François COUPPEY et Ysabeau HEREQUIN, sosas 258 et 259

Avec ce couple, nous quittons la région des marais pour nous rapprocher de Valognes. Cette ville fut depuis le Moyen-Âge et jusqu’au XVIIIe siècle la capitale administrative du Cotentin, ville royale et centre juridique regroupant beaucoup d’offices que se disputèrent les nobles de la région. À partir du règne de Louis XIV, la mode, avec Versailles et la vie de cour, incite les nobles à venir s’établir en ville et c’est à Valognes qu’elle se développera, avec la construction de nombreux hôtels particuliers, ce qui lui vaut le surnom de « Versailles normand ». (1)

François, parle-moi de toi…

J’ai été baptisé, le 7 décembre 1652, dans l’église de Lieusaint, porté par Damoiselle Marie JALLOT. Mes parents sont Henry COUPPEY, fermier à la Magdalene, et Laurence AVOYNE. Je suis le cinquième d’une fratrie de six enfants.

Eglise Saint-Eloi – Wikimedia Commons
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« L’église de Lieusaint occupe l’emplacement d’un très ancien sanctuaire chrétien, attesté à la fois par le nom de la commune (du latin « locus sanctus ») et par la découverte de plusieurs sarcophages du Haut Moyen-Âge, exhumés au XIXe siècle dans l’enceinte du cimetière.
Le patronage de Saint Eloi, ministre de Dagobert, saint dynastique par excellence des rois mérovingiens, est un autre indice de l’ancienneté de cette paroisse.

Le bas-relief au-dessus de la porte latérale date du XVIe siècle représente la forge de Saint Eloi. Le saint est assis à gauche en train de ferrer un cheval dont un apprenti tient la jambe. À droite, son fils Oculi actionne le soufflet pour activer le feu et faire rougir le fer. Sous la table centrale l’enclume, un calice rappelle qu’il était aussi orfèvre.  » (2)

Parle-moi de toi, Ysabeau…

Je suis née le 25 mai 1657 et ai été portée sur les fonts baptismaux de l’église d’Alleaume, par ma tante paternelle qui m’a donné son prénom mais on m’appelle souvent Elizabeth. Je suis la fille de Martin HEREQUIN et de Françoise MARIE. Nous sommes huit enfants et je suis l’avant-dernière.

« Alleaume dont le nom est l’altération de Alauna a un riche passé historique dont mes ancêtres ont pu avoir connaissance. Située dans la moitié nord de l’ancien territoire des Unelles, peuple gaulois mentionné par César dans la Guerre des Gaules, les vestiges d’Alauna reposent aujourd’hui, à quelques centaines de mètres de Valognes, sur le plateau bordant la rive sud de la vallée du Merderet. Identifiée depuis la fin du XVIIe siècle par l’intermédiaire de ses principaux monuments, thermes et théâtre, l’agglomération antique d’Alauna s’étend sur une surface de plus de 45 hectares, entièrement préservés sous des prairies. » (3)

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Sur le site du moulin d’Alleaume, il a été découvert une fosse dépotoir ou tessonnière (jatte, coupe polybolée, pichet/cruche, marmite à anses coudées, etc.) datée des XIIIe – XIVe siècles, laissant supposer une activité potière à proximité. En 1867, la commune a été absorbée par Valognes dont elle n’est plus qu’un hameau. (3)

Leur mariage…

Je n’ai pas trouvé leur mariage qui a sûrement eu lieu à Flottemanville-Bocage, en 1689, ce que je sais heureusement grâce à la découverte de leur contrat de mariage, passé à Valognes, le 31 mai 1689, sur lequel il est précisé que les deux familles sont de Flottemanville, paroisse dans laquelle il y a, hélas, une lacune dans les registres entre 1689 et 1693.

AD 50 – Valognes Notariat 5 E 14646


J’ai eu un peu de mal à déchiffrer/comprendre certains mots mais je pense que l’essentiel y est. « A esté donnez d’honneste famme Françoise MARIE, v(eu)ve de Martin HEREQUIN heritiere en sa partie de feu Pierre MARIE, de Ma(istres) Guillaume et Louis HEREQUIN, ses fils avec led. brevet (?) qui en … Et premierement pour part et portion de l’heritage tant de pere que de mere, Guillaume et Louis lesd. freres luy ont donné la somme de cent cinquante livres paiables en dix huit mois scavoir cinquante livres aux jours des epousailles et les autres cent livres dix huit mois … en suivant les jours des epousailles. Et pour don mobille la somme de cent livres dont lad. fille est … tant en argent que mate… …, un coffre bois chesne fermant à clef, un rouet et un escabeaux, un lit garny de plumes, traversain et …, une sarge à haute lisse de couleur avec un siel de lit gris, une douzaine et demy de serviettes …, dix draps de lit et autre linge à son usage …, un abit de serge de … noir avec les autres abits de son filage dont elle est saisie. […] Jacqueline Herequin, la sœur de lad. epouse […] a donné à lad. sa sœur deux vaches tel quelle …à naistre, laquelle promet bailler aux jours des epousailles. De plus Maistre Guillaume Cauvin a donné à lad. epouse sa soeur [sa belle-soeur] deux plats d’etain. »

Les futurs époux ne sont pas tout jeunes, lui a 37 ans et elle 32. Ils sont bien entourés par les deux familles. Les pères sont décédés mais les mères sont bien présentes. Du côté de François, il y a aussi son frère Guillaume et ses oncles, par alliance, Hervé LECHEVALIER et Jacques COQUOIN. Elizabeth est assistée par ses deux frères, Guillaume et Louis et sa sœur Jacqueline ainsi que par ses oncles par alliance, Georges CAUBIERE et Pierre CAUVIN. La plupart de ces témoins sont dits Maîtres et plusieurs ont des signatures élégantes alors que celle de François est encore hésitante et qu’Elizabeth et ses frères de même que les mères des futurs marquent.

