
Parle-moi de toi, Joseph Jacques François…
Je suis né, à Picauville, le 19 décembre 1729, porté sur les fonds baptismaux par François MAUROUARD, Sieur du Hommet et son épouse, Marie POUPICHE. Mes parents se nomment Joseph PHILIPPE et Marie Jeanne LELAIDIER. Je n’ai qu’une sœur car j’ai eu le chagrin de perdre mon père, le 2 mars 1733, il avait 31 ans et je n’en avais pas encore 3. Ma maman s’est remariée en 1735 avec Pierre DAVAREND. La famille s’est agrandie avec deux filles et trois garçons. Nous avons tous eu la chance d’atteindre l’âge de fonder une famille. Mon troisième prénom est rarement utilisé.
Marie Françoise…
Je connais bien ses parents, Nicolas DAVAREND et Marie Suzanne FAULLAIN, sa seconde épouse, mais impossible de retrouver sa date de naissance. Les DAVAREND sont implantés depuis longtemps à Picauville et les FAULLAIN sont, au moins depuis quelques temps établis à Chef-du-Pont. Les registres de ces deux paroisses et des communes à l’entour, ont été intégralement relevés pour le Cercle Généalogique de la Manche mais point de baptême de Marie Françoise, alors que s’y trouvent ceux de ses dix demi-frères et sœurs, nés du premier mariage de son père, avec Marie COTELLE, ainsi que ceux de ses deux frères germains, Jean né en 1718 et Antoine, né en 1721 et qui n’a vécu que dix jours. Tout ce que je sais de Marie Françoise, c’est qu’elle a du naître vers 1730, étant dite âgée d’environ 65 ans à son décès en 1795.
Mais j’ai été étonnée par ce que j’ai découvert, dans l’acte de tutelle, du 25 septembre 1739, concernant les enfants mineurs de Nicolas DAVAREND, donc Marie Françoise. Tous les témoins « sont parents paternels et maternels des enfants mineurs dud. feu Nicolas DAVAREND en second lit d’avec la ditte Marie Susanne FAULLAIN sa veuve, au nombre de trois, deux garçons et une fille.«
« Tous d’une voix unanime ont prié et requis ledit Nicolas DAVAREND fils aîné du premier lit et Jean DAVAREND autre fils aîné du second lit de vouloir bien se rendre tuteurs principaux auxdits mineurs moyennant qu’ils les nourriront et les entretiendront suivant leur etat et condition et qu’ils seront tenus de mettre touttes choses en regle […]. » Malheureusement, les prénoms et âges de ces enfants ne sont pas mentionnés. Or, comme pour Marie Françoise, je n’ai pas trouvé de baptêmes pour ces deux garçons, mineurs en 1739, et pas davantage d’actes de décès ou mariage qui auraient pu les concerner. Je ne les ai pas non plus identifiés, comme témoins, au mariage de Marie Françoise et Joseph Jacques ou comme parrains de leurs enfants. Quand et où sont-ils donc nés et que sont-ils devenus ?
Parle-moi de votre mariage…
Nous avons d’abord signé notre contrat de mariage, sous seing privé, le 17 août 1751, entourés de nos deux familles. Nos mères étaient bien sûr présentes et Marie Françoise était assistée aussi par ses deux frères et tuteurs, Nicolas et Jean DAVAREND.

Tu me dis que tu as trouvé notre contrat mais que tu as bien du mal à lire certains mots parce qu’avec le temps, l’encre s’est un peu estompée. Mais tu as pu voir quand même que Marie Françoise a été bien dotée par sa mère et ses grands frères. De quoi bien démarrer dans la vie pour notre jeune couple. Nous avions, tous les deux, quasi le même âge, 22 ans.
« Sa ditte mere luy donne pour sa part de la daute maternelle la somme de six livres de rente au denier vingt et ses dits freres Nicolas et Jean luy donne pour sa part et portions du bien paternelle la somme de douze livres de rente au denier vingt de tout ce qui peut luy apartenir sur les successions de pere et mere et commencera à courrir le jour des espousailles et en cas de raquit, le dict futur espoux declare dès à present en remplacer la dite rente sur tous les biens presents et à venir. Et pour meuble la ditte sa mere luy donne un lit garny de tout les apartenance qui est le lit en cotty garny de plumes avec le traversain et deux oreillers, le tout de plumes, avec une douzaine de taies …, une courtepointe et un … de toille rayée et une douzaine de draps. Plus encore un … et une douzaine de chemises et deux douzaines et demy de coeffes finnes et une douzaine plus commune. Et une douzaine de mouchoirs de colle, deux douzaines de serviettes et une douzaine de tabliers et quatre nappes ; sept abys dont deux de drap et un d’estamine, le reste de droguet ; quatre assiettes, deux plats et une douzaine de cuillieres le tout d’etain, un … …, une armoire de bois de chesne ou trente livres au choix de la ditte fille, un rouet à filer, un …., quatre chaises empaillées. De plus une vache une nourriture d’un an […] De plus ledit Jean Davarend, son frère luy donne deux bercailles … ou bien la somme de seize livres. Le tout a esté estimé par les parents à la somme de quatre cents cinquante livres. »
Beaucoup de parents étaient présents ce jour là et nous avons tous apposé nos signatures.As-tu vu que nos deux mères savent signer.

