
Parle-moi de toi, Denis…
Je suis né le 22 novembre 1693, aux Moitiers-en-Bauptois, porté sur les fonts baptismaux par Denis LEROUX, je ne sais si nous avons un lien de parenté mais c’est un de tes ancêtres. Mes parents sont Thomas MARGUERIE et Marie Marguerite MESLIN. Je suis leur 4ème et dernier enfant, venue au monde après trois filles dont deux jumelles.

Parle-moi de toi Marie…
J’ai vu le jour le 4 avril 1685, à Varenguebec, fille de Guillaume RICARD et de Magdeleine SEHIER, tous deux journaliers. Ma marraine est Marie SEHIER, sûrement une parente de ma mère et mon parrain, Laurent CARRABY. Je suis la troisième d’une fratrie de sept enfants.
Raconte-moi votre mariage…
C’est le 8 octobre 1716 que nous nous sommes unis par le mariage dans l’église de Varenguebec, dédiée à Saint-Martin. Mes parents et mon beau-père étaient hélas décédés. Marie était assistée par ses frères, Gabriel et Jacques, et j’ai eu pour témoin, mon beau frère, Gilles SEHIER, époux de ma sœur Jeanne. J’ignore si ce dernier avait également un lien de parenté avec Marie, par sa mère. Comme tu le vois, aucun de nous de sait signer.

Parle-moi de vos enfants…
Après notre mariage, c’est aux Moitiers-en-Bauptois que nous avons fondé notre famille. Mais j’ai une grand tristesse au cœur pour te parler de nos chers petits, car si j’ai mis cinq enfants au monde, un seul a atteint l’âge adulte…
- Thomas est né le 30 janvier 1717, porté sur les fonts baptismaux par ma petite sœur, Charlotte, mais nous a été repris le 27 mars 1720, âgé de 3 ans.
- Thomas, ton ancêtre, a vu le jour le 15 janvier 1721 et a épousé Jeanne LERAMEY, le 14 mai 1743. Nous avons été heureux de pouvoir les marier et de connaître nos six petits-enfants.
- Pierre est venu au monde le 10 juin 1724 mais lui n’a pas pu assister aux noces de son frère car il s’est éteint, à 18 ans, le 9 février 1743.
- Nos deux benjamin·es auxquels nous avions donné nos prénoms, Marie et Denis, sont nés, le 28 avril 1728. Sans doute fragilisés par leur gémellité, leurs vies ont été trop courtes. Marie est décédée à 5 mois, le 20 septembre 1728 et Denis a rejoint sa sœur, le 3 avril 1733, âgé d’à peine 5 ans.
Leur fin de vie…
Je n’ai trouvé aucun acte notarié les concernant qui m’aurait peut-être permis de connaître le métier de Denis qui n’est pas non plus mentionné, sur son acte de décès. C’est après quarante ans de vie commune que Marie s’est éteinte la première, le 20 mars 1756, âgée de 70 ans. Denis a poursuivi seul son chemin, pendant douze ans, avant de décéder le 18 novembre 1768, âgé de 80 ans.
Dans quel monde ont-ils vécu ainsi que tous ceux de leur génération ?
Ayant moins de choses à raconter sur ces deux ancêtres de la 9ème génération de mon quartier manchot, c’est l’occasion de résumer les périodes historiques, traversées par les cinquante-huit aïeux de cette génération que j’ai retrouvés. Il m’en manque six que je n’ai pas encore réussi à dénicher.
Je suis toujours étonnée de voir qu’une même génération pouvait s’étendre sur de nombreuses années. Au vu des dates de naissance et décès que j’ai pu retrouver, leurs vies s’étalent sur 144 ans, le plus ancien est né vers 1643 et la plus jeune en 1717. Tous sauf cette dernière sont nés sous Louis XIV (1643-1715). Le premier décédé l’a été en 1717 et la dernière en 1787. Trente-neuf décès ont eu lieu sous Louis XV (1715-1774) et quatre sous Louis XVI (1774-1791). Aucun n’ont connu la Révolution.
Voyons ce qui a pu impacter plus localement leur quotidien. « Vers 1640, l’actuel département de la Manche, apparaît comme un territoire densément peuplé dont les habitants sont groupés en très petites communautés. la population subit plusieurs dépressions entrecoupées de reprises : crises de subsistance liées à une série d’années froides et humides vers 1650, mortalités des années 1670, disettes des années 1690, violentes épidémies vers 1700-1708, puis autour de 1720, de 1730, de 1740 et en 1782-1785. Des années 1680 à la veille de la Révolution, la population passe globalement de 450 000 à 520 000 habitants, la part des habitants des villes évoluant de 8 à 12 %, notamment en raison de la densification du nord de la presqu’île dans les années 1730-1770. » (1)
« Dans un contexte de stagnation des techniques agricoles, la croissance démographique entraîne une augmentation du prix des céréales. Le pouvoir d’achat du « petit peuple » rural a donc tendance à se réduire. Seuls les gens des villes et les élites peuvent consommer du froment. les autres vient d’orge, de seigle ou de sarrasin, « plante des pauvres » et des « terres froides » dont la culture se banalise ici au XVIIe siècle. » (1)

Quelques uns de mes ancêtres ont vécu dans le Plain qui s’étend entre la côte est du Cotentin et le Merderet. Ses limites sont Valognes au nord et Carentan au sud. La ville principale est Sainte-Mère-Eglise. « Ils ont connu une conversion massive des labours en herbages, dès le XVIIe siècle. La transformation des champs ouverts en bocages est un trait essentiel de la modification des paysages. c’est l’influence des marchés urbains du beurre qui, au XVIIIe siècle, détermine cette spécialisation du plat-pays dans un élevage diversifié au détriment des cultures vivrières. Elle rend les paysans locaux plus vulnérables aux aléas météorologiques et auc « chertés » des grains qu’ils doivent désormais acheter. Elle redéfinit aussi les hiérarchies sociales dans les villages dominés par les éleveurs de bestiaux et les marchands de beurre, enrichis dans ce commerce. » (1)
Sources
(1) La Manche toute une histoire, Archives départementales de la Manche