Jacques Antoine MARION et Anne Marguerite ADAM, sosas 134 et 135

Avec ce couple nous revenons à Picauville où les deux familles sont ancrées depuis au moins quatre générations et devaient bien se connaître. En 1726, le bourg est ainsi décrit : «C’est une grande paroisse de 1341 habitants où est situé le Bourg de Port-l’Abbé, qui appartient aux Religieux Prémontrez de Blanche-Lande. Le Château de l’Isle-Marie appartient aux heritiers de M. le Maréchal de Bellefond. Ils en sont en partie Seigneurs ; les Chanoines de la Sainte Chapelle y ont un Fief, et la meilleure partie des dixmes. Cette Paroisse est presques partout bordée de marais ; on y a fait plusieurs passages pour y arriver par eau. Le terrain est également bon en herbages. Il y a plusieurs Noblesses. On y a fondé une Chapelle de Saint Jean, qu’on appelle, la Monerie, appartenant aux Religieux de Blanche-Lande, qui y ont aussi des dixmes.»(1)

Un manoir du XVIe siècle que mes ancêtres ont connu.

Parle-moi de toi, Jacques Antoine…

Je suis né le 4 avril 1723, fils de Jacques MARION qui était boucher et de Marie OSMONT. Je suis le benjamin d’une fratrie de six mais mon unique frère et deux de mes sœurs sont décédés avant ma naissance de même que mes deux demi-sœurs, issues du premier mariage de mon père.

Parle-moi de toi, Anne Marguerite…

J’ai vu le jour le 30 octobre 1725. Mes parents sont Nicolas ADAM et Marguerite JACQUETTE, mais je ne pourrai pas te parler de mon papa dont je n’ai gardé aucun souvenir. Je n’avais pas encore un an, quand il est décédé le 13 août 1726, âgé de 25 ans. Quel chagrin pour ma maman ! Elle s’est remariée en 1732 avec René LEROUX avec lequel elle a eu deux filles et un garçon. Je n’étais plus fille unique. Mais eux aussi n’ont guère eu le temps de connaître leur père qui est décédé en 1737, à 29 ans. Notre mère a poursuivi seule sa vie, vivant de son travail de servante. Mais heureusement, nous avions hérité des biens de mon père et sans doute aussi de ceux de mon beau-père qui était laboureur.

Ce qui fait que ma maman m’a bien dotée, pour mon mariage avec Jacques, comme tu l’as découvert, dans notre contrat de mariage, conclus le 16 janvier 1744, chez le notaire de Picauville. J’avais tout ce qu’il faut pour bien démarrer dans ma vie d’adulte.

« Un lit avec son traversin et deux oreillers de coutil garnyes de plume, et une paillasse, une serge en carreaux rouge et blanc de leinne et avec un tour de lit de port paris avec son ciel de pareille etophe. Item une armoire de bois chesne a deux panneaux fermants à clef, avec ses corniches. De plus sept habits dont trois de drap, trois de demy drap et un de cotton servant l’usage de lad. future. De plus une douzaine de draps de lit de six aulnes la paire, avec une douzaine et demy de chemises, une douzaine de serviettes d’œuvres dont huit de grosses de service et quattre fines, avec une demye douzaine de tayes à oreillers, de plus une douzaine de coëffes, une douzaine de mouchoirs. Le tout servant à l’usage de lad future.

Une armoire normande – Musée de Normandie – Wikimedia commons

Item deux assiettes d’estain, quatre cuillieres et deux fourchettes aussy d’estain, deux autres d’acier et un trepied, et une fourche, le tout de fer avec un roüet, un troüard et dévidoir. De plus deux chaises empaillez.

Item deux vaches en essence avec huit brebis aussi en essence avec la somme de cinquante livres d’argent monnoye. Tous lesquels meubles tant morts que vifs y compris lad. somme de cinquante livres ont esté estimez naites à la somme de cinq cents dix huit livres, par les parents tant paternels que maternels desd. futurs. Se sont aussi trouvés pour biens, fonds restez apres le decès dud. Nicollas ADAM pere de lad. future, la valeur de viron dix livres de revenu annuel. Et pour l’assurance desquels meubles et biens led. MARION a obligé tous les biens presents et avenir et en cas de mort sans enfans, elle rentrera la somme susd. ou ses meubles à son choix. »

Il y avait beaucoup de parents autour de nous, pour évaluer la dot et signer le contrat, « fait en présence de Marie OSMONT, mère dud. MARION, Marguerite JACQUETTE mere de lad. fille et de Jean MARION, cousin dud. futur, Maître Louis OSMONT l’aîné et Maître Louis OSMONT le jeune, Thomas ROUBLOT, Maître Jean François FREMIN, Maître Jacques de LACAUVE et Maître Antoine DUFRESNE, tous parents dud. futur et de Maîtres Julien ADAM, Antoine ADAM et Martin ADAM, Jean JACQUETTE père et Jean JACQUETTE fils, Maître Nicollas SCELLES, Sieur de Longprey et de Maître Louis LEGOUEST, Sieur des Prés, parents de lad. future« , sans parler des témoins qui ont été appelés. Comme tu vois, Jacques signe mais nos mères et moi nous ne savons.

