Nicolas ADAM et Marguerite JACQUETTE, sosas 540 et 541

Avec ce couple, nous revenons à Picauville et plus précisément au bourg de Pont Labbé, le cœur vivant et commerçant de la paroisse.

Extrait de la Carte de l’Etat-major 1820-1866 – cartes-gouv.fr

Nicolas

Il est le fils de Gilles ADAM et de Marguerite FRERET et a été porté sur les fonts baptismaux, le 22 décembre 1700, par Nicolas YON, écuyer, Sieur du Manoir, cousin de son grand-père maternel et par Catherine PHILIPPE, son épouse. Il est le quatrième d’une fratrie de huit enfants dont le benjamin n’a pas pu être serré dans les bras de leur père, décédé deux mois avant sa naissance, le 4 février 1711. Nicolas n’a que 10 ans. Sa mère se remarie, en 1715, avec Nicolas DOREY, laboureur.

Marguerite

Elle a vu le jour, le 27 décembre 1696, fille de Jacques JACQUETTE et de Marguerite PISMONT, entre deux aînés et une benjamine. Mais de nouveau, voilà un père qui ne connaîtra pas sa petite dernière, née aussi deux mois après son décès, le 13 mars 1698. Il a 30 ans, Marguerite n’en a que 2 et elle n’a que 15 ans quand sa mère meurt à son tour, le 5 avril 1711. La vie commence bien durement pour elle.

Leur mariage

Avant de pouvoir se marier, ils ont dû demander une dispense de consanguinité car, lors de la publication des bans, ils ont été avertis qu’ils étaient cousins du troisième au quatrième degré.

Leur ancêtre commune est Jacqueline LARGEMAINS qui s’est mariée en premières noces avec Jacques FRET dont descend Marguerite et s’est remarié avec Jean ADAM, l’arrière-grand-père de Nicolas comme en ont témoigné, Jean LEPETIT, batelier, cousin de la suppliante, François LEGOUEST, sieur de Préfontaine, chirurgien, ayant « dit que la suppliante était servante chez lui » et que « les suppliants sont pauvres étant tous deux domestiques« , Nicolas DOREY, beau-père du suppliant et Jean JACQUETTE, âgé de 34 ans, batelier, frère de la suppliante.

« Nicolas Adam, âgé de 24 ans a dit qu’il y a près de deux ans qu’il recherche lad. Marguerite jusques à ce que les bans dud. mariage ayant été publiés, qu’on les en a advertis et qu’il ne pouvait pas se désister de sa promesse à cause de l’estroite amitié qu’il a contractée pour lad. Jacquette sans que cela luy apportat un prejudice notable. »

« Marguerite Jacquette âgée de près de 28 ans a dit qu’il y a bien deux ans qu’elle est recherchée par Nicolas Adam pour estre sa femme […] et qu’elle ne pouvait pas se désister de sa promesse à cause de son âge et de l’amitié qu’elle a concüe pour led. Adam. »

La dispense leur a été accordée le 2 août 1724 et ils se sont mariés, à Picauville, le 7 août. Les parents de Marguerite et le père de Nicolas étaient donc décédés. Ils ont eu pour témoins, Julien et Anthoine ADAM, frères de Nicolas, Jean JACQUETTE, frère de Marguerite et François LEGOUEST. Marguerite est la seule à ne savoir signer. La mère de Nicolas ne signe pas alors qu’elle sait très bien. Etait-elle néanmoins présente ?

AD 50 – Picauville BMS 1723-1726 – p.27

Leur fille unique

Ils n’ont eu hélas qu’une seule fille, mon ancêtre, Anne Marguerite, née le 30 octobre 1725 et qui s’est mariée, le 4 août 1744, avec Jacques Antoine MARION. Elle n’a guère eu le temps de connaître son père, Nicolas s’est éteint, le 13 août 1726, âgé de 26 ans, laissant Marguerite dans la tristesse et le dénuement.

Un inventaire qui interroge

Le 6 septembre 1726, « à la requête de Marguerite Jacquette, vve de Nicollas Adam, en son vivant bourgeois boucher dudit lieu de Pont Labbé », ses biens sont répertoriés. Cet inventaire m’a interrogée. Sur la dispense, François LEGOUEST, le disait domestique et le voilà, deux ans après, bourgeois et boucher. Sa famille faisait sûrement partie des notables de Picauville. En effet, le partage, en 1764, de l’héritage de sa mère dont Anne Marguerite, leur fille, mon ancêtre a reçu sa part, était conséquent. Son frère Antoine était marchand boucher et son frère Martin, laboureur. Par contre son inventaire après décès est bien maigre, ressemblant plus à celui d’un journalier ou d’un domestique qu’à celui d’un bourgeois et l’on n’y voit nulle trace de son éventuel métier de boucher, sans doute n’a-t-il guère eu le temps de l’exercer ou apprenait-il ce métier, chez son frère ? J’ai été étonnée aussi de constater qu’il n’y avait personne de la famille de Nicolas ; étaient présents, Jean JACQUETTE, frère de Marguerite et Thomas LOQUET, l’époux de leur sœur.

