Henry LAMY et Jeanne de LEMPERIERE, Sosas 266 et 267

Henry

Je sais juste qu’il est le fils de François LAMY, lieutenant général en la haute justice de Varenguebec et receveur de la baronnie, et de Catherine BELHOSTE. Mais je ne peux pas situer sa date de naissance car son âge n’est pas mentionné à son décès. Je suppose juste qu’il est né à Varenguebec, avant 1668, date de début des registres paroissiaux.

Jeanne

La seule chose dont j’étais sûre, c’est qu’elle est dite « Demoiselle », à la naissance de ses enfants et à son décès, ce qui permet de penser qu’elle pouvait avoir une ascendance noble. En fait j’ai bien une piste pour sa filiation dont une amie généalogiste m’a partagée, il y a plus de vingt ans, une ascendance conséquente si tant est que je trouve la preuve de la filiation de Jeanne. Ce qu’il me fallait confirmer, c’est qu’elle ne fait qu’une avec Demoiselle Jeanne de LEMPERIERE, née le 23 août 1676, à Saint-Martin-de-Varreville, fille de Gilles, écuyer, Sieur de la Carpenterie et de Jeanne Gillette de BEAUGENDRE. Cette donnée figure sur la lignée des LEMPERIERE de Normandie, issue de « A Monograph of the House of Lempriere », une étude généalogique qui retrace l’histoire de la famille LEMPRIERE/LEMPERIERE qui fait remonter ses origines à l’an 970. On distingue deux groupes ancestraux dans cette famille : ceux qui se sont installés à Jersey en 1270 après avoir quitté la Normandie, et ceux qui sont restés en France avant d’émigrer à Jersey plus tard. La forme « Lemprière » n’apparaît que chez les familles originaires de Jersey. Gilles de LEMPERIERE descend de la branche normande.

C’était bien tentant de l’adopter tout de suite, dans mon arbre, d’autant que ma Jeanne est dite âgée d’environ 42 ans, à son décès en 1721, donc née vers 1679, une naissance en 1676 est donc très plausible. Malheureusement, il n’est pas indiqué sur l’arbre que cette Jeanne se soit mariée et ait eu une descendance mais comme on le voit sur le tableau, c’est le cas pour d’autres filles. Il me fallait donc chercher des preuves complémentaires.

Un premier indice intéressant, c’est que Demoiselle Françoise de LEMPERIERE, sœur de Gilles s’est remariée, en 1688, en 3èmes noces avec François LAMY, le père d’Henry ! J’ai pu l’identifier, grâce à son second mariage avec François REGNARD, Sieur de la Falaise qui donne sa filiation et à son mariage avec François LAMY où elle est dite, veuve de François REGNARD. Ce pourrait bien être elle qui serait donc à la fois la tante paternelle de Jeanne et sa belle-mère, par alliance, qui aurait favorisé son mariage avec Henry.

Mais il me fallait trouver d’autres éléments et vingt-cinq ans plus tard, à force de noter tous les parrainages et de fouiller les notariats de Picauville et environ, je pense avoir accumulé assez de preuves pour confirmer sa filiation. Avant de présenter les autres indices probants, il me faut d’abord parler des enfants de Henry et Jeanne.

Leur mariage et leurs enfants

Quand et où se sont-il mariés ? Ce n’est pas à Varenguebec ni à Amfreville, paroisse pour lesquelles les registres de cette période ont été dépouillés. Ce pourrait être à Saint-Martin-de-Varreville où elle serait née et où ses probables parents sont décédés en 1680 et 1685. Malheureusement, les registres comportent une lacune entre 1682 et 1771. J’ai cherché aussi à Cauquigny mais il y a également un trou entre 1698 et 1700. Un contrat de mariage a sûrement été passé mais je ne l’ai trouvé ni à Picauville, ni à Baupte/Varenguebec, entre 1696 et 1699, ni à Sainte-Marie-du-Mont d’où est originaire sa probable mère et où j’ai cherché de 1697 à 1700. Il est peut être à Sainte-Mère-Eglise mais le registre 1696-1702 est devenu incommunicable. Reste un espoir avec le registre 1689-1708, d’une autre étude notariale… Pour l’instant, la seule information que j’ai sur leur union, c’est que le 27 novembre 1699, ils étaient déjà mariés, en effet, ils ont été parrain et marraine, ensemble, à Sainte-Suzanne et sont dits mari et femme.

