
Parle-moi de toi, Thomas…
Je suis né aux Moitiers-en-Bauptois, le 15 mars 1721, fils de Denis MARGUERIE, laboureur et de Marie RICARD. J’ai été porté sur les fonts baptismaux par Jean Antoine d’ORGLANDES, écuyer et Charlotte RICARD. Ma marraine est sûrement de ma famille mais je ne sais te dire quel est notre lien de parenté. J’ai eu un frère aîné mais qui est décédé avant ma naissance et mes trois frères et sœur, venus au monde après moi, ont aussi eu une vie très brève. C’est comme si j’avais été fils unique.
Parle-moi de toi, Jeanne…

Moi, je suis née à Varenguebec, de l’autre côté du bois de Limors qu’il faut traverser quand on vient des Moitiers ou sinon faire un grand détour. J’ai vu le jour, le 1er août 1712, fille de Pierre LERAMEY et de Catherine LEGRAND. Mon parrain et ma marraine ont été Guillaume LEMONNIER et Marie DUPART, mais je ne sais pas du tout si ce sont des parents. J’ai deux grandes sœurs et un petit-frère.
Parle-moi de votre mariage…
C’est à Varenguebec, village de ma future que nous nous sommes mariés, le 14 mai 1743. Je n’avais que 22 ans, Jeanne en avait 31. Comme tu vois, nous n’avons pas appris à écrire.

Parle-moi de vos enfants…
Après notre mariage, nous sommes allés vivre aux Moitiers-en-Bauptois où habitaient Thomas et toute sa famille. Nous avons donné naissance à quatre filles et deux garçons.
- Notre aînée, Anne Marie est née le 20 décembre 1744 mais hélas, elle n’avait pas trois ans quand elle est décédée le 16 décembre 1747.
- Puis le 9 avril 1746, c’est la naissance de Catherine Françoise, ton ancêtre. C’est donc elle qui deviendra notre aînée.
- Jean Baptiste Thomas a vu le jour le 26 avril 1748 mais lui aussi a fermé ses yeux bien trop tôt, le 18 août 1751.
- Thomas Denis que tout le monde appellera simplement Denis est venu au monde, le 29 mars 1750.
- Marie est née le 15 avril 1752.
- Notre benjamine, Geneviève Marguerite Françoise a vu le jour, le 29 février 1756.
Ce que Jeanne n’a pas pu me dire…
Jeanne n’a pas vu ses enfants construire leur vie d’ adulte.Ils avaient de 13 à 23 ans, quand elle décède, le 27 mars 1769, âgée de 56 ans. Elle n’a pas eu le temps de partager leurs bonheurs ou de les accompagner dans leurs épreuves.
- Catherine Françoise s’est mariée, le 30 juin 1774, avec Jacques Etienne ROUY et ils ont donné naissance à cinq enfants.
- Denis s’est marié le 10 septembre 1774 avec Marie Victoire FEREY avec laquelle, il a eu deux enfants mais hélas son épouse est décédée, le 29 août 1776, quelques mois après la naissance du second qui ne lui survivra pas longtemps. Il se remarie, le 20 janvier 1778 avec Jeanne Colette BATAILLE qui mettra au monde dix enfants. Mais il n’y a que trois d’entre eux dont je suis sûre qu’ils ont atteint l’âge adulte.
- Marie a épousé, le 13 novembre 1777, Jean Baptiste LEGASTELOIS et ils ont été cinq fois parents..
- Au moins Jeanne n’aura pas eu le grand chagrin d’apprendre que sa petite dernière, Geneviève Marguerite Françoise a perdu la vie, le 28 février 1784, en accouchant d’un petit garçon dont le père n’a pas été nommé. Cela a dû être bien dur pour sa grande sœur, Catherine Françoise qui l’avait accueillie chez elle, de la voir mourir dans ses bras. Le nourrisson a été baptisé le lendemain et nommé Jean Claude par son oncle Denis et son épouse. L’enfant a sûrement été recueilli par l’un des deux couples mais je ne sais ce qu’il est devenu ensuite, n’ayant trouvé ni son décès ni son mariage.

Thomas a poursuivi, seul, sa vie…
J’aurai bien aimé trouver quel était le métier de Thomas mais il n’est mentionné sur aucun des actes. On peut néanmoins supposer qu’il était laboureur comme son père d’autant qu’étant fils unique, il a dû hériter et que par ailleurs, son fils Denis l’a également été. Mais je n’ai découvert aucun acte notarié qui m’aurait permis d’en savoir plus. Le seul que j’ai trouvé, c’est un acte du 14 novembre 1755, par lequel « il a vendu … et constitué par tous ses biens présents et advenir par generale hypoteque au profit et benefice de Jean LECORNU fils mienur … de Jean […] la somme de trente six sols de rente hypoteque au denier vingt. »
Thomas a eu le bonheur d’assister aux mariages de ses trois enfants qui ont vécu assez longtemps pour pouvoir fonder une famille et a connu vingt petits-enfants, tous nés aux Moitiers ! Il a été le parrain de deux d’entre eux et une seule petite-fille est née après son décès.
Après 25 ans de veuvage, Thomas a sûrement fini sa vie chez son fils, Denis. En effet, je viens de découvrir, pour ma prochaine visite aux Archives Départementales, la cote d’un acte d’incommunité, passé à Picauville, en 1794, entre Thomas et Denis. J’ai déjà croisé ce genre d’acte très touchant, car il précise pourquoi une personne âgée, ne pouvant vivre seule, vient habiter chez l’un de ses enfants. Et les biens qu’il apporte avec lui sont inventoriés afin qu’ils ne soient pas confondus avec ceux de son enfant, au moment de la succession. À suivre donc…
Thomas s’est éteint, le 5 janvier 1797, à 75 ans. C’est Denis, chez qui il a donc dû vivre ses derniers jours qui est venu déclarer son décès.
Tu pourrais leur apprendre beaucoup à tes ancêtres. Mais, faut-il leur révéler les choses tristes ?
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