Raconte-moi votre mariage…

Bien sûr, c’est à Picauville que nous nous avons célébré notre mariage, le 4 août 1744, très entourés par nos familles. Nous sommes de jeunes mariés, Anne a 19 ans et j’en ai 21. Tu me dis que tu es étonnée de trouver un acte en latin au milieu de notre acte de mariage. Tu crois comprendre mais sans en être sûre que c’est une dispense de ban, c’est vrai que notre futur mariage n’a été annoncé qu’une fois. Pourtant il était prévu depuis le mois de janvier…

Parle-moi de vos enfants…

J’ai été souvent enceinte ou allaitante puisque nous avons eu douze enfants, six filles et six garçons. Mais la grande faucheuse, encore une fois, n’a pas épargné notre famille. Ce sont sept de nos enfants qui sont morts dans l’enfance et une autre à 24 ans. C’est bien dur a accepter pour des parents !

  • Notre aîné, Jacques Augustin est né le 26 mai 1745 et s’est marié, le 29 octobre 1776 avec Jeanne Marguerite HALGATTE
  • Le second, Jean Baptiste, a vu le jour, le 26 mars 1746 et nous a été enlevé, le 6 mars 1749.
  • Puis, le 29 août 1748, j’ai donné naissance à celle qui allait devenir ton ancêtre, Anne Marie Marguerite qui a épousé Charles LAGOUCHE, le 10 janvier 1778.
  • Marie Anne Jacqueline est née le 18 décembre 1749 et elle nous a été ravie, le 18 octobre 1756.
  • Le 24 novembre 1751, Marguerite Catherine a vu le jour et elle a convolé, le 12 novembre 1782 avec Jacques François Philippe DAVAREND.
  • J’ai accouché de Marie Jacqueline, le 27 juillet 1753 mais sa petite vie s’est achevée le 7 juin 1756.
  • Louis Philippe a été baptisé le 25 août 1755 mais nous a quittés le 9 février 1758.
  • Louis François Thomas est né le 6 juillet 1758. Tu me dis que tu ne lui as pas trouvé de mariage mais que tu l’as croisé, plusieurs fois et notamment, en 1780, au baptême de ma petite-fille, Anne Marguerite LAGOUCHE, ton ancêtre qu’il a porté avec moi, sur les fonds baptismaux.
  • Jean Antoine a pointé le bout de son nez, le 27 juillet 1761 mais est décédé le 26 février 1770.
  • Le 1er juin 1763, Marie Anne est venu au monde et nous étions contents quand elle a atteint ses 20 ans mais elle s’est éteinte à son tour le 12 janvier 1787.
  • C’est le 11 juin 1766 que Joseph Barnabé a vu le jour mais il a été fauché le 3 novembre 1769.
  • Notre petite dernière, Françoise Jacqueline est née le 24 juillet 1768 mais a précédé son frère dans la mort qui l’a emportée le 31 octobre 1769.

Ce que je sais en plus sur eux…

Jacques s’est éteint le premier, le 19 avril 1775, âgé de 52 ans et Anne l’a rejoint, le 12 mars 1784, à l’âge de 58 ans. Jacques n’a pas eu le temps de voir ses trois enfants, ayant atteint l’âge adulte, former une famille. Anne a été de toutes les noces mais sa marque n’apparaît pas sur les actes.

Sur le contrat de mariage, on apprend que Jacques est journalier mais à son décès, il est dit « marchand laboureur ».

Bien que j’ai trouvé l’inventaire après décès du père de Jacques, je n’ai aucune indication d’actes notariés qui permettent de situer des terres qui appartiendrait à sa famille ou à celle d’Anne mais ils en avaient sûrement. Peut-être apparaîtront-elles au fil de consultations d’actes du notariat de Picauville ?….

Sources

Saugrain, Claude-Marin, Dictionnaire universel de la France ancienne et moderne… – Tome 2, Paris, 1726 – Gallica

Laisser un commentaire