
La grande particularité de ce couple, c’est de nous faire beaucoup voyager, au fil des actes. On est toujours dans la région des marais du Cotentin mais la zone où ils ont navigué s’étend, sur environ 40 km, du Bauptois aux portes du Calvados.

Leur mariage
C’est par là que je vais commencer leur histoire car quand je commence cet article, c’est la seule information sûre, les concernant. Siméon et Françoise ont célébré leur mariage, dans l’église de Saint-Pellerin, le 12 septembre 1688. Ce sont les seuls de mes ancêtres qui sont dans ce coin de la Manche.

L’église date du 13e siècle et le clocher du 18e siècle. Elle est remarquable pour ses lancettes (ces vitraux très allongés) et pour son clocher de pierre en forme de cloche surmonté d’une croix de fer forgé que mes ancêtres n’ont pas connu.
Hélas on ne peut lire le prénom du père de Siméon, caché dans le pli du registre et la filiation de Françoise n’est pas non plus mentionnée. Mais heureusement son frère Jacques est témoin, demeurant à Saint-Pellerin. On voit aussi « la marque de lad. GISLOT mère » qui n’est pas nommée dans le corps de l’acte. Est-elle la mère de Françoise ou celle de Nicolas ? Je ne vois pas de liens avec les autres témoins.

Françoise
Je suis donc partie à la recherche, à Saint-Pellerin, d’un Jacques LINET dont peut-être la mère se nomme GISLOT. Une chance pour ma quête, le patronyme LINET (LINNET/ LINNE) est très peu présent dans les nombreux relevés du CG50. Et, hormis ce mariage, je ne trouve qu’une seule occurrence pour Saint-Pellerin, le décès d’un Jean LINET, le 6 mai 1691 et l’inhumation a lieu en présence de… son fils Jacques ! Détail intéressant, il est inhumé dans la nef de l’église, laissant à penser que c’est un notable de la paroisse.

C’est tentant d’adopter ce Jean comme père de Françoise. Mais j’ai préféré, auparavant, chercher d’autres informations sur ce Jacques LINET, fils de ce Jean. Je découvre sur la paroisse voisine de Beuzeville-sur-le-Vey, le mariage, le 13 novembre 1691, de Jacques LINET, fils de défunt Jean et de… Diane GILOT, avec Jeanne PIERRE. Françoise, sa sœur, est donc fille de Jean LINET et de Diane GI(S)LOT. Jacques décède, à Beuzeville-sur-le-Vey, le 24 mai 1712, âgé d’environ 46 ans, donc né vers 1666. Comme son père, c’est dans l’église qu’il est inhumé, comme l’ont été aussi ceux de ses fils dont j’ai trouvé le décès. Diane GISLOT est sûrement décédée, le 16 juin 1710, à Beuzeville-sur-le-Vey, bien que sur l’acte, elle soit prénommée Marie, car son fils Jacques est présent. Elle est âgée d’environ 100 ans et serait donc née vers 1610 ! Mais elle n’a pas eu les mêmes honneurs que son mari, son fils et ses petits-fils, c’est dans le cimetière qu’elle est inhumée…

Leurs enfants
Leurs quatre enfants sont tous nés dans des lieux différents ! Peut-être en ont-ils eu d’autres ailleurs…
- Catherine est née le 30 mai 1689, à Brévands et a été portée sur les fonts baptismaux par Catherine LINET et Guillaume ROUY. Voilà qui est intéressant. Je la perds de vue ensuite.

L’église Saint-Martin de Brévands est un édifice dont les origines remontent à la 1re moitié du XIIe siècle. Elle adopte un plan en croix latine, typique des petites églises du Cotentin. Elle contient de nombreux éléments d’architecture de la fin de l’époque romane. Une crypte que mes ancêtres ont sûrement connue a été découverte sous le chœur et des peintures murales datant du 14e siècle décorent les parois .
- Nicolas, mon ancêtre, est né, en 1691, à Carquebut et son acte de baptême apporte une information intéressante. « Du vingt et uniesme d’octobre mil six centz quatre vingt onze fut par moy prêtre soubz signé, baptisé un fils né du mariage de Simeon ROUIX et de Françoise LIGNET de la paroisse d’Orglandes depuis peu habitantz en cette paroisse et fut nommé Nicolas par Marie LEPARQUIER ».

L’édifice est un bâtiment gothique, de grande taille, construit en moellons de calcaire. L’ensemble est composé d’une grande nef et d’un grand chœur datés de la fin du 13e ou du début du 14e siècle, et de trois chapelles latérales du 15e siècle. Elle était sous le patronage de la Sainte-Chapelle de Paris.
- Jacques a vu le jour, le 13 avril 1699, à Carentan. Son père est dit absent. Où était Siméon ? Son parrain est Jean LETREY et sa marraine Adrienne GISLOT, sûrement une parente mais que je n’ai pas retrouvée dans les relevés. Je ne sais ce qu’il est devenu.
- Michel est né vers 1703 mais où ? Peut-être à Vindefontaine d’où il est dit originaire à son mariage, le 11 avril 1752, aux Moitiers-en-Bauptois, avec Susanne QUESNELLE.
Siméon
Je ne connaissais rien de lui, ni ses parents, ni ses frères et/ou sœurs, ni son métier, ni son décès… Mais grâce à l’un des actes de baptême de Nicolas, j’ai donc appris qu’il est originaire d’Orglandes.