Extrait de la Carte de Cassini – cartes.gouv.fr

Jeanne a mis au monde, douze enfants, en dix-huit ans, dont deux jumelles, à sa dernière grossesse, alors âgée de 42 ans ! Difficile d’imaginer la vie de ses jeunes femmes qui n’ont cessé d’avoir, un enfant dans leur ventre ou au sein… Et une fois encore, la fratrie a été décimée, au moins quatre et très certainement six d’entre eux, sont décédés en bas âge. Ils sont pour la plupart nés à Varenguebec mais deux l’ont été à Cauquigny. Ceci est fort intéressant car depuis au moins trois générations, les Sieurs de la Carpenterie dont Gilles de LEMPERIERE ont leurs terres à Cauquigny…

  • L’aîné, Etienne a vu le jour, le 27 février 1700 et a eu pour marraine, Marguerite ESNAULT, femme de Robert de LEMPERIERE, écuyer et Sieur de la Carpenterie et pour parrain, Étienne de LEMPERIERE, Sieur des Vallées. Voilà un nouvel indice de la filiation de Jeanne, puisque Robert et Étienne sont fils de Gilles de LEMPERIERE et de Jeanne Gillette de BEAUGENDRE. Ce premier enfant ne vivra malheureusement que 3 mois, décédant le 11 juin 1700.
  • Marie Françoise est née le 3 avril 1701, hélas, je ne sais ce qu’elle est devenue.
  • Henry Jacques est né le 29 octobre 1702, à Cauquigny et a pour marraine Madeleine de PERCY, fille de Gilles Eustache, écuyer et de Barbe de LEMPERIERE qui est… la sœur de Gilles de LEMPERIERE. Il a épousé Elisabeth ELLIARD, le 20 janvier 1728.
  • Jeanne Marie a vu le jour, le 27 décembre 1703, à Cauquigny et a eu pour marraine Demoiselle Jeanne Marie BOISSEL, l’épouse de Étienne de LEMPERIERE, Sieur des Vallées. Elle s’est mariée, le 29 octobre 1725, avec Nicolas FAUDEMER.
  • Marie Anne a été baptisée, le 7 mai 1706 et s’est mariée, avec Pierre ELIARD, le 27 juillet 1760.
  • Marie Thérèse, mon ancêtre, est née le 7 octobre 1708 et s’est marié, avec Jean LAGOUCHE, le 11 octobre 1730.
  • Suzanne a vu le jour le 23 mars 1710 mais c’est éteinte à deux mois, le 24 mai 1710.
  • Scholastique Geneviève est venue au monde, le 3 janvier 1712 et s’est mariée, le 25 août 1735, avec Gilles LECHANOINE.
  • Léonore Françoise est née le 1er mars 1714 et décède, le 21 avril 1715.
  • David, né le 14 avril 1716, se marie, le 17 avril 1741 avec Anne LEGRIFFON.
  • Bonne Suzanne a vu le jour, le 20 novembre 1718 mais meurt à sont tour, le 14 février 1721.
  • Et sa sœur jumelle, Madeleine Françoise a été portée sur les fonts baptismaux, le 20 novembre 1718, par Robert de LEMPERIERE, ci-dessus fils de Gilles. Je ne sais pas ce qu’elle est devenue mais elle risque fort d’avoir eu la même vie trop brève que sa sœur.

