Guillaume LACHET et Jeanne Gabrielle HOGUET, sosas 156 et 157

Avec ce couple, originaire de La Bonneville, on est toujours au cœur des Marais du Cotentin et je retrouve les difficultés, liées à la grosse lacune dans les registres de cette paroisse.

Extrait de la Carte de Cassini – Géoportail

Heureusement, j’ai pu les découvrir par l’acte de décès, très détaillé de leur fils, Jean Baptiste, mon ancêtre dont je n’avais pas l’acte de mariage et dont je n’ai pu trouver l’acte de baptême. Ses parents sont donc Guillaume LACHET et Jeanne HOGUET.

AD 50 – La Bonneville BMS 1823-1832 – p.101

Guillaume…

À partir de là, en cherchant dans les registres notariés, j’ai pu en découvrir davantage sur Guillaume qui s’est marié trois fois, en passant au moins deux fois devant le notaire. J’ai trouvé aussi plusieurs actes de baux et/ou ventes, le concernant. Je peux ainsi remonter un peu le fil de sa vie. Au vu de ses mariages successifs dont je n’ai hélas pas trouvé le décès des deux premières épouses, il me reste cependant un petit doute car il aurait pu avoir un frère, portant le même prénom. Mais par chance, il signe. Même si les signatures ne sont pas toujours identiques, il me semble qu’elles sont bien de la même main. J’aimerai beaucoup, amis lecteurs, avoir vos retours sur cette comparaison des signatures.

C’est par le contrat de mariage que je suppose être le sien, passé à Picauville, le 26 février 1720, que j’ai découvert qu’il est le fils de Guillaume LACHET et de Gillette LEFRANÇOIS. La future est Marie Anne MAUROUARD, fille de Louis et de Anne MAUROUARD, originaire de Crosville-sur-Douve. Sa dot est estimée à deux cents quatre livres. Le futur apporte « une maison et la moityé d’un jardin potager« . De son côté, seule sa mère est présente.

Le 28 janvier 1732, il est témoin, lors du contrat de mariage, passé à Saint-Sauveur-le-Vicomte, de sa sœur Anne, avec René DELALANDE.

Marie Anne MAUROUARD est-elle décédée peu après leur mariage ? Je n’ai pas trouvé trace de mariage d’un de leurs enfants dont bien sûr, je n’ai pas pu trouver la naissance ou le décès à La Bonneville. Toujours est-il que Guillaume a dû se remarier entre 1723 et 1726. En effet, j’ai trouvé une Marie LACHET, née de lui et de Marie FERET, entre 1724 et 1727, car celle-ci est dite âgée d’environ 25 ans, à son mariage et environ 68 ans à son décès en 1792. Elle se marie à Amfreville, le 13 mai 1752, avec Jacques Simon MAHAUD, après un contrat de mariage, passé à Picauville le 21 avril. Son père lui apporte en dot « 60 livres de rente au denier dix » ainsi que « deux brebis et une vache » et « dans un an, lui donnera trois draps en augmentation de sa dot ». « Et pour meubles la ditte fille s’est déclarée saisie, avoir gagné et assemblé de ses peines corporelles, epargnes et services domestiques… » .

21 avril 1752
13 mai 1752

Puis sa fille s’est remariée, le 27 février 1754, avec François PHILIPPE, à Picauville. Le père est présent et signe.

Je n’ai pas non plus trouvé le décès de sa mère, Marie FERET. Si elle n’est pas dite défunte sur les deux actes de mariage, cela est heureusement bien précisé sur le contrat de mariage de 1752. Mais elle était sûrement défunte depuis plusieurs années…

Son mariage avec Jeanne Gabrielle…

En effet, le 27 mai 1746, Guillaume dont on ne précise malheureusement pas qu’il est veuf, passe un nouveau contrat de mariage, à Picauville, avec celle qui allait devenir mon ancêtre, Jeanne Gabrielle HOGUET, fille de feu Charles et d’Anne LETELLIER, également de La Bonneville. D’elle, je sais juste qu’elle est décédée, le 15 avril 1790, à La Bonneville, âgée d’environ 74 ans. Elle serait donc née vers 1716 et avait environ 30 ans à son mariage, Guillaume devait en avoir au moins vingt de plus, au vu de ses premières noces en 1720. Je n’ai pas trouvé de frère et sœur, à Jeanne Gabrielle mais heureusement j’ai découvert le mariage de ses parents en 1712, car ils ont eu la bonne idée de se marier ailleurs qu’à La Bonneville. Son père est décédé quelques jours avant son mariage et sa mère est présente. Mais étant majeure, Jeanne Gabrielle agit de son propre chef et c’est elle qui apporte sa dot. Les deux témoins ne sont hélas pas de la famille.

