Nicolas LAGOUCHE et Jeanne ROUBELOT, Sosas 264 et 265

Nicolas

Nicolas est certainement né aux Moitiers-en-Bauptois où il est décédé en 1709, âgé d’environ 45 ans. Il est donc né vers 1664 mais je n’ai pas pu trouver son acte de baptême dans les registres de la paroisse qui ne commencent qu’en 1682. Heureusement, je sais par son mariage qu’il est le fils de Jacques LAGOUCHE et de Madeleine MAREST pour lesquels, j’ai retrouvé trois enfants mais ils ont pu en avoir d’autres.

Jeanne

De même Jeanne a dû naître aux Moitiers-en-Bauptois et d’après son âge de 32 ans, à son décès, en 1711, elle serait née vers 1679. Son acte de baptême demeure donc également introuvable. Elle était sans doute l’aînée des douze enfants de Thomas ROUBELOT, Sieur des Longchamps et de Suzanne LEDANOIS.

Leur mariage

Ils ont reçu la bénédiction nuptiale, dans leur église des Moitiers, le 23 avril 1697. D’après leurs dates approximatives de naissance, Nicolas avait environ 33 ans alors que Jeanne n’en avait que 18. Celle-ci est dite « honneste fille », ce qui présume de l’aisance financière et d’une certaine notabilité de sa famille. Le père de Nicolas était décédé quelques mois auparavant, sa mère était encore vivante mais elle ne marque ni ne signe et je n’ai identifié aucun membre de sa famille parmi les témoins. Jeanne a pour témoin son père, son oncle maternel Jean LEDANOIS Sieur de la Meslinerie et Pierre BIARD, Sieur de la Pommeraye, époux de Magdeleine LEDANOIS, sûrement une parente. Jeanne ne sait pas signer mais Nicolas ainsi que tous les témoins ont de belles signatures.

AD 50 – Les Moitiers-en-Bauptois BMS 1692-1701 – p.129

Je ne leur ai pas trouvé de contrat de mariage, à Picauville, mais ce serait étonnant qu’il n’y en ai pas eu. A-t-il été passé à Saint-Sauveur-le-Vicomte ou à Sainte-Mère-Eglise ou… ?

Leurs enfants

Ils ont donné naissance à quatre enfants, aux Moitiers-en-Bauptois. J’ai été frappée de voir que tous les parrains et marraines sont de la famille de Jeanne. Il n’y en a aucun de celle de Nicolas qui avait pourtant au moins un frère et une sœur.

  • L’aîné, Jean, a vu le jour en août 1698, porté sur les fonts baptismaux par ses grands-parents maternels, mais sa vie a été bien courte, car il décède, le 4 août 1700, âgé de 11 mois.
  • Leur cadet est mon ancêtre, Jean, né le 23 mai 1701, nommé par Jean et Françoise ROUBELOT, frère et sœur, sûrement son oncle et sa tante paternels. Il s’est marié, le 11 octobre 1730, avec Marie Thérèse LAMY.
  • Jeanne est venue au monde, le 26 décembre 1702, porté sur les fonts baptismaux par Jean et Magdeleine LEDANOIS qui tous les deux signent. Elle s’est mariée le 22 janvier 1728 avec Louis LANGE.
  • Suzanne, la benjamine, est née, le 16 janvier 1706, nommée par Marie et Jean Baptiste ROUBELOT, certainement ses oncle et tante maternels, et a passé un contrat de mariage, à Saint-Sauveur-le-Vicomte, le 4 juillet 1728 avec François BOTTEY.

Leur fin de vie

S’ils n’ont pas eu plus d’enfants c’est parce que tous deux ont quitté ce monde bien trop tôt. Nicolas a été inhumé, le 21 février 1709, âgé de 45 ans, en présence de son frère Jacques.

AD 50 – Les Moitiers-en-Bauptois BMS 1702-1721 – p.115

Jeanne ne lui a survécu que deux ans, inhumée, le 27 mars 1711, âgée de 32 ans, en présence de son beau-frère, Jacques LAGOUCHE, de Toussaint MAREST qui pouvait être, soit un parent de Nicolas, par sa mère Marie MAREST, soit un parent de Jeanne car il a épousé une Marie LEDANOIS. Malheureusement, je n’ai pas trouvé leur mariage qui m’aurait peut-être donné leur filiation. Était aussi présent Louis LEDANOIS, Sieur de la Deslanderie, frère du parrain et de la marraine de Jeanne dont je n’ai malheureusement pas trouvé le lien de parenté mais qui est sûrement parent de Suzanne LEDANOIS, la mère de Jeanne.

