Cet article est ma première participation au défi #Laphotodumois, proposé, le 10 de chaque mois, par le groupe « Raconter sa Généalogie » pour laisser parler une photo. Je vous emmène à Fleurines, petit village de l’Oise, dans le jardin de la maison de campagne de mes grands-parents maternels, Albert DUCOURNAU et Suzanne LAMBOI dont j’ai déjà parlé ici. C’est une grande maison qui peut accueillir toute la famille du moins tant qu’elle ne s’est pas encore trop agrandie.

C’est la première fois, après la guerre, que mes grands-parents ont pu réunir leurs cinq enfants et leurs quatre premiers petits-enfants qu’il n’avait encore jamais eu le bonheur de voir. Il y a les deux enfants d’avant la guerre de 14-18 et les trois d’après.

Jacques est l’aîné de la fratrie, né en 1912. À l’issue de ses études d’ingénieur agronome, il est parti vivre en Algérie, peut-être pour rejoindre son grand-oncle LAMBOI qui avait des plantations d’orangers à Blidah. Il y rencontre Simone PIETRI, native d’Oggazh, dans l’Oranie, mais dont les parents sont originaires de Corse et du Gard. Ils se sont mariés à Alger en 1938. Toute la famille est venue à la noce, profitant des congés payés, acquis depuis peu. Pendant la guerre, Jacques, lieutenant, est resté basé en Algérie. Leurs trois enfants vont naître pendant cette période, Jean, en mars 1939, Marie-France, en 1942 et Geneviève en 1946. Ils n’avaient bien sûr pas pu revenir en France pendant toute la durée de la guerre.

Simonne, ma mère est née en mars 1914. Elle a rencontré mon père, Jean FRERET, réformé après avoir été très gravement blessé, en 1940. Ils se sont mariés, le 13 juin 1944, sous les bombardements. En cet été 1946, à la fin de sa grossesse, Maman, fuyant la chaleur parisienne, est venu se reposer à Fleurines, auprès de sa mère et de sa sœur, avec la présence rassurante de son père, médecin. Elle met au monde, mon frère, Bernard, le 16 août, à la maternité de Senlis. C’est dans cette ville que Bernard est porté sur les fonds baptismaux par son parrain, Tonton Jacques et sa marraine, Solange, une amie de mon père. Sur cette photo, Maman porte une drôle de robe ou de manteau, en tissu rayé. Elle s’était confectionné ce vêtement de grossesse dans un tissage, réalisé par des jeunes filles du Centre de jeunesse où elle était intendante pendant la guerre.

Voici le trio des enfants d’après-guerre. Tous les trois n’ont pas encore rencontré d’âme sœur. François, à droite a vu le jour en 1920. Il n’a pas 20 ans quand, le 10 juillet 1939, il s’est engagé comme volontaire. Il sera incorporé dans la 2e Compagnie du 27e Régiment de Chasseurs Alpins. Début juin 1940, il est au cœur de la bataille de France, dans le Loiret. Sur sa fiche matricule, on peut lire : « Chasseur courageux, bien qu’isolé par suite de l’extension du front de la section, il a tenu son emplacement sous les feux violents d’artillerie et d’armes automatiques. Par son tir ajusté, il a permis d’empêcher tout franchissement du Canal. Dans la journée du 6, se battant à même le sol à cause de pertes sensibles à l’ennemi qui s’infiltrait sur les arrières du point d’appui, il s’est battu jusqu’à l’extrême limite avec calme et sang froid ». Il est décoré de la Croix de guerre, étoile de bronze. Mais le 19 juin, il est fait prisonnier et interné dans le Stalag VII A à Moosburg, au Nord-Est de Munich où il a dû travailler dur, dans des conditions de vie bien difficiles.
Emile, appelé Mimi, est né en 1922. Il avait 17 ans, en 1939 et allait commencer ses études de médecine. Il a dû les interrompre, obligé de partir au STO, travailler dans une usine allemande. Mais je ne sais pas exactement quand car sa fiche matricule, n’est pas encore accessible. Je ne sais pas non plus où il se trouvait mais sans doute pas loin de Moosburg, car j’ai une lettre, envoyé à Maman qui lui avait annoncé son mariage, dans laquelle il écrit qu’il a pu voir François et lui faire part de la nouvelle. Tous deux sont rentrés fin mai 1945 mais François, très affaibli par ses cinq ans de détention, a été un mois en convalescence pour remonter la pente.
La petite dernière de la famille, Marie-Gabrielle, appelée Gaby, est née en 1927. Elle était donc en pleine adolescence pendant la guerre. Sur la photo, elle a tout juste 19 ans. Elle a maintenant 98 ans, seule de la fratrie encore en vie, et l’esprit toujours alerte.
J’imagine le grand bonheur qu’ils ont eu à se retrouver après tant d’épreuves et pour fêter ce petit nouveau-né. Mais ce moment de tendres retrouvailles et de réjouissances a bien failli être endeuillé. Pendant que Maman était à la maternité, la petite Geneviève, âgée de 6 mois, a failli mourir étouffée. Heureusement, elle a été sauvée, grâce à mon grand-père et à Emile, étudiant en médecine, qui se sont relayés pendant une heure et demi pour lui faire la respiration artificielle, en attendant que le cardiologue arrive. Quelle angoisse a dû tous les étreindre ! Par bonheur, la petite n’en a pas gardé de séquelle.
Mais qui est le photographe ?

