Jacques JEAN et Marguerite Françoise LUCAS, sosas 260 et 261

Parle-moi de toi, Jacques…

Je suis né le 21 mars 1662 à Sainte-Mère-Eglise et suis le fils de Michel JEAN et de Jeanne BROTIN dont je suis le sixième et avant-dernier enfant.

Extrait de la Carte de Cassini – Géoportail

Sainte-Mère-Eglise est située au bord du plateau calcaire du Plain sur lequel elle est bien ancrée, mais c’est néanmoins une commune de marais, avec ses 176 hectares qui se déroulent le long du Merderet. Jacques et ses parents ont dû connaître le vieux pont de la Fière ou du moins le gué qui l’a précédé. (1)

Ils ont connu aussi la Ferme de Beauvais qui date du XVIIe et a été remaniée au XVIIIe siècle. Elle figurait souvent dans les grands rôles de l’Echiquier de Normandie car elle faisait partie du domaine ducal.

De nos jours, elle abrite la Ferme-Musée du Cotentin – Wikimedia Commons

À l’époque de la famille de Jacques, c’est la demeure de Siméon de Marcadey. Il a été baptisé le 6 septembre 1636 mais son baptême ne figure pas dans les registres paroissiaux car sa famille est protestante. Il se trouve donc dans les registres du Temple de Sainte-Mère-Église. Siméon est le fils de Benjamin, un membre du Consistoire de l’Église Réformée. Il est le petit-fils d’Isaïe, déjà sieur de Beauvais au tout début du siècle et arrière-petit-fils d’Isambard Marcadey, anobli en 1577. La famille sera maintenue dans la noblesse en 1634. Mariés en 1651, Siméon et son épouse Jeanne Suzanne de Haussay, fille de Jacques, écuyer et sieur de Chantelou, coulent une vie paisible faite de travail à la ferme. Mais cette famille est rattrapée en 1685 par la révocation de l’Édit de Nantes. Le roi envoie ses Dragons pour faire pression, les temples sont rasés, les protestants ne peuvent plus enterrer leurs morts dans le cimetière s’ils n’abjurent pas leur foi. La pendaison est promise à ceux qui font semblant de se convertir au catholicisme… Dès avant, Siméon a fait le choix d’abjurer, le 16 juillet 1684, et est inhumé dans le cimetière catholique, le 15 janvier 1685. Je me demande comment mes ancêtres ont vécu ces périodes tellement troublées, ont-ils pris partie ou sont-ils restés en dehors des conflits religieux ?

Le marché hebdomadaire de Sainte-Mère-Eglise est aussi ancré dans l’histoire. Il date de 1611; « Louis XIII, par lettres patentes… agrandit le fief de Sainte-Mère Eglise… et établissement d’un marché au jour de jeudy ». Il prit beaucoup d’ampleur avec le développement de l’élevage bovin dans le Plain où de riches prairies ont remplacé peu à peu des labours. (1)

Parle-moi de toi, Marguerite Françoise…

J’ai vu le jour, à Picauville, le 17 juillet 1671. Mes parents sont Marin LUCAS et Anne HUE. Je suis également leur sixième et avant-dernier enfant.

Raconte-moi votre mariage…

C’est dans l’église de Picauville que nous avons reçu la bénédiction nuptiale, le 10 novembre 1693. J’avais pour témoins mon père, mon frère Pierre et mon oncle Marin BROTIN, le seul de la famille à savoir signer. Le père de Marguerite étant décédé, elle était assistée par son oncle, Richard LUCAS.

AD 50 – BMS Picauville 1693 – p.10

Parle-moi de vos enfants…

J’ai donné naissance à onze enfants mais nous avons eu le chagrin d’en perdre cinq en bas âge. Heureusement, les autres ont pu atteindre l’âge adulte et fonder une famille.