Leurs enfants…

Je leur ai découvert trois filles, nées à Flottemanville-Bocage.

  • Catherine est née vers 1691, je n’ai donc pas pu trouver son baptême. Mais je sais qu’elle s’est mariée, le 21 juin 1735, avec Jacques LESAULNIER, à Flottemanville-Bocage où elle est décédée, le 4 février 1771, âgée d’environ 80 ans.
  • La cadette est mon ancêtre Louise Marguerite, née le 21 août 1695 et mariée avec Jean FRERET dit Clainville, le 21 juillet 1722, à Picauville.
  • Marie est née le 27 mars 1697.

Et s’ils n’ont pas eu d’autres enfants, c’est bien tristement, parce qu’Ysabeau est décédée, le 20 avril 1697, moins d’un mois après la naissance de leur benjamine, sans doute des suites d’un accouchement difficile. Elle a été « enterrée dans la nef de l’église derriere le banc de Monsieur Lepelletier au bout de l’allée ». Elle est dite âgée de 34 ans mais elle en avait 39.

Je ne sais pas ce qu’est devenue la petite Marie n’ayant trouvé ni son décès ni son mariage. Mais j’espère qu’elle a survécu au décès de sa maman et que c’est elle qui signe au mariage de sa sœur aînée.

François poursuit son chemin…

J’ai d’abord cru que François s’était remarié, faisant confiance à plusieurs arbres sur Geneanet qui, sans avoir trouvé l’acte de mariage, le mentionne comme marié avec Françoise FOLIOT avec qui il aurait eu dix enfants, à partir de 1716. J’ai donc mené une enquête plus approfondie en recherchant tous les actes concernant les enfants de ce couple. La première incohérence, c’est que les deux derniers enfants qui leur sont attribués sont née en 1732 et 1736, alors que François est décédé en 1731 ! Et en lisant attentivement les actes, j’ai découvert, par trois fois, que le père et époux de Françoise FOLIOT est appelé François COUPEY le Jeune.

Certainement pour le différencier, d’un autre François, sûrement le mien, car je n’en ai pas trouvé d’autres, à Flottemanville, à cette époque. Françoise FOLIOT est décédée, le 8 janvier 1763, âgée d’environ 75 ans, donc née vers 1688. François COUPEY le Jeune est sans doute celui qui est décédé, le 28 janvier 1757, âgé d’environ 80 ans et donc né vers 1677. Il se peut bien qu’il soit né le 6 avril 1678, à Morville, village voisin, fils de Guillaume et de Barbe NEHOU. La différence d’âge de neuf ans avec Françoise FOLIOT est quand même beaucoup plus cohérente que celle de trente six ans, entre l’âge de celle-ci et celui de François COUPPEY, veuf d’Ysabeau HEREQUIN.

Je suis donc certaine que mon François ne s’est pas remarié avec Françoise FOLIOT. Je n’ai pas trouvé d’autre mariage, à Flottemanville-Bocage ou de contrat de mariage, à Valognes, qui aurait pu le concerner. Il est décédé le 6 octobre 1731, âgé de 79 ans. Malheureusement il n’est pas précisé s’il est marié ou veuf. Donc savoir s’il s’est remarié reste une question. Comme Ysabeau, il a été inhumé dans l’église de Flottemanville-Bocage, « au bas des bancs du cotte de l’evangille vis à vis les fonts ».

Il a été témoin au mariage de sa seconde fille, mon ancêtre, Louise Marguerite avec Jean FRERET dit Clainville et a sans doute pu serrer dans ses bras quatre de leurs enfants, bien qu’il y ait 13 km entre Flottemanville et Picauville où ils sont nés. Mais le plus jeune, Jacques dont je descends, n’a pas connu son grand-père.

Je ne sais quel était le métier de François et je n’ai pas, à ce jour, trouvé d’actes d’achat ou de vente le concernant, ni d’inventaire après décès, pour lui ou pour Ysabeau. Mais je pense que le couple n’a pas souffert de conditions financières trop difficiles. Son père était fermier et on a vu que ses deux frères, témoins à son mariage sont dits Maîtres, de même que les frères de son épouse. Leurs inhumations dans l’église est aussi un signe qui permet de penser qu’ils font partie des notables du village. Je ne désespère pas de trouver d’autres actes notariés qui me permettraient d’en savoir plus sur eux mais le notariat de Valognes étant très important, la recherche sera sûrement très longue…

Leurs patronymes…

Suivant les actes, COUPPEY est écrit aussi COUPEY et HEREQUIN parfois HENNEQUIN. J’ai adopté l’orthographe des signatures de leur contrat de mariage. Le nom de François le Jeune est par contre, le plus souvent écrit COUPEY.

Sources

(1) Valognes, Wikipedia

(2) Eglise Saint Eloi de Lieusaint

(3) Agglomération antique d’Alauna,

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