« Le dit Guillaume LACHET épousera la ditte fille avec ses droits et pretentions aux successions de ses père et mere auxquels elle declare se reserver et pour ce qui est des meubles la ditte fille a declaré avoir et en estre saysie de ceux qui suivent, pourquoy il a eté dit quil ne sera besoin d’aucun endos ny emargement d’iceux sur la presente pour que la ditte fille pust exercer ses remports ou autrement le cas echeant. »

« Et sont scavoir, un lit de coutil, traversain et oreillers garnis de plume, une serge moitié laine et fil, un tour de lit de toille rayée, douze draps de lit, douze chemises et deux douzaines de menu linge, six habits de meslinge et tierfil de differentes couleurs, un coffre de bois chesne fermant à clef, deux rouets, l’un à fil et l’autre à laine, une marmite de fer, une poille d’airain de huit … …, deux vaches à lait, quatre brebis et une cape de camelot [étoffe à poils longs en laine ou en poils de chèvres], tous lesquels meubles ont eté estimés de valeur cent cinquante livres. »

Extrait du contrat de mariage – AD 50 Picauville 5 E 10746 N°83

Leurs enfants…

Je ne les ai découverts que grâce à leurs mariages, à La Bonneville, et j’ignore donc dans quel ordre, ils sont nés. Et peut-être en ont-ils eu d’autres ?

  • Jean Baptiste, mon ancêtre est né vers 1750, au vu de son âge d’environ 79 ans à son décès. Je ne sais à quelle date, il a épousé Marie Anne LEGIGAN. Il est couvreur en paille.
  • Pierre s’est marié le 24 novembre 1778, avec Jeanne Marie RICHARD. C’est un maçon qui a eu une mort dramatique. Il est décédé, le 18 avril 1794, écrasé sous le pignon qu’il construisait. Il avait alors environ 43 ans et est donc né vers 1751.
  • Françoise s’est mariée, à La Bonneville, le 13 août 1776 avec Pierre MARION. À leur mariage, elle est servante domestique et lui journalier.
  • Marie Anne s’est mariée le 28 janvier 1777, avec Jean MARION qui n’est pas le frère du précédent.

Guillaume, propriétaire terrien…

Nulle part, je n’ai trouvé mention de sa profession mais j’ai retrouvé plusieurs pièces de terre lui appartenant qu’il a soit baillées, soit vendues, en y étant contraint, pour rembourser des sommes, constitution de rente ou fermage, qu’il n’a pas payées. J’ignore, à ce jour, l’origine de ces terres, toutes situées à La Bonneville, mais il avait dû les recevoir en héritage comme la rente foncière ci-dessous, acquise par son père, en 1686 ? Il semble que ce soit la lourdeur des arrérages de cette rente qui l’ont contraint à se dessaisir peu à peu de ses terres ?

Le 14 mai 1731, Guillaume « baille à titre de loyer et ferme pour une durée de trois ans […] à Jean La Cauve […] une piece de terre nature labourable nommée vulgairement Le Penis du contient de quatre vergées ou environ scise aud. lieu de La Bonneville […] pour le prix et somme de vingt sept livres pour chacun an […].

Le 16 mai 1738, Guillaume « a vendu à Anthoisne Julien MAUROUARD, sieur des Mazures demeurant à Auville-sur-le-Vey […] une pièce de terre labourable, scituée audit la Bonneville nommée Les Bougons contenants environ d’une vergée et demye en deux champs a … La ditte piece se consiste et pourporte … et compris les clostures qui y peuvent appartenir, l’une desquelles clostures n’est encore que commencée par un mort fossé que ledit sieur acquéreur fera parachever à droitte ligne suivant le premier … indiqué par le travail que ledit Lachet y avoit déjà fait et fera ravine planté pour se clore contre ledit Lachet qui a encore de la terre joignante vers le couchant et lequel fossé appartiendra audit preneur. Ce qui est dessus vendu jouxte et bute au levant à Louis La Cauve [un de mes ancêtres], au midy, la rüe allant du village de La Vallée à l’église de La Bonneville, au couchant Louis La Cauve et ledit Lachet et au septentrion à Michel … La ditte piece tenüe et relevant de la Seigneurie de la Bonneville a subejtion de droits seigneuriaux. […] La presente vente ainsy faicte par le prix et somme de quatre cent livres, entièrement demeurée aux mains dudit acquéreur pour acquit d’autant de la somme de sept cents livres faisant le capital de vingt livres de rente de la constitution … Lachet par contrat passé devant Riviere notaire à Carentan le vingt et un octobre mil sept cents vingt […] au profit dudit Sieur Mazure Maurouard, lors mineur, pour luy Me Jacques Pigeault son tuteur, par lequel il etoit dit que ledit Lachet emploiroit les dits sept cents livres à faire l’amortissement de plusieurs parties de rente qu’il devoit et feroit mention que la ditte constitution avecq subrogation d’hippoteque recours audit contract avecq pareille obligation d’en certifier par des extraits desdits amortissements devroit etre mis par led. Lachet ainsy que coppies des contacts de creation desd. rentes« .

