Prêts pour la fenaison, aux Moitiers-en-Bauptois

Cet article est écrit dans le cadre du défi #photodumois, proposé, le 10 de chaque mois, par le groupe « Raconter sa Généalogie » pour laisser une photo nous raconter son histoire. Et pour rester dans le thème de mon autre défi #52semaines52couplesnormands, j’inaugure ce mois-ci, une série de photos pour parler des activités que sûrement tous mes motelons, quelque soit la génération de mon arbre, ont pratiquées, au fil des saisons.

Cette photo se trouvait dans la boîte à trésors de mon père qu’il m’a montrée trop tard pour avoir le temps de revenir avec lui, sur chacune des photos. Je ne pouvais donc mettre aucun nom sur ces visages. Tout ce que je savais, c’est que cette photo devait avoir été prise vers 1931, car elle était dans une pochette avec d’autres de mon père, au service militaire. Et je pouvais supposer qu’elle avait été prise aux Moitiers-en-Bauptois, village de mon grand-père ou à Vindefontaine où vivait une tante que mon père aimait beaucoup aller voir. Mais qui sont les trois personnes sur la photo ?

Au tout début de mes recherches généalogiques, j’ai adhéré au « Cercle Généalogique de la Manche » qui avait, à l’époque où les archives n’étaient pas en ligne, un forum très dynamique. Quand j’ai fait état de mes recherches, j’ai tout de suite été contactée par Charles BUTEL, hélas aujourd’hui décédé, qui m’a beaucoup aidée quand il a découvert que nos arrière-grands-parents étaient frère et sœur. Quel chance de faire une telle découverte ! Très vite, nous nous sommes rencontrés et c’est grâce à lui que j’ai pu retrouver la maison de mes arrière-grands-parents aux Moitiers. Alors bien sûr, je lui ai montré les photos sur lesquelles, je ne reconnaissais personne. Et en voyant celle-ci, il m’a tout de suite dit : « La jeune femme au milieu c’est ma mère, à droite son frère et à gauche sa sœur ». Il a été autant ravi de découvrir cette photo qu’il n’avait pas, que moi de pouvoir mettre des noms sur ces visages. Tous les trois sont donc les cousins issus de germain de mon père comme on peut le voir ci-dessous. Charles est le fils de Marie Louise Jeanne FEREY.

Très vite, j’ai fait aussi la connaissance de deux autres cousins, beaucoup plus éloignés dans mon arbre. Un autre grand bonheur, car Rémy MARIE dont le décès récent m’a beaucoup peinée, a été pendant une trentaine d’années, le maire des Moitiers, et Rolande, son épouse est aussi généalogiste. Ils ont eu à cœur, chaque fois que j’allais chez eux, de me faire découvrir le village, la vie quotidienne et les travaux d’autrefois. Aussi quand Rémy a fait construire, en 2005, une nouvelle mairie, je leur ai proposé de faire pour l’inauguration, une exposition sur le village, ses pratiques agricoles, l’évolution de sa population… comme je venais de le faire dans le village breton où j’habitais. L’idée leur a plu et Rolande m’a bien sûr aidée. Pour le contenu des panneaux, j’ai interviewé, en premier lieu, mes hôtes, mais aussi des anciens du village qui se sont prêtés au jeu et nous ont confié des photos pour qu’on les scanne. On a pu réaliser ainsi, de manière artisanale bien sûr, une douzaine de panneaux qui ont été appréciés par les anciens qui s’y sont retrouvés et par les nouveaux motelons qui pouvaient découvrir le village.

Depuis, Rémy et Rolande ont dû déménager en ville. Et puis, il y a eu un regroupement de communes ; la belle mairie éco-bâtie, a été vendue et l’expo, si elle a été conservée doit être quelque part, dans le grenier de la mairie de Picauville qui a absorbé les Moitiers-en-Bauptois, en 2017. J’ai donc envie, dans le cadre de #photodumois, de lui donner, en plusieurs épisodes mensuels, une seconde vie sur mon blog. Ce sera bien sûr, en même temps, une manière d’illustrer la vie de mes ancêtres. Tous les paragraphes entre guillemets sont ceux qui figuraient sur l’expo.

La fenaison

La récolte du foin, en juin-juillet, est une activité fondamentale du cycle agricole dans une région où l’élevage des vaches laitières est une part importante des revenus, le foin étant la nourriture principale de ces animaux en hiver.

J’ai souvent trouvé, dans les actes notariés, des achats ou ventes, par mes ancêtres des Moitiers-en-Bauptois et alentours, de « prés plantés de pommiers » comme celui de cette photo de mon père. Mais je ne sais qui est ce couple entrain de faucher.

Les faucheurs

« Les faucheurs étaient embauchés dans les fermes et étaient payés à la tâche, ils recevaient tant par vergée (20 ares) fauchée. Un bon faucheur pouvait faucher jusqu’à 2 vergées par jour en travaillant du matin au soir. » Pour m’expliquer comment ils entretenaient leurs faux, rien de mieux qu’une démonstration, par Rémy, sur une faux bien rouillée par le temps.

« Il fallait avoir une faux en bon état, elle devait être coupante comme un rasoir. Pour l’aiguiser, on utilisait d’abord les battements, c’était tout un art de battre une faux. On la battait chaque matin. Ensuite, plusieurs fois au cours de la journée, il fallait aiguiser la faux avec une pierre que l’on portait sur soi, accrochée à la ceinture, dans le buhot, corne de bovin dans laquelle on mettait du cidre pour tenir la pierre agressive et de la paille pour que le cidre ne déborde pas à chaque mouvement. »

« Entre les deux guerres, sont apparues les premières faucheuses mécaniques tirées par des chevaux qui ont remplacé le travail à la faux. »

Charles avec son père, Charles Louis BUTEL, vers 1946.

Séchage du foin

« Pour faire sécher le foin, on le fanait plusieurs fois, avec une fourche en bois puis plus tard avec une fourche en fer, ce qui est plus facile. Quand le foin était sec, on l’enrilait, c’est à dire qu’on le ratelait avec des râteaux en bois – que l’on voit bien sur les épaules des cousines – pour le mettre en riles ou rangs. Puis, pour le protéger de la pluie avant de le botteler, on le mettait en cabots avec lesquels on pouvait faire 15 à 20 bottes ou en veuillottes qui permettaient de confectionner 50 à 60 bottes. »

Les botteleurs

Les botteleurs étaient équipés de pantalons renforcés aux genoux. Ils faisaient les bottes à la main en les liant avec une poignée de foin tortillée. Un bon botteleur pouvait faire mille bottes par jour. Ce n’était souvent pas les mêmes hommes qui étaient bons botteleurs ou bons faucheurs, cela demandait des qualités différentes. Il ne fallait rien laisser perdre. On faisait les dernières bottes en ratelant une dernière fois le clos.

Compter les bottes

Pour pouvoir compter les bottes de foin, notamment pour payer les botteleurs, on les atreselait, on les rangeait en tresés, tas de 10 bottes superposées et on mettait ainsi 4 ou 5 tresés côte à côte, selon la taille de la veuillotte. C’était souvent une tache dévolue aux enfants.

Vers les greniers à foin

Les bottes étaient charriées jusqu’au grenier à foin sur un querty, long tombereau, ou comme sur la photo sur un banné, plus court presque carré et fermé tout autour. Seules les grandes fermes possédaient un querty.

Illustration extraite de « Les propos de Jean FRINOT » (contes humoristiques en patois normand), écrits et illustrés par François ESNAULT (1869-1918), natif de Varenguebec, village voisin des Moitiers, où j’ai aussi des ancêtres.

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