Jacques JEAN et Jeanne MOUCHEL, sosas 130 et 131

Parle-moi de toi, Jean…

J’ai été baptisé, à Picauville, le 7 novembre 1701, nommé par Gilles LEFEBVRE et son épouse Marie DELALANDE. Mais je ne sais pas te dire s’ils sont de la famille. Mes parents sont Jacques JEAN et Marguerite Françoise LUCAS. Je suis le cinquième d’une fratrie de trois filles et huit garçons mais comme bien souvent hélas, cinq d’entre nous, sont décédés dans leur première année.

Parle-moi de toi, Jeanne…

J’ai été portée sur les fonds baptismaux de Picauville, le lendemain de Noël 1701, fille de François MOUCHEL et de Marie MEHALINE. Je suis la seconde d’une fratrie de cinq mais j’ai eu le chagrin de perdre ma sœur aînée, peu après ses 21 ans et les trois petits qui sont venus au monde après moi, ont eu une vie si brève. Heureusement les deux plus jeunes ont atteint l’âge adulte bien que tu n’aies pas trouvé leurs mariages et je suis contente que tu les ais croisés, sur un acte, le 5 juillet 1765. Nous élever n’a pas été toujours facile pour nos parents qui étaient tous les deux journaliers.

Raconte-moi votre mariage…

C’est bien sûr dans notre commune de Picauville qui nous a vu naître, tous les deux, la même année, que nous nous sommes unis par le mariage, le 11 novembre 1727. J’avais pour témoin, mon beau-frère, André DODEMAN, époux de ma sœur Marie Anne et mon oncle Martin CORNIERE, époux de ma tante Anne LUCAS. Jeanne était accompagnée par son père. Comme tu le vois sur l’acte, tout comme nous deux, il ne sait signer.

Parle-moi de vos enfants…

Nous avons eu sept enfants mais nous avons eu la tristesse d’en perdre trois en bas âge. Tous sont nés et se sont mariés à Picauville.

  • Notre aîné se prénomme Candide mais tu me dis que tu n’as pas trouvé sa naissance, que tu ne le connais que par sa présence au mariage de Marie Catherine et lors de son décès, le 19 décembre 1799. Comme il est dit âgé de 75 ans à son décès, tu as calculé qu’il serait né vers 1724, donc avant notre mariage. Mais ce n’est pas le cas, sinon bien sûr nous l’aurions reconnu. Tu sais, c’est difficile de se souvenir des dates de naissances de nos enfants, et même des nôtres, quand on ne sait pas écrire. Il a dû plutôt naître entre 1728 et 1730 bien que tu n’en trouves pas trace dans les registres.
  • Marie Anne a vu le jour le 29 septembre 1731 et elle s’est mariée, le 28 janvier 1758, avec Jean MORIN.
  • Puis Eustache est venu au monde le 27 octobre 1733 et a épousé Catherine SCELLES, le 11novembre 1760. Puis après le décès de celle-ci, il s’est remarié, le 21 août 1770, avec Anne LEPETIT.
  • Jeanne Marie est née le 8 mars 1736 mais nous a été ravie le 10 janvier 1739.
  • Jean Jacques Damien a vu le jour le 15 avril 1738 et sa vie bien brève s’est achevée le 29 décembre 1740.
  • Puis c’est le 9 avril 1743 que j’ai mise au monde, Marie Catherine, ton ancêtre, mariée avec Jacques FRERET dit Clainville, le 5 mai 1768. Elle a été de fait notre benjamine.
  • Notre petit dernier, sorti de mon ventre le 18 juillet 1746, a été aussitôt ondoyé par la sage-femme mais n’a vécu que quelques instants. Il n’a pas eu le temps d’être baptisé et donc prénommé.

Ce que je sais-je de plus, sur eux ?

