
Charles François
Si heureusement, je connais ses parents, François LEGIGAN et Jeanne LEVESQUE, originaires de Baupte, je ne sais rien de plus le concernant, car les registres de cette commune ne commencent qu’en 1716 et par malchance, il y a aussi une lacune entre 1757 et 1796. Je n’ai donc pas retrouvé non plus, son acte de décès qui m’aurait peut-être permis de situer son année de naissance. Il fait partie d’une fratrie de six garçons et deux filles dont l’une est née vers 1701, au vu de son âge de 15 ans, à son décès en 1716. Je ne connais ses frères et son autre sœur que par leurs mariages ou uniquement sa présence, en tant que témoin, pour l’un d’eux. Charles François doit être parmi les plus jeunes enfants du couple, au vu de sa date de mariage.
C’est Baupte qui a donné son nom au Bauptois qui détermine la limite géographique méridionale de la péninsule du Cotentin : une zone de marais inondables l’hiver, traversés par un petit fleuve tortueux riche de nombreux affluents : la Douve. Baupte que l’on écrivait autrefois Balta de « balt » signifiant un « lieu couvert ou entouré d’eaux » était, par le passé, un îlot recouvert de forêt et entouré de rivières et de tourbières. L’activité humaine y remonte au moins à 2500 avant J.-C, comme l’atteste, une barque monoxyle (réalisée d’un seul tenant dans un tronc d’arbre souvent un chêne) découverte dans les marais. Au Xe siècle, il y avait une foire. C’est en ce lieu qu’en 1081, un prieuré fut fondé, à la suite d’un souhait de Guillaume le Conquérant qui en destinait les revenus à l’abbaye Saint-Étienne de Caen. Il a été concrétisé par ses proches : Robert de Mortain, Eude au Chapel, fils de Torsten Haldup, fondateur de l’abbaye de Lessay, Robert de Méautis et Renaud d’Orval. Ce prieuré connu sous le nom de Prieuré du Fresne est devenu le siège d’un archidiaconé et d’un doyenné. Il était très grand, mais il a subi la guerre de Cent ans, la tempête de 1593 et deux incendies, dont celui de 1703, dévastateur.

Quand l’abbaye de Caen n’eut plus assez de moines pour en mettre dans tous ses prieurés, elle y substitua des vicaires perpétuels ou curés à portion congrue, et réunit la baronnie de Baupte à ses autres propriétés. Dès le XVIIe siècle, donc avant la naissance de Charles François, il n’est plus fait mention de prieurs à Baupte ni d’autre taxe que celle du curé. Baupte a perdu de son importance.

Parle-moi de toi, Anne Françoise…
J’ai été baptisée à Lithaire, à 10 km à l’ouest de Baupte, le 23 janvier 1713, nommée par Siméon et Catherine FAUDEMER dont j’ignore s’ils sont de notre famille. Mes parents sont Anthoine BOURDON et Anne LEMOIGNE. Je suis l’aînée d’une fratrie de cinq enfants, deux filles et trois garçons.
Raconte-moi votre mariage…
C’est dans l’église de Baupte, que nous nous sommes mariés, le 26 septembre 1752. Les parents d‘Anne Françoise étaient décédés, tous deux avant 1746, de même que mon père, en 1732. J’avais pour témoins, Gisles et Louis, deux de mes frères et Pierre LESEIGNEUR, mon beau-frère qui est notre ami commun, Anne Françoise était aussi accompagnée par son frère, Pierre François. Le seul qui sait signer est mon beau-frère.

Dédiée à Saint-Martin, ce n’était pas la chapelle du Prieuré qui a disparu mais comme lui, elle dépendait de l’abbaye Saint-Etienne de Caen. Les parties les plus anciennes dateraient du XVIe siècle. Le chœur et la nef sont voûtés en bois et en 1827, elle était encore couverte de chaume.
Parle-moi de vos enfants…
J’ai mis au monde trois enfants, tous nés à Baupte.
- Charles François a vu le jour le 15 août 1753 et il s’est marié, en 1784, avec Marie Anne HAREL.
- Notre cadette est ton ancêtre, Marie Anne, venue au monde le 1er mars 1755 et qui a épousé Jean Baptiste LACHET, à une date que tu n’as pas trouvée et dont j’ai, hélas, perdu la mémoire.
- Notre petit dernier, Jean Baptiste, est né le 16 mai 1757 mais il n’a vécu qu’une heure, à peine le temps d’être baptisé…
Leur fin de vie
À la naissance de leur aîné, Charles François est dit journalier. Dans l’acte ci-dessous, il est dit, sans doute, simple artisan, à la différence de son frère qui est laboureur.
Je n’ai malheureusement pas trouvé quand Charles François est décédé, à Baupte. Tout ce que je sais, c’est qu’à son décès, ses enfants étaient encore mineurs et que son frère Gisles a été nommé leur tuteur principal, mais je n’ai pas trouvé l’acte ni même la date de la tutelle. J’ai juste un acte de transaction du reliquat du compte de tutelle, passé, à Picauville, le 30 décembre 1774, entre Gisles LEGIGAN, tuteur et Charles (François), fils de feu Charles (François), en présence de Thomas LEGIGAN, son oncle et Georges LEMOIGNE, son cousin maternel.


