François MOUCHEL et Marie MEHALINE, sosas 262 et 263

Parle-moi de toi, François…

C’est à Picauville que j’ai vu le jour, le 4 octobre 1677. Mes parents sont Laurent MOUCHEL, marchand, bourgeois de Picauville, et Guillemette COTTIN. Je suis le troisième enfant d’une fratrie de six et nous sommes au moins cinq à avoir fondé une famille.

Marie n’a pas pu me parler de sa naissance…

Si je sais qu’elle est la fille de Jacques MEHALINE et de Jeanne GUILLE, je n’ai pas retrouvé son acte de baptême qui a sûrement eu lieu à Picauville où sont nés sa sœur aînée et les trois enfants qui la suivent. À son décès, en 1755, elle est dite âgée d’environ 79 ans et serait donc née vers 1676. Mais je ne l’ai pas dénichée dans le registre correspondant, ni dans celui de 1677 et malheureusement les actes de 1675 sont manquants.

Raconte-moi votre mariage…

Nous avons célébré notre mariage dans notre église de Picauville, le 15 janvier 1699. Marie avait 23 ans et moi j’en avais 22. Mais auparavant, le 28 novembre 1698, nous sommes passés devant le notaire de Picauville, pour rédiger notre contrat de mariage. Le père de Marie était décédé depuis trois ans, sa mère était présente ainsi que ses oncle et tante paternels, Jean et Michelle MEHALINE. J’ai eu pour témoins mon père, mes oncles paternels par alliance, Pierre HOGUET et Louis FEUILLYE, ainsi que mon beau-frère Louis DELACROIX.

L’acte n’est pas très facile à déchiffrer d’autant que l’écriture est pâle, voilà ce qu’il en est. « Jeanne GUILLE mère de la future espouse luy a donné et advancé pour … hereditaire, une maison à usage de salle et … ainsy qu’un petit jardin potager estant derriere lad. maison. » […] « Lesd. futurs prendront possession de lad. maison co[mm]e du jour des espousailles ainsy que dud. jardin potager à charge néan[moins]de la souffrir dans icelle maison et jardin potager sa vie durante et au en cas [qu’ils]ne peussent compatir les uns a[vec] les austres, elle c’est reservée des apres[ent]un des boutz de lad. maison du [côté]du midy et du jardin. » Une mère qui a tout prévu pour que sa cohabitation avec les futurs se passe au mieux.

AD Notariat de Picauville 5 E 10705

De plus, « luy a eté donné par lad. mere un [lit] guarny, traversain, oreillers avec … de lit, une sarge de fil, couverture et rideaux de toille, draps … serviettes…, un coffre de chesne fermant à clef avec …, deux coffres et un ecrin aussy fermant à clef, une table de bois chesne et …, un rouet à fille [fil], un trav[ouil], deux devidoirs, ung … de fille [fil], ung chaudron et un bassin d’airain, une escuelle … , cinq habits à l’usage de lad. future, le tout de diverses etoffes, quinze chemises, une douzaine et demy de mouchoirs, deux douzaines de coeffes, quatre tabliers de toille, ung … de coeffe de tulle. Tous lesq(ue)ls meubles ont esté appréciés entre les partyes à la somme de quatre vingt livres. »

Le père de François, son beau-frère et ses oncles signent mais François, Marie, son oncle, sa tante et sa mère ne savent – AD Notariat de Picauville 5 E 10705

Parle-moi de vos enfants…

J’ai donné naissance à sept enfants mais nous avons eu le chagrin d’en perdre trois en bas-âge et une, tout juste devenue adulte.