Ils ont partagé 33 ans de vie commune, Jeanne quittant ce monde la première, le 18 août 1760, âgée de 60 ans. Jacques l’a rejointe, le 9 août 1773, âgé de 71 ans, après treize ans de veuvage. Tous les deux ont eu le temps d’assister aux noces de leurs enfants et Jacques de chérir plusieurs de leurs petits-enfants. Ce n’est qu’à son décès que j’ai appris qu’il était manouvrier.

Au XVIIIᵉ siècle, journalier et manouvrier désignaient globalement la même catégorie de travailleurs manuels et temporaires. La différence pouvait résider dans de légères nuances de rôle (agriculture d’appoint vs. travaux de construction ou domestiques). En pratique, les deux termes étaient souvent interchangeables, et la distinction sociale entre eux était floue, voire inexistante dans de nombreux documents de l’époque.

Le mot français journalier vient du latin médiéval « jornalerius » et peut se rattacher à deux sens : le « journal », superficie agraire, ou la « juchère », la journée de travail. Le « journal » était une unité de mesure qui correspondait à la surface travaillée par un paysan, à l’aide de deux chevaux ou deux bœufs, en une journée. Suivant les régions, le il équivalait à une surface variable allant de 32 à 42 ares. La surface labourée en un jour était une unité pratique pour l’organisation du travail au quotidien et l’affectation de la force de travail ; surtout lorsqu’il fallait se procurer cette force en la louant ou par des corvées. On désignait par « journalier » ou « manouvrier », non seulement des personnes employées à la journée, mais aussi pour une certaine tâche, qui pouvait durer plusieurs jours ou plusieurs semaines. Ainsi en milieu agricole il pouvait être employé pour la durée des labours, ou celle des moisson. (1)

Paul-Albert Baudouin (1844-1931). « Histoire du blé : les moissonneurs ». Esquisse pour l’école de la rue Dombasle. Huile sur toile, 1880. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais.

Dans une ferme, le journalier accomplissait les basses besognes ne nécessitant pas de formations : nettoyage des étables, mise en fagots du bois, travaux de terrassement, transport du foin, surveillance du bétail, faucheur, batteur en grange etc… Ces activités dépendaient aussi de la conjoncture du moment : crises économiques ou politiques, aléas climatiques ou mauvaises récoltes. D’autre part, une maladie, un accident, un décès, pouvaient jeter dans la misère toute une famille. De petits artisans, des paysans modestes, de petits tisserands ou ouvriers du textile, une fois leurs propres travaux effectués, pouvaient se muer en journaliers pour compléter leur revenus. (1)

Leur vie se caractérisait par des périodes d’occupations irrégulières, chez divers employeurs. Le travail restait toujours incertain, même si à chaque saison, on savait pouvoir retrouver la même place chez les mêmes employeurs. Celui qui s’en sortait le mieux, était celui qui réussissait à se faire embaucher régulièrement ; même si les salaires étaient minimes (5 à 10 sous par jour). Cela permettait plus ou moins de subvenir aux besoins de la famille, à condition que l’épouse puisse cultiver un lopin de terre fournissant divers légumes. (1)

Alors Jacques et Jeanne possédaient-ils un potager, un petit lopin de terre pour cultiver du sarrasin, base de l’alimentation, ou un pré avec peut-être une vache ou quelques moutons, qui leur auraient permis de vivre un peu mieux qu’avec les seuls revenus de manouvrier ? Pour l’instant, je n’ai trouvé aucun acte notarié qui m’aurait permis de mieux les connaître. Mais j’ai bon espoir de pouvoir compléter plus tard, cet article, car en fouillant les répertoires du notariat de Picauville, à défaut de leur contrat de mariage et d’un inventaire après décès, j’ai repéré un ou deux actes qui pourraient bien les concerner. Mais priorité, en cette période de vacances, aux enfants et petits-enfants qui vont venir pour certains et chez qui je vais aller, ensuite, pour d’autres.

Sources

(1) Les métiers d’antan : Le Journalier, brassier ou manouvrier, Cercle Généalogique du Pays de Caux Seine Maritime

Laisser un commentaire