J’avoue ne pas avoir tout compris sur cet acte qui parle de la différence entre deux sommes mentionnées ci-dessus, soit neuf livres dont il semble qu’elle soit due par Charles François, à Gisles, son tuteur. Dommage que je n’ai pas plus d’informations sur la tutelle elle-même.
Quant à Anne Françoise, elle a poursuivi seule sa vie, s’éteignant, à Appeville, le 27 mars 1790, âgée de 77 ans. Elle a donc déménager pour se rapprocher de son fils dont les enfants sont nés dans cette commune. Demeurait-elle chez lui ? Cela n’est pas précisé sur l’acte et son fils n’est pas non plus mentionné à l’inhumation. Bien qu’Anne Françoise ne soit pas citée comme témoin – ce qui est malheureusement souvent le cas des femmes -, elle a sûrement assisté aux mariages de ses deux enfants et a pu serrer dans ses bras, six des sept petits-enfants que je lui connais.
Ma 8ème génération, au cœur de l’Histoire
Ayant moins de choses à raconter sur ces deux ancêtres, les derniers de la 8ème génération de mon quartier manchot, c’est l’occasion de résumer les périodes historiques, traversées par les trente aïeux de cette génération.
Leurs vies s’étalent sur 134 ans, le plus ancien est né vers 1686 et la dernière est décédée en 1820. Treize d’entre eux sont nés sous Louis XIV (1643-1715) et les dix-sept autres sous Louis XV (1715-1774). Quant aux décès, dix ont eu lieu sous Louis XV, onze sous Louis XVI (1774-1791), sept sous la Première République (1792-1804), un sous l’Empire (1814-1814) et un sous Louis XVIII (1814-1824).

C’est difficile d’imaginer comment mes ancêtres ont perçu l’écho de tous les bouleversements de l’Histoire. J’ignore complètement si certains ont été enrôlés dans les armées du roi. Ont-ils eu à souffrir durement du « Grand Hyver », en 1709-1710, dans leur enfance ? Les récoltes de froment, d’orge, de seigle, d’avoine, de sarrasin, de lin et de chanvre ont sans doute été fortement impactées. Et les vaches et brebis, croisées dans les plus belles dots, en ont-elles beaucoup pâti ?
Selon les familles, on a vu que le taux de ceux et celles qui signaient était très variable. En 1698, une ordonnance royale sur l’instruction des enfants est proclamée : les enseignants sont contrôlés par les curés et leur charge salariale est aux frais des habitants. L’école est en théorie obligatoire jusqu’à 14 ans. Mais l’édit restera sans grand effet et sera repris en 1724, seules quelques paroisses étant pourvues d’une école. (1) La Manche n’était pas trop mal lotie, à cet égard. En 1675, 104 écoles de garçons et 32 de filles existaient, mais inégalement réparties dans les 494 paroisses du Diocèse de Coutances. Globalement, plus de 500 écoles y ont été dénombrées entre la fin du XVIIe et la Révolution. Mais dotées de revenus insuffisants ou tributaire de la charité personnelle d’un bienfaiteur, elles ne fonctionnaient souvent que pendant une période limitée. À Picauville, un acte notarié de 1699, évoque la volonté de deux femmes d’établir une école de filles. (2)

C’est Marie Anne FERRIERE qui a eu la longévité la plus longue, 88 ans, née en 1732 et décédée en 1820. À La Bonneville et Varenguebec où elle a vécu, les bouleversements historiques, n’ont pas du provoquer de changements dans sa vie quotidienne. Ce qui a pu cependant avoir un certain retentissement, sur sa famille, c’est au moment de la Révolution, son époux étant alors garde des bois du Duc de Coigny.
Sources
(1) « Contexte, guide chrono-thématique », Thierry SABOT
(2) « La Manche, toute une histoire », Conseil Départemental de la Manche