Extrait du Cadastre napoléonien – AD de la Manche TA 1829



Après avoir été assigné à se présenter, 5 février 1740, devant le notaire pour y faire dépôt de la grosse d’un ancien contrat, Guillaume avait opposé un refus. Mais il se présente le 22 février 1740 et « après avoir pris lecture et communication de certain contract de fieffé d’heritages scituez en laditte paroisse de la Bonneville fait par Francois Touzard fils Jean au proffit dudit feu Guillaume LACHET père dudit comparant moyennant cent sols de rente fontiere passé devant Francois Touzard no(tai)re royal le vingt huit may mil six cents quatre vingt six reconnu par forme de nouveau tittre et gagé sans aucun renforcissement de loy ny … d’hypoteque à l’ancien contract primordial concernant laditte partye de rente les dits cent sols de rente fontiere contenue au susdit contract avec les arrerages dicelle exigibles de droit en deniers ou quittances a quoy ledit LACHET s’oblige à la cauption et obligation tant des fonds baillez en fieffé que de tous les autres biens presents et anciens sans qu’un privilege (?) deroge à l’autre et ce au proffit et benefice de Jean et Francois Touzard fils dudit feu Francois de ladittte paroisse de La Bonneville. A ce presents et aceptants parce qu’il a esté stipullé entre lesdittes partyes que ledit Lachet pourra ramortir touttes fois et quantes lesdites partyes de rente en payant le capital avec prorta lors encourus ainsy que les frais et loyaux couts a l’egard des frais faits depuis ce jour pour avoir le payement des arrerrages de laditte partye de rente »

Le 3 mai 1748, il « a baillé a titre de loyer et fermage pour trois ans entiers […] à Jean Travert, sieur des Croultes, marchand de bois demeurant à Crosville […] une piece de terre de nature labourable, quelques pommiers sur les hayes du contien de deux vergées et demie ou viron nommée Le Genin scituée par(oi)sse de La Bonneville […] et de laquelle le sieur preneur n’a voulu plus ample designation pour en avoir une parfaite connaissance, à charge pour luy de bien et duement graisser et compoter la ditte piece suivant l’usage du pays sans pouvoir couper au fin de bois que ronces et epines pour entretenir la ditte piece de clostures seulement. Et fut le present bail fait outre ce que dessus par le prix et somme de dix huit livres payables par chacun an à pareil jour Saint-Michel. »

Le 16 décembre 1754, il a « vendu au profit et benefice des enfants mineurs de Jean Touzard, présents et acceptants par Maistre René Touzard, leur oncle […], une demie vergée de terre nature labourable qui se trouve attenante à un autre morceau de terre de contenence d’une vergez vers le couchant de la ditte vergée dont ledit Lachet etoit cydevant fieffataire [nom donné à celui, ou à celle qui prend une terre en fief, aux conditions d’en faire une rente foncière et perpétuelle] et en a esté dépossedé fautte de payement de la rente qu’il en devoit par sentence rendüe au siege de ce lieu le vingt et octobre dernier scellée et mise en forme au Bureau de ce lieu le vingt huit. Ce qui ne fait presentement qu’un seul et mesme morceau. »

Il est sans doute question dans cet acte de la même rente foncière que dans l’acte de 1740. Ce dernier acte n’est pas le contrat de vente lui-même mais la lecture qui en a été faite, le 22 mars 1772. Il ne comporte donc pas la signature de Guillaume.

Leur fin de vie

Je ne sais pas quand Guillaume est décédé mais c’est entre le dernier acte ci-dessus du 16 décembre 1754 et le 21 juin 1761. Ce jour-là il est dit défunt, sur le contrat de mariage, passé à Sainte-Mère-Eglise, de son fils Jean, issu de son second mariage avec Marie FERET, ici nommée FEREY. Celui-ci se marie, le 11  juillet, à Saint-Marcouf-de-l’Isle, avec Marie HEUZEY.

Jeanne Gabrielle, plus jeune, lui survivra au moins 29 ans. Elle ne s’est pas remariée puisqu’à son décès, le 15 avril 1790, elle est dite âgée de 74 ans et veuve de Guillaume LACHET. Elle a pu assister aux mariages de tous leurs enfants. Mais heureusement, elle n’aura pas su la fin tragique de leur fils Pierre.

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