Ces parrainages par les fils, la sœur, la nièce et les belles-filles de Gilles de LEMPERIERE me semblent de belles et suffisantes preuves que ma Jeanne est bien la fille de Gilles de LEMPERIERE et de Jeanne Gillette de BEAUGENDRE que j’adopte donc comme mes ancêtres. Bienvenue à eux dans mon arbre !

Et s’il fallait trouver encore d’autres preuves, voici les actes notariés, passés par deux des fils d’Henry et Jeanne, attestant qu’ils vendent des terres qu’ils ont hérité de leur mère et qui sont situées, essentiellement à… Cauquigny.

Le 11 septembre 1729, « Maitre Henry Jacques LAMY de la paroisse de Varenguebecq héritier de feue Jeanne de LEMPERIERE sa mère lequel en cette qualité et tuteur de ses enfants mineurs a baillé à titre de louage […] à Maître Jean LACAUVE de la paroisse de Picauville […] une maison mesnable*, grange, scellier, estable, cour et boilles*, jardin potager avec une pièce de terre en herbages, tenante le tout, scis en la paroisse de Cauquigny, plus toutes les terres qui lui peuvent appartenir dans lad. paroisse de Cauquigny et dans celle de Picauville tant preyries en herbe que labeur dont led. LACAUVE a declaré en avoir une parfaite connaissance pour en avoir eu jouit et jouir encore […] Le présent bail fait par le prix et somme de deux cents quarante livres pour chacun an. »

AD 50 – Sainte-Mère-Eglise Notariat 5 E 10507

Le 26 novembre 1751, devant le notaire de Picauville, « David LAMY de la paroisse de Varanguebecq y demeurant fils de feu Sieur Henry LAMY, Lieutenant en la haute justice de Varenguebecq et héritier en sa partie de dame Jeanne de LEMPERIERE sa mere, lequel en cette qualité, a vendu, cedé, quitté et delaissé, promet garantir et faire valloir à la cauption et obligation de touts ses biens presents et à venir à Me Guillaume FRANCHOMME, sieur des Croutes de la paroisse de Cauquigny […] à scavoir un petit prey du contien de quarante cinq à cinquante perches ou viron et ainsy qu’il contient en part et compris la moitié des fossés ou saignées d’alentour ou autrement et tant qu’il y en a appartient sans fournitures ny repetition de la mesure controllée à Saint Sauveur le Vicomte, le 29 Xbre 1752 […] Item et finallement a vendu comme dessus un prey cercuit (?) de tesles enclotures, de present un jardin potager contenant trois à quatre perches aussi sans fourniture ny repetition. Le tout scis et situé audit Cauquigny canton du hameau des Flaux en intégrité une voye tendant du hameau Fleaux à l’église, […] Cette présente vente fait par le prix et somme de trois cents quatre vingt dix livres. »

Je n’ai donc plus aucun doute sur la filiation de Jeanne et je suis ravie de pouvoir situer au moins une partie des terres, sises à Cauquigny, au hameau des Flaux.

Extrait de la Carte de l’Etat-major 1820-1866 – carte-gouv.fr

Le métier de Henry

Henry a d’abord été avocat puis, comme son père dont il a sans doute hérité la charge, lieutenant général en la haute justice du bailliage de Varenguebec. C’est un magistrat qui assiste le juge seigneurial dans l’exercice de la haute justice, qui traite des affaires graves, y compris celles passibles de la peine de mort. Ce poste était essentiel dans l’organisation judiciaire sous l’Ancien Régime. La charge était achetée.