Et c’est le 29 octobre 1751, que nous avons reçu la bénédiction nuptiale, dans notre église de Picauville. Les noces qui s’en sont suivies ont été très belles, avec tous nos parents et amis. Et enfin, comme notre contrat avait été passé sous seing privé, nous sommes allés le déposer devant le notaire de Picauville, le 6 novembre 1751 et avons attesté devant témoins, que c’était bien nos signatures qui figuraient au bas de l’acte dont le notaire nous a alors remis la grosse. C’est grâce à cela que tu as pu le retrouver dans les registres du notaire.
Parle-moi de vos enfants…
J’ai mis au monde, à Picauville, neuf enfants, quatre filles et cinq garçons, et nous avons eu la chance et le bonheur, que huit aient, au moins, atteint l’âge adulte. C’est si rare ! Mais, hélas, notre petit dernier nous a été repris dans l’enfance.
- Notre aînée est ton ancêtre, Marie Thérèse, née le 28 août 1752 et qui s’est mariée avec François HALGATTE, le 19 novembre 1778. Tu te souviens qu’il leur avait fallu obtenir une dispense de consanguinité car ils sont parents. Tous deux descendent de mon grand-père Philippe DAVAREND.
- La cadette, Anne Jacqueline Françoise, a vu le jour le 18 septembre 1754 et a convolé, avec Pierre DUCLOS, le 27 novembre 1787
- Une troisième fille, Louise Françoise est venue au monde, le 11 juin 1757. Elle s’est mariée, le 15 janvier 1782 avec Jean Philippe DAVAREND. Comme tu t’en doutes, c’est un parent. Ils ont donc dû aussi demander une dispense de consanguinité, étant cousins du 3ème au 4ème degré. Tous deux sont également issus de Philippe DAVAREND. Ils savaient bien qu’ils étaient cousins mais « s’étant fréquentés depuis plus d’un an ils ont conçu l’un pour l’autre une étroite amitié et se sont réciproquement donné la foy et fait promesse de mariage ». Une amitié si étroite qu’un petit Jean Philippe, leur est né, le 22 juillet 1782… Mais c’est une histoire d’amour qui fut bien trop brève puisque notre Louise n’a survécu que cinq jours à la naissance de son fils. Elle est décédée le 27 juillet et le nourrisson, un mois plus tard. Cela a été bien douloureux de perdre ainsi notre fille.
- Puis c’est la naissance de notre premier fils, Jean Baptiste, le 11 septembre 1759. Il a épousé Anne MORIN, le 3 décembre 1793.
- Jacques Joseph est né le 28 mars 1762 et s’est marié avec Anne FOUESNARD, le 14 février 1792.
- Alexis Félix est venu au monde, le 17 juillet 1764 mais il était encore célibataire, quand il décède, à 27 ans, le 26 mars 1792.
- François voit le jour, le 12 mai 1767 et épouse Appolline MORIN, le 29 septembre 1791.
- Notre plus jeune fille, Marie Thérèse est née, le 15 octobre 1769 et a convolé, le 24 juillet 1795, avec François FEREY.
- Et notre petit benjamin, Joseph a vu le jour le 27 octobre 1771 mais nous a été ravi, bien trop tôt, le 30 avril 1782, il n’avait que 10 ans.
Le métier de Joseph Jacques…
Il n’y a que trois actes sur lesquels, il est fait mention de sa profession. Sur leur contrat de mariage, en 1751, il est dit journalier, mais c’est plus un statut qu’un métier. En 1769, au mariage de sa fille, il est laboureur, ce qui ne m’étonne pas car les PHILIPPE, de même que les DAVAREND ont des terres à Picauville. En 1781, sur la dispense de consanguinité de leur fille, il est dit tisserand, ce qui ne me surprend pas du tout, car son père était tisserand. Certes, celui-ci n’a pas pu lui transmettre son métier puisqu’il est décédé quand il avait 3 ans, mais des métiers à tisser figurent, dans l’inventaire après décès de son père. De plus, Joseph Jacques et Marie Françoise ont trois fils qui sont tisserands. Je pense donc que selon les saisons, il était plutôt laboureur ou plutôt tisserand. Je n’ai malheureusement trouvé aucun acte notarié qui m’aurait permis de situer où ils auraient pu posséder ou bailler des pièces de terre.
Leur fin de vie…
Heureusement, grâce aux actes très détaillés de la période post-révolutionnaire, j’ai pu, au moins, situer dans quel hameau ils habitaient à la fin de leur vie. Ce sont ses voisins du hameau de La Vienville qui viennent déclarer que Joseph Jacques y est décédé, le 24 février 1795. Sur l’acte il est dit âgé de 72 ans mais il n’en a que 65.

Le hameau de La Vienville, se situe au bord de la Douve, au sud de Picauville, en face des Moitiers-en-Bauptois. Je suis vraiment ravie d’avoir pu les localiser. Me reste à trouver s’ils étaient propriétaires de cette maison et s’ils en avaient hérité des PHILIPPE ou des DAVAREND.

Joseph Jacques et Marie Françoise sont nés presque la même année, 1729 pour l’un et vers 1730 pour l’autre. Et bien, ils se sont suivis aussi de près dans la mort, puisque Marie Françoise décède, le 24 juin 1795, à La Vienville. Ce sont son gendre, mon ancêtre, François HALGATTE, et Jacques DAVAREND, sans doute, le frère de son gendre Jean DAVAREND qui ont déclaré le décès. Ils sont du même hameau. Ce couple a donc eu 44 ans de vie commune et a été davantage épargné que d’autres par la Grande faucheuse. Un peu plus d’aisance financière a pu favoriser une moindre mortalité de leurs enfants. Hormis pour leur plus jeune fille, ils ont pu assister aux mariages de leurs enfants. Je leur ai découvert treize petits-enfants, ce qui est peu pour sept couples mais je n’ai pas cherché les décès de tous leurs enfants pour savoir si leurs vies de parents avaient été écourtées par des morts prématurées.