J’ai ensuite cherché à identifier ce Guillaume ROUY, le seul témoin ou parrain, porteur du patronyme, pour tenter de trouver un lien de parenté avec Siméon. Le patronyme ROUY, écrit aussi ROUI/ROUIT/ROUIX est peu fréquent dans la Manche. Dans les relevés du CG50, j’ai trouvé deux Guillaume ROUY, tous deux… d’Orglandes et tous deux mariés avec deux sœurs NEHOU ! Sur la plupart des arbres Geneanet qui les mentionnent, les deux ne font plus qu’un avec une épouse portant les deux prénoms, Jeanne et Louise… Voilà un sac de nœuds comme je les aime, et qui finalement c’est avérée simple à démêler, grâce à un précieux indice, l’un à une belle signature et l’autre marque. Et en lisant attentivement les actes de mariage des deux Guillaume, l’un en 1702 et l’autre en 1705, et de baptême de leurs enfants respectifs, j’ai réussi à démêler l’écheveau : l’un est l’oncle de l’autre, c’est clairement écrit sur l’acte de mariage du 13 juin 1705, de Guillaume ROUY et Jeanne NEHOU.


Bien sûr, cela interroge un peu, cet oncle et ce neveu qui épouse, à trois ans d’intervalle, deux sœurs. Sans doute s’agissait-il d’un remariage pour celui qui se marie avec Jeanne, en 1705 ? J’ai trouvé le fragment d’un autre acte de mariage qui pourrait aussi le concerner, le 3 juillet 1663, à Orglandes, il est question d’un Guillaume fils de François ROUY qui épouse une demoiselle dont on ne peut lire le nom.

Il est fort probable qu’il s’agit du même Guillaume, bien qu’il aurait eu environ 60 ans à son remariage avec Jeanne NEHOU, âgée de 29 ans. Qu’il y ait eu un autre Guillaume, fils d’un autre François, serait quand même surprenant ! En tous cas, Guillaume ROUY, parrain de Catherine est bien celui, fils de François qui marque en 1705. Et il est sûrement un proche parent de Siméon, puisqu’il a parcouru 31 km d’Orglandes à Brevands pour venir au baptême !
Dans la famille ROUY d’Orglandes, je me suis aussi intéressée à Michel ROUY, marié à Jeanne ROUBELOT, parents d’un garçon en 1669 et d’une fille en 1673 dont Guillaume, fils François est le parrain. Celui-ci m’intéresse d’autant plus qu’il y a un Michel ROUY, décédé aux Moitiers-en-Bauptois, le 4 janvier 1697 dont on ne sait rien de plus. Ce peut bien être lui d’autant qu’à Orglandes, je n’ai pas vu de ROUBELOT, alors que ce patronyme est bien implanté aux Moitiers. J’avais d’ailleurs envisagé que celui-ci puisse être le père de Siméon et parrain de Michel, benjamin de Siméon et Françoise dont je n’ai pas trouvé la naissance mais qui est dit à son mariage, originaire de Vindefontaine qui jouxte les Moitiers où il est d’ailleurs décédé, en 1753.
J’ai croisé aussi une Catherine ROUY, épouse de Jean TARDIF, décédée en 1669, à Orglandes, sans doute une fille de François, présent à son décès. Certes cette descendance de François ROUY et Catherine FAGNEN que j’ose insérer dans mon arbre, n’est qu’une hypothèse, sans doute impossible à confirmer, mais qui me parait d’autant plus plausible que s’y rattachent tous les ROUY, trouvés à Orglandes et qui ont manifestement des liens entre eux. Ce qui voudrait dire aussi qu’auparavant, ils venaient d’ailleurs…

Mais lequel est le père de Siméon ? Au vu des dates, il serait un petit-fils de François. Mais j’hésite entre deux filiation, Guillaume, parrain de leur aînée et sa première femme ou Michel qui porte le même prénom que leur benjamin et Jeanne ROUBELOT.
Mais pourquoi déménageaient-ils tout le temps et que sont-ils devenus?
C’est sûrement du fait de la profession de Siméon que j’ignore. Il pourrait être journalier mais je ne crois pas que les journaliers se déplacent aussi loin, en emmenant leur famille. Et puis ce serait un peu étonnant, ce mariage entre un journalier et une fille de notable, comme l’était Françoise. Je me suis dit qu’il faisait peut-être le même métier, savetier puis cordonnier, que son fils, Nicolas, métier qui peut être itinérant. Et puis j’ai pensé aux meuniers qui bougent souvent, allant d’un moulin à un autre. Deux indices intéressants vont dans ce sens. Le premier c’est que le père de Jeanne et Louise NEHOU, épouses des deux Guillaume, est meunier. Le second, c’est que, sur la Carte de Cassini, hormis à Carentan, sur tous les lieux où la famille est passée, il y a un moulin à vent sauf à Orglandes où c’est un moulin à eau. Mais bon, je ne saurai sans doute jamais quel était le métier de Siméon… à moins que j’arrive un jour, à retrouver son décès.
Je sais juste que Siméon et Françoise ont dû décéder entre 1716 – ils ne sont pas dits feux au mariage de Nicolas – et 1752 – ils sont défunts à celui de Michel. Pourquoi sont-ils introuvables alors que ce sont des années où il y a, la plupart du temps des registres qui ont été dépouillés par le CG50 ?
Je n’ai pas davantage trouvé d’actes notariés les concernant. Quand, ils sont dans le sud, ils auraient pu aller chez un notaire de Carentan ou d’Isigny-sur-Mer mais il n’y a aucun registre ancien pour ces deux notariats. Pour Orglandes et Carquebut, je n’ai rien trouvé à Picauville, je pourrai tenter dans le notariat de Sainte-Mère-Église mais c’est difficile car il n’y a pas de répertoires en ligne…