Il a bien réussi à capter, vers lui, tous les regards. Pour avoir vécu, quand j’étais enfant, quasi tous les ans, ces photos de groupe familial, j’imagine très bien la scène. Mon grand-père, car c’est lui le photographe, installe d’abord tout le monde, pour composer sa photo. Ensuite il se met derrière son gros appareil en bois, sur pied, sans doute semblable à celui-ci, mais avec par-dessus, un tissu noir, derrière lequel il semble se cacher, à mes yeux d’enfants. Il prends le temps de bien faire tous ses réglages, puis il appuie sur le retardateur, pendant au bout du fil et vient vite se mettre à l’endroit qu’il a prévu pour lui, à côté de ma grand-mère. Mais cette fois-ci, il se dépêche encore plus, pour prendre, doucement, Bernard qu’il ne devait sûrement pas avoir dans ses bras, pour régler son appareil. La photo prise, mon grand-père, va la tirer sur papier, dans son petit cabinet de toilette, sans fenêtre, où il a installé son labo-photo. Il ne faut surtout pas le déranger dans ces moments-là. Et bien sûr, chaque famille va repartir avec un exemplaire de la photo. Au décès de Maman, Jean, l’aîné des cousins, m’a reparlé de ces séances photos qu’il n’aimait pas du tout. On le perçoit déjà à son attitude, bras croisés, semblant impatient que cela se termine. Il m’a dit que c’est pour cela qu’il ne prenait pas de photos. Si je me souviens qu’il fallait rester bien sage – mais je l’étais d’autant que j’avais un peu peur de notre grand-père qui pouvait faire les gros yeux – je n’ai pas souvenir que cela m’ennuyait. Dans les derniers jours de sa vie, Bernard m’a reparlé de sa relation privilégiée avec notre grand-père qui lui a transmis, entre autres, le goût de la photo et l’a initié au secret de la chambre noire. Après le décès de mes grands-parents, il s’était installé un labo-photo dans sa chambre, avec du matériel, rapporté de Fleurines.
Un grand-père photographe, c’est l’assurance de nombres clichés familiaux … De eaux portraits et une belle famille réunie
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très bel article, Hélène, les frères sont très craquants avec leur petite fossette au menton
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Il y a nettement une marque de fabrique 😀
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J’ai de telles photos sur plusieurs années mais peu de photos à deux trois personnes. Il y a aussi beaucoup de photos qu’il faisait avec son appareil stéréo sur plaques de verre. C’est ma tante qui en a hérité. J’ai essayé de les reprendre en photo sur une plaque lumineuse mais le rendu est moins bon.
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