On estime à environ 20 000 à 30 000 le nombre des cours de justice seigneuriale à la veille de la Révolution. Elles constituaient la base de l’organisation judiciaire. La justice seigneuriale, moins lente, moins coûteuse que la justice royale et plus proche des justiciables a une importance primordiale au sein du village. Elle arbitre d’une part les conflits entre paysans, et d’autre part entre ceux-là et le seigneur. Dans ce dernier cas, elle n’est compétente qu’en matière de droits seigneuriaux car pour toute autre cause, le seigneur doit se pourvoir devant une justice autre que la sienne. Elle permet également la diffusion des ordonnances et édits royaux au niveau local, ainsi que l’application des redevances seigneuriales (cens, banalités, droits de mutation,,,). Les seigneurs ont aussi un rôle de polie administrative concernant les poids et mesures et la voirie, le contrôle des prix, les marchés, le fermage, les droits de passage. La possession de la justice constituait un important élément de prestige, On distinguait trois niveaux dans cette justice seigneuriale.

  • La basse justice s’occupe des infractions mineures (délits champêtres et forestiers par exemple), passibles d’une peine pécuniaire, ainsi que de la justice civile (propriété, dettes, gages, curatelles).
  • La moyenne justice joue un rôle important au civil, notamment en matière de successions et de protection juridique des intérêts des mineurs : apposition de scellés, inventaire des biens des mineurs, nomination des tuteurs, etc
  • La haute justice s’occupe des délits capitaux, c’est-à-dire des atteintes à la propriété (vol, brigandage), à l’intégrité corporelle et à la vie (viol, homicide, meurtre) passibles de la peine de mort, ainsi que d’infractions graves (atteinte à l’honneur, incendie volontaire, rupture du serment de paix), également passibles de la peine capitale ou d’amendes élevées.

Leur fin de vie

Jeanne sûrement épuisée par ses nombreuses grossesses, s’est éteinte, le 27 mars 1721, quelques semaines après l’une des jumelles. Elle a 45 ans et a été inhumée dans l’église de Varenguebec.

Henry se retrouve donc veuf, avec au moins six enfants de 5 à 19 ans. Il se remarie, le 13 janvier 1724, avec Jacqueline DORLEANS. C’est grâce à ce remariage que j’ai pu connaître sa filiation ainsi que son métier.

Avec sa seconde épouse, il aura très vite une fille, Jacqueline, née le 22 octobre 1724 mais qui ne vivra que 9 mois, puis un dernier garçon, Jacques Henry, le 18 juin 1726 qui s’est marié le 9 février 1750, à Lithaire, avec Marguerite PITANCE. Mais ce dernier n’aura guère eu le temps de connaître son père, car Henry décède, le 12 janvier 1727 et rejoint Jeanne dans l’église.

Un gros travail en perspective !

Il me reste maintenant un long travail de saisie mais aussi de lecture des preuves et documents concernant la riche ascendance de Jeanne, du côté de son père et encore plus du côté de sa mère, qui m’a été offerte sur un plateau et attend depuis 2001, dans mes placards !

Sources et lexique

« A monograph of the House of Lemperiere, recording by tabular pedigrees, biographical notices, and other illustrative data », by J. Bertrand PAYNE, membre de l’institut historique de France, London, 1862.

« The Lempriere family « , jerripedia.org/wiki

Justice seigneuriale, Encyclopédie Universalis

Haute et basse Justice, Omnilogie

* maison mesnable ou manable : A cette époque, on appelle maison tout ce qui est sous un toit, maison d’habitation comme bâtiments d’exploitation s’ils sont indépendants. La maison manable est la maison d’habitation ou maison principale sans être un manoir. La plupart du temps, il s’agit d’une maison à double étage avec des chambres au 1er étage sous les greniers. cela permet de les différencier des masures. (Genea50)

* boille, ou boëlle ou boël : C’est un terme du nord du département de la Manche. Il faut le comprendre comme un passage entre les bâtiments pour rejoindre la ou les cours d’une propriété.  Accès à d’autres bâtiments, aux jardins, aux chemins communaux. (Genea50). Dans son « Dictionnaire du monde rural », Lachiver précise  » En Normandie, verger dépendant d’une habitation./Longue parcelle en lanière débouchant sur un chemin et se terminant par une ferme et ses dépendances. »

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