou alleux, que les puissants cherchaient à protéger jalousement. C’est dans ce contexte qu’apparaissent de manière plus structurée les agents domaniaux : précurseurs des gardes particuliers, ils étaient chargés de surveiller les terres, les bois et les cours d’eau du seigneur, mais aussi de faire respecter ses droits de chasse, de pêche et d’exploitation forestière. Ces agents, souvent désignés par le seigneur local, étaient révocables à tout moment, et leur autorité ne reposait que sur la puissance et la volonté de leur maître. Leur mission était autant policière que symbolique : leur présence sur le terrain rappelait que nul ne pouvait chasser, couper du bois ou pêcher sans autorisation. Ils constituaient, en quelque sorte, le bras armé du droit seigneurial.

C’est au cours du Moyen Âge central et tardif que l’on voit apparaître les gardes forestiers royaux et les gruyers (officiers forestiers). Mais à côté de cette structure officielle, subsistent toujours les gardes particuliers des seigneurs locaux. Ces gardes ne relèvent pas du roi mais du droit privé seigneurial. Ils exercent souvent sans formation spécifique, mais avec une autorité reconnue sur les terres qu’ils protègent. Les ordonnances royales du XVe au XVIIe siècle commencent toutefois à réglementer leurs fonctions. Sous François Ier, une ordonnance de 1516 impose un contrôle plus strict de l’exploitation des forêts, et renforce les droits de police des gardes forestiers, y compris ceux désignés par des particuliers.
Avec l’Ordonnance de 1669 sur les Eaux et Forêts, Colbert, ministre de Louis XIV, structure une véritable administration forestière. Cette ordonnance impose que tout garde soit commis par écrit et assermenté devant un juge. Les gardes-chasse, gardes-pêche et gardes-forestiers des domaines privés continuent à exister, mais ils sont désormais encadrés juridiquement : leur assermentation donne à leurs procès-verbaux une valeur légale, et ils peuvent constater des infractions dans les limites de leur territoire de commission. Une étape importante dans la reconnaissance des gardes particuliers intervient avec la déclaration royale de 1709. Celle-ci assimile les gardes des particuliers aux gardes des communes, leur conférant des obligations identiques et des droits équivalents, notamment en matière de surveillance, de constatation des délits et de maintien de l’ordre rural.
La Révolution de 1789 abolit les privilèges seigneuriaux, y compris les droits exclusifs de chasse. Pendant quelques années, la chasse est ouverte à tous les citoyens, ce qui provoque une explosion du braconnage et une quasi-disparition des gardes. Toutefois, face aux abus, les législateurs rétablissent rapidement des formes de contrôle : les forêts domaniales doivent être surveillées, les rivières protégées, et les gardes sont à nouveau sollicités. Cette position est consolidée par les régimes révolutionnaire et impérial. » (1)
Leur fin de vie
Louis Germain quitte ce monde le premier, le 7 avril 1795, âgé d’environ 60 ans. Il sera présent aux noces de leurs quatre aîné·es mais n’aura pas eu le temps de marier leur plus jeune fille. Marie Anne va continuer seule sa vie, pendant vingt-cinq ans, atteignant le bel âge de 88 ans, quand elle s’éteint à son tour, le 23 janvier 1820. Non seulement elle a marié tous ses enfants mais elle a connu les vingt-et-un petits-enfants que je lui ai trouvés dont les six de Louis Charles Joseph et a même pu assister au mariage de deux d’entre eux dont Anne Louise et bercer au moins six de ses arrière-petits-enfants dont Jean François HASLEY !
Sources
(1) Histoire et évolution des gardes particuliers, La Garderie de France
« Le garde-bois, maître de l’espace local », chapitre V de « À l’ombre du roi », Crémieu-Alcan, Philippe. Presses Universitaires de Rennes
« Contribution à une histoire des gardes forestiers au XVIIIe siècle », Roger Blais, Revue forestière française,1986, 38 (1), pp.17-26.