AD 50 – Les Moitiers-en-Bauptois BMS 1702-1721 – p.167

Ce n’est donc pas, un accouchement difficile qui aurait provoqué la mort de Jeanne. Par contre, j’ai bien peur qu’elle ait été emportée par une terrible maladie. Pour cette année 1711, j’ai trouvé un acte notarié, très émouvant, passé à Picauville, la commune voisine. Le 27 septembre, les paroissiens se sont réunis à la sortie de la messe pour établir une « confrérie en l’honneur du glorieux protecteur St Sebastien […] duquel ils ont esprouvé miraculeusement les effets dans une maladie très contagieuse qui estait l’année presente dans leur paroisse ».  S’ensuit une liste des paroissiens aisés qui ont fait une donation et/ou une constitution de rente à cet effet. Et l’acte se termine par l’énumération d’une série de messes pour ceux des leurs qui ont, malgré tout, succombé à cette maladie contagieuse qui n’est pas nommée et dont je n’ai pas trouvé trace, en Normandie, cette année-là.


AD 50 – Picauville Notariat 5 E 10712 N°10
Le Martyr de Saint Sebastien – Musée Thomas Henry à Cherbourq – Wikimanche

Saint Sébastien, mort en 288, est un saint catholique vénéré dans la  Manche. Officier dans l’armée de Dioclétien, il est chrétien, et lorsque cela est découvert, il est mis en demeure de sacrifier à l’empereur, sinon il sera considéré comme un rebelle. Ne reniant pas sa foi, il est lié nu à un arbre et sert de cible aux tirs de ses propres soldats. Il est finalement tué par bastonnade. Il est sans doute l’un des plus célèbres martyrs romains. Sa protection a été très invoquée, lors des épidémies de peste, la flèche ayant percé le martyr évoquant la fulgurance de cette maladie.

« Au mois de juin 680, raconte Paul Diacre, chancelier à la cour de Pavie, une terrible peste décime les villes de Rome et de Pavie, obligeant les habitants à fuir dans les campagnes. C’est alors, poursuit la chronique du Lombard, que « quelqu’un eut la révélation que cette peste ne s’apaiserait pas tant que ne serait pas construit un autel au martyr saint Sébastien ». Celui-ci devait être érigé dans la basilique du bienheureux Pierre dite ‘aux Liens’, à Rome. Il n’en fallu pas plus aux habitants de la Ville Éternelle pour appliquer la chose à la lettre. Miracle : la peste cessa ! Cette délivrance inespérée marqua profondément les croyants confrontés au fil du temps aux épidémies. Jusqu’à la Renaissance et même au-delà, on invoqua Sébastien. Au IXe siècle, on raconte que ses reliques furent même transportées de Rome à Soissons. Au XIVe, puis au XVe siècle, lors des grandes épidémies de peste qui décimèrent les populations européennes, des confréries de saint Sébastien chargées de veiller sur les reliques du saint se multiplièrent. »

Cette maladie ayant certainement touché aussi les motelons, j’ai dépouillé le registre paroissial des Moitiers-en-Bauptois, pour les années 1710-1712. S’il y a eu huit décès en 1710 et onze en 1712, ce sont quarante décès, avec un pic de douze en avril et douze en mai qui ont été déclarés en 1711 ! En avril mai, ce sont 14 adultes, 6 enfants et 3 personnes âgés qui ont sans doute été touchés par l’épidémie. J’ai bien peur que Jeanne, décédée le 27 mars, ait été la première à avoir été frappée… laissant trois orphelins, de 5 à 10 ans, qui, par miracle ont survécu. Leurs quatre grands-parents étaient décédés depuis quelques années. Heureusement, ils semblaient bien entourés par les familles ROUBELOT et LEDANOIS dont l’un des leurs a dû prendre en charge, les petits de Nicolas et Jeanne.

J’ignore quel était le métier de Nicolas de même que celui de son père. Sans doute était-il journalier car je n’ai trouvé aucun acte notarié qui m’aurait permis de savoir s’il possédait quelques terres ou masure. La famille de Jeanne avait sûrement beaucoup plus de biens qu’il me restent encore à découvrir.

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