« Dans la salle de lad. maison avons trouvé un lict et traversein et oreiller de coutil … de …, deux draps et une couverture de fil et laine et un tour de lit de fil en oeuvre, un vieux coffre de bois de chesne fermant à clef dans lequel ayant été ouvert par lad. v(euf)ve s’est trouvé trois chemises à usage dud. deffunt et quatre à l’usage de lad. v(euf)ve, … draps de toille, trois serviettes et quatre linges et habits de lad. veufve, un petit viel escrin de bois de chesne fermant à clef dans lequel ne s’est rien trouvé, trois vieilles tables de plusieurs bois et quatre bancs, deux chaises de bois et une de paille, un petit chaslit à coucher un enfant, deux vieilles vestes, l’une de coton et l’autre de … fil, une paire de culotte de meslinge, une paire de bas de laine à l’aiguille, une vieille paire de souliers et un bonnet. Une petite marmite, une cuillier à pot, un petit chaudron d’airain…, deux petits bassins d’airain à couvercle de fer, une escuelle, une assiette et une chopine d’estain, un gril de fer et un vieux … d’airain, une hache, une serpe, un truble [bêche] et un sac à passer farine et un bingot [récipient en métal] à sarrasin, un vieux … de … et trois petits barils de chacun vingt pots. Une petite vache à lait. Et a lad. v(euf)ve declaré qu’elle ne cognoist autres meubles, lettres ny effects apartenants à lad. succession […]. Lesd. meubles ont esté par nous estimez, pour l’absence du priseur vendeur de ce adverty, à la somme de soixante livres. Et a lad. v(euf)ve declaré n’avoir aucunes lettres ou papiers, son contrat de mariage estant demeuré aux mains du feu s(ieu)r de Bellisle Lefauconnier qui les avoit et la mere dudit deffunt ayant esté sa tutrice ne luy ayant rendu conte ny mis aucune lettre aux mains en saouf et sans prejudice des droicts et des prectentions de lad. veufve sur ladite succession.« 

Nicolas et Marguerite ont donc passé un contrat de mariage mais sans doute sous seing privé, car je n’en ai pas trouvé copie dans le notariat de Picauville. Les dernières lignes me paraissant énigmatiques, j’ai demandé de l’aide sur le forum de Genea50 et voici ce qui m’a été expliqué. Lors du mariage de Nicolas et de Marguerite, il a été établi un contrat de mariage (comprenant probablement un dot de mariage sous forme de rente à prendre sur les parents ou les frères de Marguerite). Les parents de Marguerite étant décédés, c’est son frère Jean qui a dû signer le contrat et n’a sans doute pas pu honorer le versement de la rente. Ce contrat de mariage a été (probablement) cédé à Jacques LEFAUCONNIER, sieur de Bellisle moyennant finances pour que celui ci se fasse payer la rente par les débiteurs. J’ai pu identifier le sieur de Bellisle, il s’agit de Jacques LEFAUCONNIER, officier de S.A.R. Madame la Duchesse d’Orléans, décédé le 13 janvier 1726. Mais je n’ai trouvé aucune trace d’une telle transaction dans le répertoire du notariat de Picauville. La difficulté pour Marguerite, c’est que le contrat de mariage lui conférait sûrement des droits en cas de veuvage, droit de récupération des meubles, droit de douaire. Mais hélas elle n’en a plus aucune preuve. Par ailleurs, Marguerite FRERET, la mère de Nicolas a été sa tutrice. Cependant elle n’a pas rendu comptes de sa tutelle à son fils et ne lui a transmis aucun titre ni papiers provenant le la succession de son père.

Le remariage de Marguerite

Elle épouse en secondes noces, le 12 février 1732, René LEROUX, laboureur, fils de Michel et de Marguerite LACAUVE. Marguerite a 36 ans, son époux en a 24. Entre ses deux mariages, j’ai été heureuse de découvrir que Marguerite avait appris à écrire son nom. Elle est accompagnée par Nicolas PISMONT, son oncle maternel et par Julien et Anthoine ADAM, les frères de Nicolas.

Ils ont eu trois enfants, très rapprochés.

  • Marie Anne Marguerite a vu le jour, le 11 février 1733 et s’est marié avec Charles NAVARRE, le 11 janvier 1752 et se remarie en 1764 avec Jean François LEPORTOIS.
  • Marguerite Thérèse est née, le 2 avril 1734 mais je ne sais ce qu’elle est devenue.
  • Jean est venu au monde, le 11 avril 1735 et a épousé Jeanne Félix LEPORTOIS, le 7 octobre 1758.

Mais une nouvelle fois, ces petits ont bien peu connu leurs père. René s’est éteint le 18 avril 1737, il n’a que 29 ans…

La fin de vie de Marguerite

Après une vie marquée par tant d’épreuves et de chagrins, Marguerite a poursuivi seule, son chemin, pendant trente et un ans, puis décède à son tour, le 5 mai 1768, âgée de 71 ans. Elle a pu assister aux mariages de ses trois enfants et même au remariage de l’une d’elle et a pu serrer dans ses bras, onze des douze enfants de sa fille aînée, Anne Marguerite, mon ancêtre et les quatre enfants de son fils, Jean qui ont tous vécu à Picauville.

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