  • Marie est née le 24 mars 1700 mais s’est éteinte, bien trop jeune, à 21 ans, le 27 décembre 1721.
  • Notre cadette est ton ancêtre, Jeanne, née le 26 décembre 1701 et qui a épousé Jacques JEAN, le 11 novembre 1727.
  • Jullien a vu le jour, le 16 décembre 1703 mais nous a été repris le 15 mai 1706.
  • Puis Françoise est venue au monde, le 1er février 1707 et a rejoint son frère, le 5 octobre 1707.
  • Notre petit François, né le 5 janvier 1709, n’a vécu que 11 jours, décédant le 15 janvier 1709.
  • Jean est venu au monde le 24 décembre 1710 et s’est marié, le 28 novembre 1747, à Sainteny, avec Françoise LANGLOIS. Il est cuisinier.
  • Jacques François, est né le 1er mars 1716 et je suis heureuse que tu me dises qu’il s’est marié, le 13 août 1759.

Avaient-ils des biens ?…

À leur mariage, François est dit journalier. L’est-il resté toute sa vie ? Je n’ai trouvé aucune autre mention de son métier ni aucun acte notarié, le concernant. Mais il a sûrement dû recevoir quelques biens, en héritage, car son père, aussi journalier à son mariage, était devenu marchand, bourgeois de Picauville. Les trois sœurs de François ont été bien dotées avec six livres de rente annuelle et cent cinquante livres de vaches, meubles et linge. Je n’ai malheureusement pas trouvé d’inventaire après décès ni pour ses parents ni pour ceux de Marie.

Cependant par acte notarié, passé à Picauville, le 7 juillet 1765, j’ai appris que c’est leur fils Jean qui a hérité sûrement de la maison, reçue en dot par Marie, ainsi décrite et localisée, « une maison à usage de salle et grenier dessus et un jardin potager derrière lad. maison du contien de six perches environ […] Led. héritage situé au faubourg du Pont l’Abbé.«  qu’il baille à titre de fieffé à Jacques, son frère, moyennant « le prix et somme de six livres de rente fontiere annuelle » et l’engagement de payer « trois livres de rente seigneuriale annuelle à la Seigneurie de [l’abbaye] Blanchelande de plus, vingt sols au nombre de quarante sols de rente hypotheque à l’église de Picauville » Je suis ravie de pouvoir ainsi localiser un peu plus, la maison dans laquelle François et Marie ont vécu et sans doute, avant eux, les parents de celle-ci.

Extrait de la carte de Cassini – Geoportail

Pont-l’Abbé est un hameau situé à cheval sur les communes de Picauville et Etienville. Il tire son nom d’un pont – construit au 13e siècle, reconstruit au 18e, détruit en 1940 par les troupes françaises en repli et remis en état en 1973 – qui enjambe l’Ouve pour passer aux Moitiers-en-Bauptois. Le lieu est décrit ainsi en 1743: « Dans le Doyenné [d’Orglandes] on trouve le Bourg & Marché de Pont-l’Abbé. Ce Bourg, qui n’est pas indifférent, a ceci de singulier, qu’il fait partie de la grande Paroisse de Picauville, dont l’Eglise est éloignée de près d’une demie lieuë. Il y a dans ce Bourg une Chapelle, pour la commodité des Habitans. Il est situé à trois lieuës de Vallogne, sur la grande route de cette Ville à Coutances. La paroisse de Picauville a pour Seigneurs, Mrs de la Sainte Chapelle, qui y possèdent des biens considérables. » (1) À l’époque de François, il y avait 1341 habitants à Picauville. Quand le cadastre napoléonien a été établi, en 1810, il y en avait 2121, on voit bien la concentration des habitations à Pont-l’Abbé, bien loin de l’église.

Leur fin de vie…

C’est François qui décède le premier, le 15 mai 1732, âgé de 54 ans. Marie a poursuit, seule, sa vie durant 23 ans, s’éteignant, le 11 février 1755, à 79 ans. J’imagine qu’elle est restée jusqu’à son décès dans sa petite maison de Pont-l’Abbé, sans doute avec leur plus jeune fils Jacques qui ne s’est marié qu’en 1759 ? Elle a assisté au mariage de leurs deux aînés qui ont fondé une famille et aura pu serrer dans ses bras, dix de leurs petits-enfants, dont les sept enfants de mon ancêtre Jeanne, notamment Marie Catherine dont je descends.

Sources

(1) Mercure de France, 1er mars 1743, sur Wikimonde.

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