  • Je ne me souviens plus à quelle date est née Marie, notre aînée, qui s’est mariée, en 1725, à Picauville, avec André DODEMAN . Tu me dis qu’elle était âgée de 72 ans à son décès et serait donc née vers 1690, mais à cette date, je n’étais pas encore mariée avec Jacques…
  • Notre cadet, Nicolas, a vu le jour le 27 février 1696 et a convolé, en 1735, à Houesville, avec Elisabeth SIMON.
  • Geneviève est venue au monde le 14 janvier 1698 mais n’avait que 23 mois quand elle s’est éteinte le 22 décembre 1699.
  • Gillette est née le 7 octobre 1699 et a rejoint sa sœur, le 8 novembre 1700.
  • Puis le 7 novembre 1701, c’est la naissance de ton ancêtre Jacques qui a épousé Jeanne MOUCHEL, le 11 novembre 1727.
  • François a vu le jour, le 20 septembre 1704 mais a perdu la vie 29 jours plus tard, le 19 octobre.
  • Jean, né le 14 décembre 1705, est décédé à 9 mois, le 28 septembre 1706.
  • Marin nous a été donné le 7 septembre 1708 et repris deux mois plus tard, le 21 novembre 1708.
  • Louis Thomas a vu le jour, le 5 mars 1710 et s’est marié en 1738, à Etienville, avec Françoise DUVAL. C’est un pêcheur.
  • Denis est né le 14 novembre 1713 et a épousé Françoise DELAGARDE, à Chef-du-Pont, en 1758.
  • Et notre benjamin, Pierre, est venu au monde, le 13 décembre 1715 et s’est marié, en 1747, à Foucarville, avec Marie Jeanne LEFORESTIER.

Leur fin de vie

Jacques est décédé le premier, à Picauville, sans doute le 12 novembre 1721 mais je n’en suis pas certaine car rien ne permet d’identifier le défunt qui est dit âgé d’environ 63 ans, alors que lui n’a que 59 ans. Mais on reste dans la marge d’approximation, c’est donc fort probable.

Marguerite Françoise lui a survécu seize ans, le rejoignant dans l’au-delà, le 6 juillet 1737, âgée de 65 ans. Elle aura eu le temps d’assister aux mariages de leurs trois aînés et a connu au moins six de ses petits-enfants dont les quatre aînés de mon ancêtre Jacques.

J’ignore quel était le métier de Jacques et je n’ai découvert aucun acte notarié, passé de leur vivant. J’ai juste trouvé mention du contrat de leur fils Louis, en 1738. Mais j’ai quand même une idée de ce qu’à pu être leur vie grâce au bien maigre et touchant inventaire des biens qui restent, après le décès de Marguerite, fait à Picauville, le 6 octobre 1737. Il y avait si peu que la succession s’est faite en même temps que l’inventaire.

« Scavoir une vache à lait, un coffre de bois chesne fermant à clef, un vieux lit garny de plumes, une vieille couverture, une couche de bois chesne, un chasly de differents bois, une marmite de potin [sans doute « potine » : foyer d’une cuisinière à bois ou plus tard à charbon] avecque sa hanse et une couverture de bois, un trou ou paistry à faire paste et plusieurs autres vieux meubles et ustanciles estant dans la maison où est decedée ladite Marguerite Lucas leurd. feue mere, ainsy que ses hardes et linges ayant servy à son usage et quelques … de fil blanc […] lesquels sesdits meubles tant morts que vifs ont été estimés entre toutes les partyes à la somme de vingt cinq livres« 

Ses biens sont de si faible valeur que d’un commun accord « lesdits Nicolas, Jacques, Denis et Pierre Jean, freres, les ont laissés et abandonnés tel qu’il s’en est trouvé dans lad. maison […] à leur frère Louis » lequel « s’est obligé par le présent acte à payer et acquiter à la descharges de sesdits freres, et fait sienne touttes et telles dettes et redevance nobiliaire dües par leur mère tant et si bien à temps que lesdits freres n’en soyent auqunement inquietés ny recherchés. »

Extrait du répertoire de Marguerite LUCAS – AD 50 Notariat de Picauville 5 E 10737 N°128

Sources

(1) « Sites et valeurs de nos marais », Gérard TAPIN, Editions du Patrimoine normand

(2) Des enfants écrivent l’histoire de la famille Marcadey, Ouest-France

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